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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2201296

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2201296

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2201296
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 25 mars 2022, 5 et 7 mars 2023, M. C B, représenté par Me Ghaem, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de Mayotte l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a interdit de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, en application de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux dépens.

Il soutient que :

Sur le moyen commun aux décisions contenues dans l'arrêté litigieux :

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

Sur les moyens communs aux décisions de refus d'un délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la précédente décision.

La requête a été communiquée au préfet de Mayotte qui n'a pas produit de mémoire.

M. B a produit un mémoire complémentaire, enregistré le 20 février 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Merlus, conseiller ;

- les observations de Me Hermand, substituant Me Ghaem, représentant M. B, le préfet n'étant ni présent et ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien, né le 29 décembre 1997, demande, par la présente requête, l'annulation de l'arrêté du 13 mars 2022 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

3. M. B soutient être entré à Mayotte en 2018 accompagné de son jeune frère né en 2012 et atteint de troubles autistique depuis la naissance. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 24 juillet 2020, le tribunal judicaire de Mamoudzou a délégué à leur tante maternelle les droits de l'autorité parentale sur l'enfant, lequel est scolarisé au sein d'une unité d'enseignement élémentaire autisme tout en étant suivi au sein d'un centre médico-psychologique. Il ressort des pièces du dossier et notamment des certificats et attestations concordants produits que l'enfant a besoin d'une présence familiale quotidienne auprès de lui et plus particulièrement de celle de son grand frère, M. B, qui est le seul membre de sa famille à parvenir à le calmer en période de crise alors qu'en son absence, il a tendance à se replier sur lui-même, se montrer violent envers les autres et se mettre en danger. En outre, il ressort des pièces du dossier que leur tante maternelle n'est pas en mesure d'accompagner quotidiennement le jeune A D A tant dans ses démarches administratives que dans son accompagnement médical. Par ailleurs, bien qu'il s'agisse d'une circonstance postérieure à l'édiction de l'arrêté attaqué, par un jugement du 2 novembre 2022, le tribunal judiciaire de Mamoudzou a partagé la délégation d'autorité parentale sur l'enfant entre M. B et sa tante maternelle, démontrant le caractère indispensable de la présence du requérant auprès de son jeune frère depuis leur arrivée à Mayotte. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir, qu'en prenant à son encontre l'obligation de quitter le territoire français en litige, le préfet de Mayotte a porté atteinte à l'intérêt supérieur de son jeune frère, qui n'a pas vocation à quitter le territoire national, et a méconnu les stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement d'une somme de 1 200 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : L'arrêté du 13 mars 2022 du préfet de Mayotte est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sorin, président,

- M. Banvillet, premier conseiller,

- M. Le Merlus, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le rapporteur,Le président,

T. LE MERLUST. SORIN

La greffière,

F. DAROUSSI DJANFAR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201296

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