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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2308879

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2308879

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2308879
TypeDécision
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPLANTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 22 et 26 septembre 2023, M. C E, représenté par Me Plantin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui communiquer l'ensemble des pièces sur la base desquelles les décisions litigieuses ont été prises ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. E soutient que :

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

- les décisions litigieuses sont entachées de l'incompétence de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 ° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait dû être saisi et émettre un avis sur son état de santé ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il reste en France en raison de ses problèmes de santé ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; il n'existe pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement et son comportement ne constitue pas une menace de troubles pour l'ordre public ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision litigieuse est entachée d'une insuffisance de motivation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision litigieuse est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ; les faits qui lui sont reprochés ne sont pas suffisants pour caractériser un danger réel et actuel pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens développés par M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Plantin, pour M. E, présent, assisté de M. B, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et ajoute que M. E souffre d'épilepsie depuis ses vingt-huit ans, qu'il a été hospitalisé pour ce motif à plusieurs reprises lors de son incarcération et que son état de santé, qui est grave, nécessite qu'il suive un traitement à base de piqures, une fois par mois, et de cachets.

Le préfet des Bouches-du-Rhône n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant de nationalité nigériane né le 8 janvier 1985 à Lagos, déclare être entré en France en juillet 2019. Il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée le 21 avril 2021 par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 avril 2022. Par un arrêté du 21 septembre 2023, notifié le lendemain, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel l'intéressé est susceptible d'être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté, dans l'ensemble de ses dispositions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président.

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle

Sur les conclusions rendant à la production, par l'administration, de l'entier dossier de M. E :

4. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ". L'affaire est en état d'être jugée. Le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2023 :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

5. En premier lieu, par un arrêté du 16 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône du même jour, et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet a donné délégation à M. A F, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la direction des migrations, de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, à l'effet de signer tous les actes en matière d'éloignement des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.

6. En second lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé, au regard des éléments portés à sa connaissance, à un examen sérieux, particulier et approfondi de la situation du requérant avant de prendre à son encontre les décisions litigieuses.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 611-1 du CESEDA : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1o L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

8. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il mentionne des éléments de la situation personnelle de M. E depuis son arrivée en France en juillet 2019. Il indique, d'une part, que le requérant n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et ne satisfait pas aux conditions requises pour prétendre à la régularisation de sa situation administrative. Il mentionne, d'autre part, que l'intéressé a vu sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA puis la CNDA, qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et, qu'en outre, son état de santé ne nécessite pas son maintien sur le territoire français. L'arrêté précise que M. E a été condamné le 22 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Marseille à deux mois de prison avec sursis pour violences sur personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité et, le 14 avril 2023, à huit mois de prison pour les mêmes motifs, en récidive. Enfin, l'arrêté vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) ainsi que le CESEDA, notamment les articles L. 611-1, L. 611-3, L. 612-2, L. 612-3, L. 612-6 L. 612-10, L. 721-4 et L. 722-1. Par ailleurs, l'autorité administrative n'est jamais tenue de préciser tous les éléments de la situation d'un ressortissant étranger en l'absence d'obligation en ce sens et la motivation de la décision attaquée s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus par le préfet des Bouches-du-Rhône. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et du défaut d'examen, qui manquent en fait, doivent être écartés.

9. En deuxième lieu, il n'est pas contesté que M. E est entré irrégulièrement en France et ne dispose d'aucun titre de séjour en cours de validité. Dans ces conditions, il entre dans le cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 du CESEDA où le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du CESEDA : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Toutefois, lorsque l'étranger est assigné à résidence aux fins d'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français ou placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent ". L'article R. 611-2 de ce code prévoit que : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Toutefois, lorsque l'étranger est placé ou maintenu en rétention administrative, le certificat prévu au 1° est établi par un médecin intervenant dans le lieu de rétention conformément à l'article R. 744-14. ".

11. Lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière, l'autorité préfectorale n'est tenue de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'OFII que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

12. Il ressort des pièces du dossier que M. E n'a pas demandé son admission au séjour en raison de son état de santé mais au titre de l'asile, ne justifie pas avoir fait état de ses problèmes de santé lors de son placement en centre de rétention et n'a produit des éléments médicaux que postérieurement à la décision attaquée. Ainsi, la seule mention de son état de santé ne saurait suffire à considérer que le préfet des Bouches-du-Rhône disposait, à la date de la décision en litige, d'éléments suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, si les pièces médicales, versées au dossier, attestent de la réalité de la pathologie dont souffre le requérant, en l'espèce des crises d'épilepsie, il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas entaché l'obligation de quitter le territoire français d'un vice de procédure, en s'abstenant de solliciter l'avis du collège des médecins de l'OFII. Pour les mêmes motifs, il n'a ni méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du CESEDA, ni entaché la décision en litige d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur l'état de santé de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du CESEDA : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

14. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que M. E, entré en France de manière irrégulière, a vu sa demande d'asile définitivement rejetée par la CNDA le 26 avril 2022, qu'il s'est maintenu sur le territoire sans être titulaire d'un titre de séjour et a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement les 13 et 27 juin 2022. Il est également mentionné que le requérant, qui ne présente pas de passeport en cours de validité et ne justifie pas d'un lieu de résidence stable et effectif, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Enfin, l'arrêté indique que M. E, condamné à deux reprises par le tribunal correctionnel de Marseille pour des violences sur personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité par jugements des 22 novembre 2022 et 14 avril 2023, a vu son sursis intégralement révoqué et a été incarcéré au centre pénitentiaire de Marseille Baumettes. Ainsi, la décision attaquée, qui se réfère aux hypothèses légales prévues au 3° de l'article L. 612-2 et aux 1° et 8° de l'article L. 612-3 du CESEDA, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision refusant à M. E l'octroi d'un délai de départ volontaire, qui manque en fait, doit être écarté.

15. En second lieu, pour refuser à M. E le bénéfice d'un délai de départ volontaire, l'arrêté en litige fait état d'un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire qui lui est faite, dès lors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement en France où il se maintient de manière irrégulière et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Le requérant, qui soutient que le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché la décision litigieuse d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, doit être regardé comme faisant valoir que cette autorité n'a pas caractérisé le risque de fuite qu'il représente au moyen de critères objectifs. Il résulte toutefois des pièces du dossier que M. E ne justifie pas d'un lieu de résidence effective et permanente, qu'il n'a pas été en mesure de présenter un passeport valide, se maintient sur le territoire en situation irrégulière, qu'il a été incarcéré pour violences aggravées et, enfin, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, sa situation entre dans le champ d'application des dispositions des 3° de l'article L. 612-2 et 8° de l'article L. 612-3 du CESEDA où le préfet peut obliger un étranger à quitter sans délai le territoire français. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché la décision refusant à M. E l'octroi d'un délai de départ volontaire d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. La décision en litige, après avoir notamment visé le CESEDA et mentionné la nationalité nigériane de M. E, indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Cette décision comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'un défaut d'examen.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du CESEDA : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

18. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du CESEDA, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

19. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de l'interdiction de retour d'une durée de trois ans. Elle mentionne notamment que le requérant est entré irrégulièrement et récemment en France, qu'il y séjourne sans titre de séjour, qu'il est célibataire et sans enfant, s'est précédemment soustrait à deux mesures d''éloignement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, eu égard à ses deux condamnations pénales pour violences sur une personne étant ou ayant été un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, la motivation de la décision contestée atteste de ce que le préfet des Bouches-du-Rhône a pris en compte, au vu de la situation de M. E, l'ensemble des critères prévus par la loi. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit donc être écarté.

20. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, l'exception d'illégalité invoquée de ladite décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour doit être écartée.

21. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision litigieuse est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que M. E, arrivé récemment en France et de manière irrégulière, a vu sa demande d'asile rejetée et ne dispose d'aucun titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans enfant et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. Dans ces conditions et en l'état des pièces versées à l'instance, la durée de l'interdiction fixée à trois ans n'apparaît ni excessive ni disproportionnée au regard de la situation de l'intéressé. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent donc être écartés.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. E tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 21 septembre 2023 portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour pour une durée de trois ans doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré le 28 septembre 2023 et lu en audience publique qui s'est tenue le même jour.

La magistrate désignée

Signé

A. D

Le greffier

Signé

R. Machado

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

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