Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par une ressortissante burundaise demandant qu’il soit enjoint au préfet de l’enregistrer et de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction. Le tribunal a constaté que la requérante avait été convoquée par la préfecture postérieurement à l’introduction de sa requête, rendant ses conclusions à fin d’injonction sans objet. Il a donc prononcé un non-lieu à statuer sur ces conclusions et rejeté la demande de frais de justice. La décision applique les dispositions du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés les 18 et 24 novembre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Ghaem, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d’enjoindre au préfet de Mayotte, dans un délai de 24 heures et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, d’une part, de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction, et d’autre part, de la convoquer aux fins de procéder à l’enregistrement de sa demande de carte de résident et lui délivrer un récépissé ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’urgence est caractérisée, dès lors qu’elle ne peut circuler librement sur l’ensemble du territoire, bénéficier d’une couverture médicale, suivre une formation ou exercer une activité professionnelle ;
les mesures sollicitées sont utiles, ne font obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne font l’objet d’aucune contestation sérieuse, le préfet étant en situation de compétence liée pour délivrer la carte de résident sollicitée.
Par un mémoire enregistré le 1er décembre 2025, le préfet de Mayotte, représenté par Me Claisse, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d’injonction et au rejet du surplus des conclusions de la requête ou au rejet de la requête en toutes ses conclusions.
Il fait valoir que :
l’urgence n’est pas caractérisée ;
la requérante est convoquée le 2 décembre 2025 en vue de l’enregistrement de sa demande de titre, de sorte que le recours est devenu sans objet.
Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme B... le 3 décembre 2025 et n’a pas été communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bauzerand, vice-président, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 1er décembre 2025 à 14 heures 30, tenue en présence de Mme Ahamada, greffière d’audience :
le rapport de M. Bauzerand, juge des référés,
les observations de Mme B... qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;
et les observations de Me Magnaval, substituant Me Claisse, pour le préfet de Mayotte, qui reprend ses écritures en défense.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Par la présente requête, Mme A... B..., ressortissante burundaise née le 1er janvier 2002 à Rumonge (Burundi), demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, qu’il soit enjoint au préfet de Mayotte de la convoquer aux fins d’enregistrement de sa demande de titre de séjour, dans un délai de 24 heures et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et de lui délivrer les justificatifs adéquats attestant de la régularité de son droit au séjour durant l’instruction de cette demande.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ».
Il résulte de l’instruction que Mme B... s’est vue remettre le 1er décembre 2025, soit postérieurement à l’introduction de la présente requête, par l’intermédiaire de son conseil, une convocation à la préfecture pour le 2 décembre 2025 à 7 heures en vue de l’enregistrement de sa demande de titre. Par suite, les conclusions à fin d’injonction sous astreinte présentées par la requérante sont devenues sans objet. Il n’y a plus lieu d’y statuer.
Sur les frais liés au litige :
Mme B..., pour le compte de qui les conclusions de la requête relatives à l'application de l'article L. 761-1 doivent être réputées présentées, n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. Dans ces conditions et dans les circonstances de l’espèce, les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent être accueillies ;
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B... est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte de la requête de Mme B....
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., à Me Ghaem et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée pour information aux ministres de l’intérieur et des outre-mer.
Fait à Mamoudzou, le 11 décembre 2025.
Le juge des référés,
Ch. BAUZERAND
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.