Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet de Mayotte de délivrer un rendez-vous à Mme A..., ressortissante comorienne, pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour. La requérante justifiait de l'urgence, notamment en raison de l'impossibilité d'accomplir les formalités en ligne malgré de multiples tentatives, de sa scolarité en cours (admission en formation supérieure via Parcoursup) et de sa présence stable et continue à Mayotte. La mesure a été jugée utile et ne faisant obstacle à aucune décision administrative. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2025, Mme B... A..., demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet de Mayotte d’enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) de lui délivrer immédiatement un récépissé de demande de titre de séjour.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite, dès lors que la précarité de sa situation administrative fait obstacle à la poursuite de ses études supérieures, l’expose à un risque d’éloignement vers son pays d’origine et porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu’en dépit de plusieurs tentatives et de plusieurs sollicitations de l’administration préfectorale, elle se trouve dans l’impossibilité de procéder au dépôt d’une demande de titre de séjour par mail ou par le biais du téléservice et qu’elle se trouve dépourvue de toute alternative ;
- la mesure sollicitée, par son caractère provisoire, ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet de Mayotte qui n’a pas présenté d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision, prise en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Khater, vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, Mme B... A..., ressortissante comorienne, née en 2006 à Anjouan, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de Mayotte de procéder à l’enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer immédiatement un récépissé de demande de titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision ».
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu’après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d’être dit que si l’étranger établit n’avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l’occasion de plusieurs tentatives n’ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu’il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.
5. Il résulte de l’instruction que Mme A... justifie de ses vaines tentatives aux fins de régularisation de sa situation administrative, sur plusieurs semaines et plusieurs mois et démontre avoir sollicité à de multiples reprises les services de la préfecture quant à ses démarches infructueuses, sans qu’aucune réponse ne lui soit fournie. L’intéressée établit sa présence ancienne et continue à Mayotte par la production de ses certificats de scolarité, du CE2 à l’année de terminale STMG « ressources humaines et communication », à l’issue de laquelle elle a accepté, le 26 août 2025, dans le cadre de la procédure « Parcoursup », son admission en « Certificat de Spécialisation – Assistance, conseil et vente » au lycée des Lumières à Kawéni. Elle justifie également de la présence de sa cellule familiale sur l’île, Mme A... résidant à une adresse stable aux côtés de sa tante, sa prise en charge par cette dernière ayant été officialisée par un jugement du 1er juillet 2019 du juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Mamoudzou. Dans ces conditions, Mme A... justifie de la nécessité de se voir communiquer une date de rendez-vous aux fins de dépôt de sa demande de titre de séjour, caractérisant une situation d’urgence au sens de l’article L. 521-3 du code de justice administrative. En outre, la mesure sollicitée, qui ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative, présente un caractère utile.
6. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet de Mayotte de communiquer à Mme A..., une date de rendez-vous afin qu’elle puisse procéder au dépôt de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
ORDONNE :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de Mayotte de communiquer à Mme A... une date de rendez-vous afin qu’elle puisse procéder au dépôt de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et au préfet de Mayotte.
Fait à Mamoudzou, le 22 décembre 2025.
La juge des référés,
A. KHATER
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.