vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Mayotte |
| Section | Tribunal Administratif de Mayotte |
| N° Dossier | TA107-2202090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 mai 2022, 25 septembre 2022, 10 janvier 2023, 2 mai 2023, 26 juin 2023, 1er août 2023 et 2 octobre 2023, M. C B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de Mayotte a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français;
2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
- l'arrêté méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller ;
- et les observations de M. A B, requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant comorien né le 30 mai 2002, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet de Mayotte a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. M. A B, qui déclare être entré sur le territoire français en 2016 à l'âge de 14 ans, justifie, par les nombreux certificats de scolarité versés au dossier, avoir suivi à Mayotte, depuis plusieurs années, des études qui lui ont permis d'obtenir un certificat d'aptitude professionnel agricole, puis un baccalauréat professionnel " conduite et gestion de l'entreprise agricole ", avant d'être admis en première année dans l'enseignement supérieur. Ayant bénéficié de récépissés de demande de titre de séjour en 2021 et 2022, il justifie de l'intensité de ses attaches familiales à Mayotte, où sont installés son père, qui dispose d'une carte de résident, et ses frères et sœurs, qui y séjournent régulièrement, l'un d'eux ayant la nationalité française. Eu égard aux liens familiaux susmentionnés et à sa bonne intégration, M A B est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède que M. A B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. L'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022 implique qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à un nouvel examen de la situation de M. A B, lequel devra se voir délivrer, dans l'attente de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Mayotte du 24 janvier 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. A B et de lui délivrer, dans l'attente de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer en application de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Aebischer, président,
- M. Monlaü, premier conseiller,
- Mme Tomi, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
Le rapporteur,
X. MONLAÜ
Le président,
M.-A. AEBISCHER
La greffière,
F. DAROUSSI DJANFAR
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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