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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2201191

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2201191

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2201191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAHAMADA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2022, M. C A B, représenté par Me Ahamada, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de Mayotte sur la demande de titre de séjour reçue le 17 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un titre de séjour vie privée et familiale dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée au regard de l'article L. 211-2 du CRPA s'agissant d'une mesure restreignant l'exercice des libertés publiques, refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir et refusant une autorisation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Le préfet de Mayotte mis en demeure le 14 septembre 2022 n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Tomi,

- les observations de M. A B, le préfet n'étant pas représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B ressortissant comorien né le 1er décembre 2000, a fait une demande de titre de séjour au titre de la vie privée et familiale, par lettre recommandée dont il lui a été accusé réception le 17 septembre 2021. Par la présente requête il demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement rejeté cette demande.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Le préfet de Mayotte qui n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". En l'espèce, le requérant ne soutient ni même n'allègue qu'il aurait présenté une demande tendant à la communication des motifs de la décision implicite litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation du refus implicite litigieux doit être écarté, comme inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

5. Pour soutenir qu'il vit à Mayotte depuis 2014, de manière continue, le requérant produit pour seuls justificatifs des certificats de scolarité couvrant les années 2014-2015 et 2016-2017 ainsi qu'une attestation de sécurité routière établie en 2017 et pour l'année 2019 une attestation de formation d'un mois assortie d'un justificatif d'obtention d'un CAP, à l'exclusion de documents attestant sa présence sur le territoire national au cours des années 2018, 2020 et pour le premier semestre de l'année 2021. Par ailleurs, s'il produit les copies d'actes de naissance et des cartes nationales d'identité française de ses frère et sœur, nés respectivement en 2015 et 2017, l'adresse mentionnée sur les premiers ne correspond pas à l'adresse déclarée dans sa requête ainsi que l'attestation d'hébergement par un tiers, alors que d'une part il ne fait pas la démonstration qu'il entretient des liens avec ces derniers et que d'autre part, il produit la copie de la carte nationale d'identité comorienne de sa mère établie en juin 2017 et valide jusqu'en 2027 mentionnant un domicile aux Comores, attestant non seulement l'absence de caractère effectif des liens familiaux qu'il invoque sur le territoire national mais encore de l'existence de liens familiaux aux Comores . En outre, ni l'attestation d'hébergement établie par un tiers, ni l'attestation par laquelle son conseiller formation s'engage à lui verser la somme mensuelle de 200 euros entre le 6 septembre 2021 et le 6 septembre 2023 ne constituent des éléments suffisants permettant d'établir la réalité d'une insertion socio-professionnelle sur le territoire français. Dès lors, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au sens des stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales susmentionnées.

6. En quatrième lieu si M. A B soutient, sans autre précision, que la décision porte atteinte à sa liberté de circulation, une telle atteinte s'inscrivant en tout état de cause dans le cadre d'une mesure de police prise à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière, en conformité avec les dispositions du code du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A B doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sorin, président,

- M. Monlaü, premier conseiller,

- Mme Tomi première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

N. TOMI

Le président,

T. SORIN

La greffière,

A.THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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