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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2302263

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2302263

jeudi 2 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2302263
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSAIDAL+

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Mayotte, statuant par ordonnance, a rejeté la requête indemnitaire de M. B... comme manifestement irrecevable. M. B... demandait la condamnation de la commune de Dembéni à lui verser 150 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son éviction irrégulière du service, déjà annulée par un jugement du 12 mars 2020. Le tribunal a constaté que l'intéressé avait déjà saisi la justice d'une demande indemnitaire fondée sur le même fait générateur, laquelle avait été rejetée par un jugement du 9 décembre 2022. En application des principes de l'office du juge et de l'autorité de la chose jugée, la nouvelle requête, présentée après l'expiration du délai de recours contentieux, était tardive et donc irrecevable, sans qu'il soit besoin d'examiner le fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, M. A... B... doit être regardé comme demandant au tribunal : 

1°) de condamner la commune de Dembéni à lui verser la somme de 150 000 euros en réparation des préjudices financiers et moraux subis du fait de son éviction irrégulière du service résultant de l’arrêté n° 402/CD/2017 du 16 juin 2017 par lequel le maire de cette commune l’a radié des cadres et l’a admis à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er novembre 2017 ;

2°) d’enjoindre à ladite commune d’exécuter le jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Dembéni la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune de Dembéni a commis une faute en prononçant sa radiation des cadres et en l’admettant à faire valoir ses droits à la retraite par une décision n° 402/CD/2017 du 16 juin 2017, laquelle a été annulée par le tribunal administratif de Mayotte aux termes de son jugement du 12 mars 2020 n° 1800973 ;

- il a droit à une indemnité d’un montant de 72 396,16 euros au titre des traitements ainsi que des primes et indemnités dont il avait, pour la période d’éviction irrégulière, une chance sérieuse de bénéficier ;

- il a droit à réparation des troubles dans ses conditions d’existence et du préjudice moral découlant de son éviction irrégulière du service.

La requête a été communiquée à la commune de Dembéni qui n’a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 26 septembre 2024, la clôture de l’instruction a été fixée au 26 novembre suivant à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le jugement du tribunal administratif de Mayotte du 12 mars 2020 n° 1800973 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Blin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, pour statuer par ordonnance dans les cas prévus aux 1° à 7° de cet article.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir exercé les fonctions d’agent spécialisé auprès de la commune de Dembéni, M. B... a bénéficié, le 1er octobre 2010, d’une intégration dans le corps des ouvriers territoriaux. Par un jugement n° 1800973 du 12 mars 2020, ce tribunal a annulé l’arrêté du 16 juin 2017 par lequel le maire de cette commune a prononcé sa radiation des cadres et sa mise à la retraite par limite d’âge à compter du 1er novembre 2017 puis, par un second jugement n° 2100833 du 9 décembre 2022, a rejeté comme tardive sa requête tendant à la condamnation de ladite collectivité au paiement de la somme de 150 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son éviction irrégulière du service. Par la présente requête, M. B... réitère ses demandes indemnitaires fondées sur l’illégalité fautive de l’arrêté n° 402/CD/2017 pris par le maire de Dembéni le 16 juin 2017.

2. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours (…) peuvent, par ordonnance : (…) 4°) Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / 5°) Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; (…) ».

3. La décision par laquelle l’administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d’un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l’égard du demandeur pour l’ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l’administration à l’indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n’étaient pas mentionnés dans sa réclamation.

4. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d’une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d’autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d’une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d’une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur. Il n’est fait exception à ce qui vient d’être dit que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. Dans ce cas, qu’il s’agisse de dommages relevant de chefs de préjudice figurant déjà dans cette réclamation ou de dommages relevant de chefs de préjudice nouveaux, la victime peut saisir l’administration d’une nouvelle réclamation portant sur ces nouveaux éléments et, en cas de refus, introduire un recours indemnitaire dans les deux mois suivant la notification de ce refus.

5. En l’espèce, M. B... ne saurait ignorer l’existence du jugement du tribunal administratif de Mayotte du 9 décembre 2022 n° 2100833 dont les motifs font apparaitre l’existence d’une précédente décision de rejet de demande indemnitaire préalable, en date du 12 octobre 2020, devenu définitive. Par conséquent, la décision implicite de rejet opposée à la seconde demande indemnitaire préalable présentée par M. B... le 17 février 2023 auprès du maire de Dembéni afin de demander la réparation des mêmes préjudices nés du même fait générateur qu’en 2020, est purement confirmative de la première, qui est devenue définitive en l’absence de changement de circonstances de droit et de fait. Par suite, les conclusions de M. B... tendant à la condamnation de la commune de Dembéni à lui verser une somme de 150 000 euros sont manifestement irrecevables et doivent être rejetées en application du 4° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

6. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Dembéni, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B... demande au titre des frais exposées par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : la présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et à la commune de Dembéni.

Fait à Mamoudzou, le 2 octobre 2025.

La présidente de la 2ème chambre,

BLIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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