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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2301390

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2301390

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2301390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 15 mars 2023, 4 mars 2024 et 12 février 2025, M. C... A... représenté par Me Ghaem, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du préfet de Mayotte du 3 février 2023, prononçant le retrait de son titre de séjour valable du 16 août 2022 au 15 août 2023, l’invitant à quitter le territoire français dans un délai d’un mois et lui faisant interdiction d’y revenir pendant 3 années ;

2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai d’un mois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et dans l’intervalle de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- recueilli par M. B..., lequel a bénéficié à son égard d’une délégation d’autorité parentale à partir de 2014, il réside à Mayotte depuis 2005 de manière ininterrompue, y a été scolarisé, y a obtenu un CAP en boulangerie en 2019 et y travaille depuis la même année ; il est père d’une enfant française, Louana A..., née le 4 août 2019 ; il dispose d’un titre de séjour depuis le 11 septembre 2018, d’abord en qualité d’étudiant, puis depuis le 16 août 2022 au titre de la vie privée et familiale ;
- il n’a commis aucune fraude pour l’obtention de son titre de séjour en qualité de père de français ;
- il continue de remplir toutes les conditions exigées pour la délivrance d’un titre de séjour en qualité de mère d’un enfant français au sens de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision de retrait méconnait son droit au respect de la sa vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme ;
- la même décision méconnait l’intérêt supérieur de son enfant mineur protégé par les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’interdiction de retour est illégale dès lors qu’aucune obligation de quitter le territoire n’a été prononcée à son encontre, l’arrêté litigieux ne mentionnant qu’une invitation à quitter le territoire, qui n’est pas un acte décisoire susceptible de recours contentieux.

La Défenseure des droits, en application des dispositions de l’article 33 de la loi organique du 29 mars 2011 relative au Défenseur des droits, a présenté des observations, qui ont été enregistrées le 2 décembre 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2025, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir qu’aucun des moyens n’est fondé.

Par ordonnance du 11 février 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 14 mars 2025.

L’instruction a été réouverte par une ordonnance du 8 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Martin, magistrat honoraire,
- et les observations de Me Bourien, substituant Me Ghaem, représentant M. A....
Le préfet n’étant pas représenté.
Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 3 février 2023, le préfet de Mayotte a prononcé le retrait de la carte de séjour temporaire « vie privée et familiale » délivrée le 16 août 2022 à M. A..., ressortissant comorien né en 1998, valable jusqu’au 15 août 2023. Par son article 3, le même arrêté invite M. A... à quitter le territoire français dans un délai d’un mois. Par son article 5, il prononce en outre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois années. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

Sur la décision portant retrait du titre de séjour :

2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

3. En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A... réside à Mayotte depuis l’année 2005, y a été constamment scolarisé, a obtenu en 2019 un CAP de boulangerie, et peut se prévaloir d’un contrat à durée indéterminée d’aide-boulanger depuis la fin de l’année 2019. Il est par ailleurs père d’une enfant française, Louana A..., née le 4 août 2019. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant est titulaire d’un titre de séjour depuis 2018, tout d’abord comme étudiant, et ensuite, depuis le 16 août 2022, au titre de la vie privée et familiale. Dans ces conditions, alors que M. A... doit ainsi être regardé comme démontrant son intégration par ses études et le travail dans la société française et comme ayant constitué à Mayotte le centre de sa vie privée et familiale et quand bien même l’intéressé qui vit dans un quartier d’habitat informel dépourvu d’adressage a fourni une attestation d’hébergement apocryphe, le préfet de Mayotte, en lui retirant son titre de séjour pour ce dernier et seul motif, a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


4. Il résulte de ce qui précède et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté contesté dans son ensemble.

Sur les conclusions aux fins d’injonction :

5. Le présent jugement, eu égard à ses motifs, implique nécessairement qu’il soit enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. A... un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et dans l’intervalle de le munir sous huit jours d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sans qu’il soit besoin d’accompagner ces injonctions d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l’Etat à verser à M. A... une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.


DECIDE :



Article 1er : L’arrêté du 3 février 2023 du préfet de Mayotte pris à l’encontre de M. A... est annulé.

Article 2 : Il est fait injonction au préfet de Mayotte de délivrer à M. A... un titre de séjour portant la mention vie privée et familiale dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et dans l’intervalle de le munir sous huit jours d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., à la défenseure des droits et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre d’Etat, ministre des outre-mer et au ministre de l’intérieur en application de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.


Délibéré après l’audience du 15 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Sorin, président,
- Mme Baizet, première conseillère,
- M. Martin, magistrat honoraire.
.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

Le rapporteur,
L. MARTIN
Le président,
T. SORIN

La greffière,

N. SERHIR

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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