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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2200096

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2200096

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2200096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPLATEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique enregistrés les 7 janvier, 8 et 30 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Plateaux, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le président du conseil départemental de Mayotte a refusé de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) suite à sa période d'emploi du 1er octobre 2019 au 31 juillet 2021 ;

2°) d'enjoindre au département de Mayotte de lui accorder le bénéfice de l'ARE, jusqu'au 1er août 2021 et de lui verser les sommes dues au titre de l'ARE ;

3°) de mettre à la charge du département de Mayotte la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 5422-1 et L. 5424-1 du code du travail dès lors que sa démission était légitime, justifiée par la mutation de sa conjointe en métropole.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 juillet 2022, 23 septembre 2022 et 18 octobre 2022, le département de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

En application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative, l'affaire a été renvoyée pour qu'il y soit statué en formation collégiale.

Vu :

- le code du travail ;

- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience :

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Ramin, rapporteur public ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, a été employé par le département de Mayotte par contrat du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2022 pour exercer les fonctions de directeur de l'exploitation, à la direction adjointe chargée de l'exploitation au service des transports maritimes. Il n'a pu obtenir l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) à la suite de son inscription à Pôle Emploi. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision par laquelle le président du conseil départemental de Mayotte a refusé de lui verser l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

2. Aux termes de l'article L. 5422-1 du code du travail :-" Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, et dont : 1° Soit la privation d'emploi est involontaire, ou assimilée à une privation involontaire par les accords relatifs à l'assurance chômage mentionnés à l'article L. 5422-20 () / Aux termes de l'article 2 du décret du 26 juillet 2019 : " § 1er - Ont droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi les salariés dont la perte d'emploi est involontaire. () § 2 - Sont assimilés à des salariés involontairement privés d'emploi, les salariés dont la cessation du contrat de travail résulte d'un des cas de démission légitime suivants : () c) la démission du salarié qui rompt son contrat de travail pour suivre son conjoint qui change de lieu de résidence pour exercer un nouvel emploi, salarié ou non salarié. Le nouvel emploi peut notamment être occupé à la suite d'une mutation au sein d'une entreprise, résulter d'un changement d'employeur décidé par l'intéressé ou correspondre à l'entrée dans une nouvelle entreprise par un travailleur qui était antérieurement privé d'activité () : Aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : () 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat et ceux mentionnés au 4° ainsi que les agents non statutaires des groupements d'intérêt public() ". En vertu de l'article L. 5424-2 de ce code, les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent en principe la charge et la gestion de l'allocation d'assurance chômage.

3. Il appartient à l'autorité administrative compétente d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les motifs de la démission d'un agent public permettent d'assimiler celle-ci à une perte involontaire d'emploi.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui exerçait les fonctions de directeur de l'exploitation, à la direction adjointe chargée de l'exploitation au service des transports maritimes a démissionné de son emploi à compter du 31 juillet 2021 pour suivre sa conjointe, Mme C, professeur de classe normale qui était mutée dans le département de la Mayenne à compter du 1er septembre 2021. En cette hypothèse, la démission d'un agent public pour suivre son conjoint muté est réputée être une démission pour motif légitime alors même que celle-ci, qui est intervenue le 31 juillet 2021, est postérieure à la date à laquelle Mme C a obtenu, le 8 juillet 2021, sa mutation, cette circonstance n'étant pas suffisante pour la faire regarder comme fondée sur un simple motif de convenance personnelle. Par suite, M. B doit être regardé comme ayant subi une perte involontaire d'emploi de nature à lui ouvrir droit au bénéfice d'allocations en application des dispositions précédemment citées. Il s'ensuit que le président du département de Mayotte n'a pu légalement refuser à M. B le bénéfice des allocations pour perte d'emploi.

5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du département de Mayotte sur sa demande de versement de l'allocation de retour à l'emploi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. La présente décision implique seulement, que la demande de M. B tendant au versement de l'allocation de l'aide au retour à l'emploi soit réexaminée. Il y a lieu, dès lors d'enjoindre au président du conseil départemental de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du département de Mayotte le versement à M. B de la somme de 1500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le président du conseil départemental de Mayotte sur la demande de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au département de Mayotte de réexaminer la demande de versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département de Mayotte versera une somme de 1 500 euros à M. B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Sorin, président ;

- M. Monlaü, premier conseiller ;

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

Le président,

T. SORIN

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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