Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 novembre 2024, Mme C... A..., représentée par Me Fare demande au juge des référés :
1°) d’enjoindre au préfet de Mayotte d’exécuter complètement l’ordonnance n° 2400428 rendue par le juge des référés le 8 avril 2024, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la première autorisation provisoire de séjour qui lui a été délivrée n’a pas été renouvelée alors qu’elle expirait le 21 octobre 2024 ;
- les demandes de règlement des frais irrépétibles sont restées sans réponse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2025, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il indique avoir exécuté l’ordonnance en délivrant le 27 janvier 2025 une nouvelle autorisation provisoire de séjour.
Par un mémoire, enregistré le 9 avril 2025, Mme A... se désiste de sa demande relative à l’exécution de la décision portant sur la délivrance d’une autorisation provisoire de séjour mais maintient ses demandes d’exécution de la condamnation au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et maintient ses conclusions relatives à l’application de ces dispositions au présent litige.
Vu les pièces du dossier ;
- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 11 avril 2025 à 9 heures 30 (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l’article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B... étant greffière d’audience au tribunal administratif de Mayotte.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 11 avril 2025 :
le rapport de Mme Khater, juge des référés ;
et les observations de Me Ben Attia représentant le préfet de Mayotte,
la partie requérante n’étant ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Par une ordonnance n° 2400428 rendue par le juge des référés le 8 avril 2024, les effets de la décision par laquelle le préfet de Mayotte a implicitement refusé d’admettre au séjour Mme C... A..., ressortissante malgache née le 29 janvier 1993, ont été suspendus jusqu’à ce que le tribunal se prononce au fond sur sa légalité. La juge des référés a également enjoint au préfet de Mayotte, dans un délai de huit jours à compter de la mise à disposition de l’ordonnance au greffe du tribunal, de délivrer à Mme A..., une autorisation provisoire de séjour et a mis à la charge de l’Etat le versement à Mme A... d’une somme de 800 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative. Mme A... demande, dans le cadre de la présente instance, d’en assurer l’exécution.
Sur les conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet de Mayotte, sous astreinte, de délivrer une nouvelle autorisation provisoire de séjour :
2. Aux termes des dispositions de l’article L. 521-4 du code de justice administrative : « Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d’un élément nouveau, modifier les mesures qu’il avait ordonnées ou y mettre fin. ». Si l'exécution d'une ordonnance prise par le juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, peut être recherchée dans les conditions définies par le livre IX du même code, et en particulier l’article L. 911-4, la personne intéressée peut également demander au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, d'assurer l'exécution des mesures ordonnées demeurées sans effet par de nouvelles injonctions et une astreinte.
3. Il résulte de l’instruction que le préfet de Mayotte a exécuté l’article 2 de l’ordonnance n° 2400428 rendue par le juge des référés le 8 avril 2024, en délivrant à Mme C... A..., le 27 janvier 2025, une nouvelle autorisation provisoire de séjour valable jusqu’au 26 avril 2025. Mme C... A... s’est donc désistée de cette demande, il y a lieu de lui en donner acte.
Sur la demande tendant au paiement des frais non compris dans les dépens mis à la charge de l’État le 8 avril 2024 :
4. Aux termes des dispositions de l’article L. 911-9 du code de justice administrative : « Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci-après reproduites, sont applicables. / " Art. 1er. – I. – Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. / Si la dépense est imputable sur des crédits limitatifs qui se révèlent insuffisants, l'ordonnancement est fait dans la limite des crédits disponibles. Les ressources nécessaires pour les compléter sont dégagées dans les conditions prévues par l'ordonnance n° 59-2 du 2 janvier 1959 portant loi organique relative aux lois de finances. Dans ce cas, l'ordonnancement complémentaire doit être fait dans un délai de quatre mois à compter de la notification. / A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement. (…) ».
5. Dès lors que les dispositions du I de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980, reproduites à l'article L. 911-9 du code de justice administrative, permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée dans le délai prescrit, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que l’État est condamné à lui verser à défaut d’ordonnancement dans le délai prescrit, il n’y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l’exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu’il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.
6. En l’espèce, Mme C... A..., en cas d’inexécution de la mise à la charge de l’État du versement d’une somme de 800 euros, peut obtenir le mandatement d’office de cette somme, en saisissant le comptable assignataire de la dépense afin qu’il procède au paiement de cette somme. En se bornant à produire la copie d’une lettre datée du 20 juillet 2024 signée de son conseil et adressée au comptable assignataire du préfet de Mayotte, sans justifier de son envoi effectif et de sa réception, Mme C... A... n’établit pas qu’elle aurait effectivement présenter une telle demande. Dès lors, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requérante tendant à ce qu’il soit enjoint à l’État d’exécuter, sur ce point, l’ordonnance rendue sous le n° 2400428 par le juge des référés.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est donné acte à Mme C... A... de son désistement de ses conclusions tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet de Mayotte de lui délivrer une nouvelle autorisation provisoire de séjour en exécution de l’ordonnance n° 2400428 rendue par le juge des référés le 8 avril 2024, sous astreinte.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... et au préfet de Mayotte.
Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur et des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 15 avril 2025.
La juge des référés,
KHATER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.