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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2204731

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2204731

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2204731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantTHOME HEITZMANN SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 septembre 2022, 16 octobre 2023 et 31 mars 2024, Mme H D, représentée par Me Cauchepin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2015 par lequel le maire de Mamoudzou a accordé à M. A C un permis de construire en vue de l'édification d'un immeuble comportant trois logements et un local de bureau, ainsi que l'arrêté du 16 décembre 2016 portant permis de construire modificatif et l'arrêté du 17 janvier 2019 prorogeant la validité du permis de construire ;

2°) d'enjoindre au bénéficiaire d'interrompre sans délai les travaux sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le permis de construire du 27 août 2015 est périmé, dès lors que les travaux n'ont démarré qu'au début de l'année 2022 ;

- l'arrêté du 27 août 2015 est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives ;

- il méconnaît l'article UA 9 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'emprise au sol des constructions ;

- il méconnaît l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme relatif au stationnement ;

- il méconnaît l'article UA 13 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux espaces verts ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît la réglementation parasismique ;

- la construction, dont la réalisation est en cours, n'est pas conforme aux plans présents dans le dossier de permis de construire ;

- le permis de construire modificatif et l'arrêté prorogeant la validité du permis de construire sont illégaux en raison de l'illégalité du permis de construire initial.

Par un mémoire, enregistré le 2 novembre 2023, M. A C, représenté par Me Tesoka, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mars 2024, la commune de Mamoudzou, représentée par Me Thome, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive et irrecevable en vertu des articles L. 600-1-2 et L. 600-1-3 du code de l'urbanisme ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés par la partie requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Felsenheld, premier conseiller,

- les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public,

- les observations de Mme D ;

- et les observations de Me Hermand, substituant Me Thome, pour la commune de Mamoudzou.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 27 août 2015, le maire Mamoudzou a accordé à M. A C un permis de construire en vue de l'édification d'un immeuble en R+3 comportant trois logements de type T3 et un local de bureau d'une surface de plancher de 292,82 m² sur une parcelle cadastrée AY 564 située sur la route nationale n° 1 au lieu-dit " Mahabou ". Par un arrêté du 15 décembre 2016, le maire a accordé à M. A un permis de construire modificatif ayant pour objet de réduire à la surface de plancher à 272 m2. Par un arrêté du 17 janvier 2019, le maire a prorogé la validité du permis de construire modificatif pour une durée d'un an. Par la présente requête, Mme D, exploitante du restaurant " Le Rond-Point " et voisine immédiate du projet, demande au tribunal d'annuler ces trois arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / () ".

3. En l'espèce, si la requérante soutient que le permis de construire du 27 août 2015 est atteint de péremption, cette circonstance, à la supposer établie, est sans influence sur la légalité de ce permis qui s'apprécie à la date de sa délivrance.

4. En deuxième lieu, par un arrêté du 7 avril 2014, certifié exécutoire le 8 avril 2014, le maire de la commune de Mamoudzou a donné délégation à M. F B, devenu M. F G, adjoint au maire délégué à l'urbanisme et au foncier, le soin de signer les décisions prises en matière d'autorisation d'utiliser les sols. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 27 août 2015 ne peut être qu'écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme de Mamoudzou : " Toute nouvelle construction doit s'aligner sur les limites séparatives latérales ou observer un recul minimal de 2 m sur une des limites séparatives latérales. / Toute nouvelle construction doit s'implanter à l'alignement ou observer un recul minimal de 2 m de la limite de fond de la parcelle. ".

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de masse, que, la construction s'implante sur les deux limites séparatives latérales et en retrait de la limite de fond de parcelle avec un recul de 2, 16 mètres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article UA 9 du règlement du plan local d'urbanisme : " L'emprise au sol de la totalité du bâti ne doit pas excéder 80% de la superficie de la parcelle () ". Le lexique annexé au règlement précise que l'emprise au sol " correspond à la projection verticale des constructions au sol, dont les éléments architecturaux et / ou de modénature tels que, par exemple, les débords de toiture, les oriels, les balcons, les escaliers extérieurs, les perrons, les terrasses sont inclus. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la superficie totale de la parcelle est de 138,72 m2 et que l'emprise au sol du projet, tel que modifié par le permis de construire modificatif qui supprime une dalle en béton à l'alignement, est inférieure à la limite de 110,97 m2 requise par le plan local d'urbanisme. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le permis de construire litigieux méconnaît les dispositions de l'article UA 9 du règlement du plan local d'urbanisme.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article UA 12 du plan local d'urbanisme de Mamoudzou relatif aux places de stationnement : " Il est exigé de réaliser sur la parcelle une place par logement à partir d'une construction individuelle comportant 3 logements / () "

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux, tel que modifié par le permis de construire modificatif, prévoit trois places de stationnement au rez-de-chaussée du bâtiment. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le permis de construire litigieux méconnaît les dispositions de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article UA 13 du règlement du plan local d'urbanisme : " Au moins 10 % de la superficie de la parcelle doit être maintenu en pleine terre et planté afin de préserver les cours et jardins. ".

12. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du plan de coupe, que la réalisation d'un jardin est prévue dans la bande séparant la façade sud-ouest de la limite séparative, dont la surface excède 10 % de la surface totale de la parcelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

13. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire a joint à son dossier de demande une étude géotechnique concluant à la possibilité de construire le projet envisagé sous réserve du respect de certaines prescriptions pour prévenir les risques de glissement de terrain et que le permis de construire, délivré le 27 août 2015, lui impose le respect de ces prescriptions en faisant expressément référence à l'étude jointe au dossier de demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

15. En huitième lieu, en se bornant à soutenir que les règles de constructions parasismiques sont occultées " tant dans le dossier () que dans l'arrêté litigieux ", la requérante n'assortie pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

16. En dernier lieu, un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés et affectés à un usage non conforme aux documents et règles générales d'urbanisme n'est pas par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.

17. En l'espèce, la requérante soutient que la construction en cours de réalisation n'est pas conforme au permis de construire. Toutefois, il résulte de ce qui précède, qu'en l'absence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, cette circonstance est sans influence sur sa légalité.

18. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir, la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 août 2015 par lequel le maire de Mamoudzou a accordé à M. A C un permis de construire en vue de l'édification d'un immeuble comportant trois logements et un local de bureau. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'annulation du permis de construire modificatif délivré par l'arrêté du 16 décembre 2016 et l'arrêté du 17 janvier 2019 portant prorogation du permis de construire sont également rejetées, ainsi, qu'en tout état de cause, celles tendant à ce qu'il soit enjoint au pétitionnaire de mettre fin aux travaux.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Mamoudzou la somme demandée par Mme D. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit à la demande de la commune de Mamoudzou présentée sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Mamoudzou sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H D, M. A C, Mme E A et à la commune de Mamoudzou.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au préfet de Mayotte en application des dispositions de l'article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bauzerand, président,

- M. Felsenheld, premier conseiller,

- Mme Beddeleem, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le rapporteur,Le président,

R. FELSENHELDCh. BAUZERAND

Le greffier,

S. HAMADA SAID

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