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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2502019

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2502019

mardi 7 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2502019
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCOOPER

Résumé IA

**Sujet principal :** Obligation pour l’administration de fixer un rendez-vous à un étranger pour le dépôt d’une demande de titre de séjour, en raison d’un dysfonctionnement persistant du système de prise de rendez-vous en ligne. **Juridiction :** Tribunal administratif de Mayotte (juge des référés). **Solution retenue :** Le juge fait droit à la demande et enjoint au préfet de Mayotte de communiquer à M. A... une date de rendez-vous dans un délai de deux semaines, sans astreinte. Il admet également l’intéressé au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire. **Textes appliqués :** Article L. 521-3 du code de justice administrative (mesures utiles et urgentes), article L. 423-21 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (titre de séjour de plein droit), et loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Cooper, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de lui fixer un rendez-vous aux fins de déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le paiement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l’article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il réside à Mayotte depuis l’âge de 9 ans et y poursuit sa scolarité en BTS ;
- la demande est utile et urgente alors qu’il n’a pas pu obtenir de rendez-vous en ligne malgré de nombreuses tentatives ainsi que l’envoi de courriers et de courriels ;
- la demande soumise au juge ne fait pas obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse.


Le préfet de Mayotte, régulièrement mis en cause, n’a pas produit d’observations.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la loi du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A..., ressortissant comorien né le 7 août 2006, demande au juge des référés qu’il soit ordonné au préfet de Mayotte de lui délivrer une date de rendez-vous aux fins de dépôt de sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l’urgence, d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler ou à y poursuivre ses études, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

6. Il résulte de l’instruction que M. A... a tenté à plusieurs reprises depuis le mois de juin 2025, sur des semaines différentes, d’obtenir un rendez-vous en ligne en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour et ceci en vain. Il a également adressé, par l’intermédiaire de son conseil, plusieurs courriers et courriels aux services préfectoraux chargés de l’examen de ces demandes, notamment les 30 juillet et 27 août 2025, sans plus de succès. Aucun rendez-vous n’a ainsi été fixé à l’intéressé, qui justifie résider à Mayotte depuis qu’il a l’âge de 9 ans, ainsi qu’une large partie de sa famille, et y a effectué toute sa scolarité jusqu’au baccalauréat en 2024. Il est actuellement inscrit en BTS « Production – Maintenance des systèmes ». Dans ces conditions, M. A... justifie de la nécessité pour lui d’obtenir rapidement un rendez-vous en vue de déposer sa demande complète de titre de séjour, caractérisant une situation d’urgence au sens de l’article L. 521-3 du code de justice administrative. En outre, la mesure sollicitée, qui ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative, ne se heurte à aucune contestation sérieuse et présente un caractère utile.

7. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de Mayotte de communiquer à M. A..., dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous afin qu’il puisse voir enregistrée sa demande de titre de séjour. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

8. Enfin, il y a lieu dans les circonstances de l’espèce de mettre à la charge de l’Etat le paiement au conseil de M. A... d’une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour Me Cooper de renoncer à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.


ORDONNE :

Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de communiquer à M. A..., dans un délai de deux semaines à compter de la notification de la présente ordonnance, une date de rendez-vous afin qu’il puisse voir enregistrée sa demande de titre de séjour.

Article 3 : L’Etat versera à Me Cooper une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1911, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Me Cooper et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise au ministre de l’intérieur et au ministre des outre-mer.

Fait à Mamoudzou, le 7 octobre 2025.


Le juge des référés,



T. SORIN

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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