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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2304460

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2304460

mardi 23 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2304460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantKOURAVY MOUSSA-BE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte annule l’arrêté du préfet de Mayotte du 3 octobre 2023 refusant un titre de séjour à M. B..., ressortissant comorien. Le tribunal retient une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, en raison de l’ancienneté du séjour de l’intéressé (depuis 2001), de sa scolarité à Mayotte, de l’absence d’attaches aux Comores et de son insertion professionnelle. Le préfet, n’ayant pas produit de mémoire en défense, est réputé avoir acquiescé aux faits. Le tribunal enjoint au préfet de délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois et condamne l’État à verser 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, M. A... B..., représenté par Me Kouravy Moussa-Bé, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 octobre 2023 par lequel le préfet de Mayotte a refusé sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
il méconnaît les dispositions de l’article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
il méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale au sens des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;


La requête a été communiquée au préfet de Mayotte le 27 novembre 2023, qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.


La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu, au cours de l’audience publique, le rapport de Mme Lebon, conseillère.


Considérant ce qui suit :


Par un arrêté du 3 octobre 2023, le préfet de Mayotte a rejeté la demande de titre de séjour de M. A... B..., ressortissant comorien né le 6 février 1993. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté en tant qu’il porte refus de séjour.

Sur l’acquiescement aux faits :

Aux termes de l’article R. 612-6 du code de justice administrative : « Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ».

En dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 26 avril 2024 par le greffe du tribunal par l’application Télérecours, le préfet de Mayotte n’a produit aucun mémoire en défense dans le délai de trente jours qui lui a été imparti et, en tout état de cause, avant la clôture de l’instruction fixée par une ordonnance du 10 juin 2025, au 10 juillet 2025. Ainsi, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l’instruction et qu’aucune règle d’ordre public ne s’oppose à ce qu’il soit donné satisfaction au requérant.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

Il résulte des déclarations de M. B... non contredites par les pièces du dossier, qu’il est entré à Mayotte en 2001 avant ses 13 ans et qu’il y a suivi une scolarité jusqu’à la classe de terminale. Sa mère titulaire d’une carte de résident jusqu’en 2024 et ses frères français résident en métropole. Il soutient, sans être contredit, ne plus avoir d’attaches aux Comores. En outre, M. B... établit être un artiste-musicien titulaire de contrats de sponsoring et membre d’un collectif d’artistes. Dans ces conditions, eu égard à l’ancienneté et aux conditions de son séjour ainsi qu’à ses efforts d’insertion socio-professionnelle, et dès lors que le préfet est réputé avoir acquiescé aux faits, qui ne sont pas contredits par les pièces du dossier, M. B... est fondé à soutenir que l’arrêté litigieux a porté une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale au sens des stipulations précitées.

Il résulte de ce qui précède que l’arrêté du 3 octobre 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait à la date de la notification du jugement, qu’il soit enjoint au préfet de Mayotte de délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » à M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l’instance :

Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. B... de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.


DECIDE :


Article 1 : L’arrêté du préfet de Mayotte du 3 octobre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur et à la ministre des outre-mer en application de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.

Délibéré après l’audience du 25 novembre 2025 à laquelle siégeaient :

- Mme Khater, présidente,
- M. Jégard, premier conseiller,
- Mme Lebon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2025.



La rapporteure,
La présidente,





L. LEBON
A. KHATER



La greffière,



N. SERHIR



La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.






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