Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2508979
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2508979 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9è ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | SELARL ROUANET AVOCATS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une décision n° 495302 du 22 juillet 2025, le Conseil d’État statuant au contentieux, saisi d’un pourvoi présenté par Mme B... C..., assistée de sa curatrice, Mme D... A..., a annulé le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 2200763 du 18 avril 2024 en tant qu’il se prononce sur les préjudices résultant de la prise en compte des cotisations d’assurance maladie complémentaire dans les ressources déclarées par Mme C... et a renvoyé l’affaire dans cette mesure devant le même tribunal.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2022 et le 29 juillet 2022, Mme B... C..., assistée de sa curatrice Mme D... A..., représentée par Me Rouanet, demande au tribunal :
1°) de condamner le conseil départemental des Hautes-Alpes à lui payer la somme de 8 244, 42 euros, en réparation des préjudices subis du fait du refus de remboursement de sommes indument facturées ;
2°) de mettre à la charge du conseil départemental des Hautes-Alpes la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la majoration pour repas pris à l’extérieur de l’établissement et service d’aide par le travail (ESAT) aurait dû être appliquée pendant la cure d’amaigrissement que Mme C... a subi pour les mois de février et mars 2015 à l’hôpital de Briançon ;
- le conseil départemental des Hautes-Alpes n’a pas appliqué la méthode de calcul adéquate en imputant la part d’allocation adulte handicapé sur la base d’une proportion du temps total de présence pour les journées d’absence auprès du foyer d’hébergement de l’établissement et service d’aide par le travail (ESAT), en ce qui concerne les périodes de congés sans solde de Mme C... en novembre et décembre 2016 ;
- le montant de la mutuelle de Mme C... aurait dû être déduit de ses ressources déclarées et ses frais de mutuelle ne devaient pas entrer dans le calcul de ses récupérations sur ressource au titre de l’aide sociale à l’hébergement des personnes handicapées ;
- les journées du 16 mars et du 10 juillet 2020 ne peuvent pas être considérées comme des journées d’absence pour convenance personnelle.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 14 mars 2022, 12 mars 2024 et 27 août 2026, le département des Hautes-Alpes conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, à la confirmation du jugement de première instance en ce qu’il rejette le surplus des conclusions de la requérante, et à titre subsidiaire, à ce que la condamnation du département soit limitée à la somme de 3 772,74 euros.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que celle-ci est tardive ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Tukov, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Tukov, magistrat désigné.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée, en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, après l’appel de l’affaire à l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C..., placée sous la curatelle renforcée de Mme A..., bénéficie depuis le mois d’avril 2009 d’une aide sociale à l’hébergement des personnes handicapées au sein de l’établissement et service d’aide par le travail (ESAT) de Tallard, situé dans les Hautes-Alpes. Elle a demandé au président du conseil départemental des Hautes-Alpes l’indemnisation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de sommes qui lui auraient été indument facturées au titre de son accueil dans l’établissement.
2. Par un jugement du 18 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Marseille a condamné le département des Hautes-Alpes à lui verser une somme de 235,87 euros en réparation du seul préjudice subi du fait de l’erreur de qualification des journées des 16 mars et 10 juillet 2020 comme journées d’absence pour convenance personnelle et a rejeté le surplus de ses conclusions. Par une décision du 22 juillet 2025, la première chambre de la section du contentieux du Conseil d’Etat a annulé ce jugement en tant qu’il se prononce sur les préjudices résultant de la prise en compte des cotisations d’assurance maladie complémentaire dans les ressources déclarées par Mme C... et a renvoyé l’affaire dans cette mesure devant le même tribunal. Mme C... doit, dès lors, être regardée en dernier lieu comme demandant la condamnation du département des Hautes-Alpes à l’indemniser de ces seuls préjudices.
Sur la recevabilité de la requête :
3. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction résultant du décret n° 2016-1480 du 2 novembre 2016 portant modification du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ».
4. Il résulte de l’instruction, que Mme C..., a formé, le 6 septembre 2021, un recours préalable en indemnisation auprès du département des Hautes-Alpes, réceptionné le 16 septembre suivant, dans lequel elle demande l’indemnisation de sommes indument facturées lors de son séjour à l’ESAT de Tallard. Le département des Hautes-Alpes n’a pas déféré à cette demande et une décision implicite de rejet, dont il est demandé l’annulation, est donc née le 17 décembre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que le recours serait tardif ne peut qu’être écartée, dès lors que les décisions d’aide sociale d’hébergement aux personnes handicapées, datant respectivement du 17 juin 2009, du 21 mai 2013 et du 31 octobre 2018, qui sont devenues définitives et qui n’ont pas fait l’objet d’un recours administratif préalable obligatoire, se bornent à accorder un droit à Mme C... et n’ont donc pas d’objet purement pécuniaire, la présente requête demandant uniquement l’annulation de la décision implicite de rejet du 17 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
En ce qui concerne les préjudices résultant de la prise en compte des cotisations d’assurance maladie complémentaire dans les ressources déclarées par Mme C... :
5. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 132-1 du code de l’action sociale et des familles dispose que : « Il est tenu compte, pour l’appréciation des ressources des postulants à l’aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire ». Aux termes du premier alinéa de l’article L. 132-3 du même code : « Les ressources de quelque nature qu’elles soient à l’exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l’aide aux personnes âgées ou de l’aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d’hébergement et d’entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l’aide sociale sont déterminées par décret. » En vertu de l’article L. 344-5 du même code, dans sa rédaction alors applicable : « Les frais d’hébergement et d’entretien des personnes handicapées accueillies, quel que soit leur âge, dans les établissements mentionnés au b du 5° et au 7° du I de l’article L. 312-1, à l’exception de celles accueillies dans les établissements relevant de l’article L. 344-1, sont à la charge : / 1° A titre principal, de l’intéressé lui-même sans toutefois que la contribution qui lui est réclamée puisse faire descendre ses ressources au-dessous d’un minimum fixé par décret et par référence à l’allocation aux handicapés adultes, différent selon qu’il travaille ou non.(…) » L’article D. 344 35 du même code prévoit que les ressources laissées à la disposition de l’intéressé s’élèvent au tiers des revenus tirés du travail majoré du dixième des autres revenus, sans que la part laissée à la personne puisse descendre au-dessous de 30 % du montant mensuel de l’allocation aux adultes handicapés.
6. Il résulte de ces dispositions que les personnes handicapées hébergées en établissement au titre de l’aide sociale doivent pouvoir disposer librement de 10 % de leurs ressources et que la somme ainsi laissée à leur disposition ne peut être inférieure à 30 % du montant mensuel de l’allocation aux adultes handicapés. Ces dispositions doivent être interprétées comme devant permettre à ces personnes de subvenir aux dépenses qui sont mises à leur charge par la loi et sont exclusives de tout choix de gestion, telles que les sommes dont elles seraient redevables au titre de l’impôt sur le revenu. Il suit de là que la contribution de 90 % prévue à l’article L. 132-3 du code de l’action sociale et des familles doit être appliquée sur une assiette de ressources diminuée de ces dépenses. En outre, eu égard aux exigences résultant du onzième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère le Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 en vertu duquel la Nation garantit à tous la protection de la santé, les dispositions du code de l’action sociale et des familles doivent être interprétées comme imposant également de déduire de cette assiette, soit la part des tarifs de sécurité sociale restant à la charge des assurés sociaux du fait des dispositions législatives et réglementaires et le forfait journalier prévu par l’article L. 174-4 du code de la sécurité sociale, soit les cotisations d’assurance maladie complémentaire nécessaires à la couverture de ces dépenses qui ne font pas l’objet d’une prise en charge obligatoire par l’employeur en application de l’article L. 911-7 de ce code.
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la somme minimale laissée à la disposition des personnes handicapées hébergées doit être déterminée après déduction des sommes nécessaires à l’acquisition d’une couverture maladie complémentaire destinée à assurer la couverture de la part des tarifs de sécurité sociale restant à la charge des assurés sociaux ainsi que le forfait journalier prévu à l’article L. 174-4 du code de la sécurité sociale non prises en charge par l’employeur.
8. Il résulte de l’instruction que depuis le 1er janvier 2013, le département des Hautes-Alpes ne déduit plus le coût de la mutuelle de Mme C... sur ses ressources déclarées. Or, il résulte de ce qui précède que les cotisations d’assurance maladie complémentaire doivent être déduites de l'assiette servant au calcul de la participation aux frais d'hébergement. Par suite, la requérante est fondée à demander la réparation des préjudices résultant de la prise en compte des cotisations d’assurance maladie complémentaire dans les ressources déclarées par Mme C.... Il sera fait une exacte appréciation du préjudice qu’elle a subi en condamnant le département à lui verser la somme de 3 514 euros.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du département des Hautes-Alpes une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le département des Hautes-Alpes versera à Mme C... la somme de 3 514 euros.
Article 2 : Le département des Hautes-Alpes versera une somme de 1 200 euros à Mme C... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B... C... et au département des Hautes-Alpes.
Copie en sera adressée à Mme D... A....
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le magistrat désigné,
Signé
C. TUKOV
La greffière,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Par une décision n° 495302 du 22 juillet 2025, le Conseil d’État statuant au contentieux, saisi d’un pourvoi présenté par Mme B... C..., assistée de sa curatrice, Mme D... A..., a annulé le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 2200763 du 18 avril 2024 en tant qu’il se prononce sur les préjudices résultant de la prise en compte des cotisations d’assurance maladie complémentaire dans les ressources déclarées par Mme C... et a renvoyé l’affaire dans cette mesure devant le même tribunal.
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2022 et le 29 juillet 2022, Mme B... C..., assistée de sa curatrice Mme D... A..., représentée par Me Rouanet, demande au tribunal :
1°) de condamner le conseil départemental des Hautes-Alpes à lui payer la somme de 8 244, 42 euros, en réparation des préjudices subis du fait du refus de remboursement de sommes indument facturées ;
2°) de mettre à la charge du conseil départemental des Hautes-Alpes la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la majoration pour repas pris à l’extérieur de l’établissement et service d’aide par le travail (ESAT) aurait dû être appliquée pendant la cure d’amaigrissement que Mme C... a subi pour les mois de février et mars 2015 à l’hôpital de Briançon ;
- le conseil départemental des Hautes-Alpes n’a pas appliqué la méthode de calcul adéquate en imputant la part d’allocation adulte handicapé sur la base d’une proportion du temps total de présence pour les journées d’absence auprès du foyer d’hébergement de l’établissement et service d’aide par le travail (ESAT), en ce qui concerne les périodes de congés sans solde de Mme C... en novembre et décembre 2016 ;
- le montant de la mutuelle de Mme C... aurait dû être déduit de ses ressources déclarées et ses frais de mutuelle ne devaient pas entrer dans le calcul de ses récupérations sur ressource au titre de l’aide sociale à l’hébergement des personnes handicapées ;
- les journées du 16 mars et du 10 juillet 2020 ne peuvent pas être considérées comme des journées d’absence pour convenance personnelle.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 14 mars 2022, 12 mars 2024 et 27 août 2026, le département des Hautes-Alpes conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, à la confirmation du jugement de première instance en ce qu’il rejette le surplus des conclusions de la requérante, et à titre subsidiaire, à ce que la condamnation du département soit limitée à la somme de 3 772,74 euros.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que celle-ci est tardive ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Tukov, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Tukov, magistrat désigné.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée, en application des dispositions de l’article R. 772-9 du code de justice administrative, après l’appel de l’affaire à l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C..., placée sous la curatelle renforcée de Mme A..., bénéficie depuis le mois d’avril 2009 d’une aide sociale à l’hébergement des personnes handicapées au sein de l’établissement et service d’aide par le travail (ESAT) de Tallard, situé dans les Hautes-Alpes. Elle a demandé au président du conseil départemental des Hautes-Alpes l’indemnisation des préjudices qu’elle estime avoir subis du fait de sommes qui lui auraient été indument facturées au titre de son accueil dans l’établissement.
2. Par un jugement du 18 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Marseille a condamné le département des Hautes-Alpes à lui verser une somme de 235,87 euros en réparation du seul préjudice subi du fait de l’erreur de qualification des journées des 16 mars et 10 juillet 2020 comme journées d’absence pour convenance personnelle et a rejeté le surplus de ses conclusions. Par une décision du 22 juillet 2025, la première chambre de la section du contentieux du Conseil d’Etat a annulé ce jugement en tant qu’il se prononce sur les préjudices résultant de la prise en compte des cotisations d’assurance maladie complémentaire dans les ressources déclarées par Mme C... et a renvoyé l’affaire dans cette mesure devant le même tribunal. Mme C... doit, dès lors, être regardée en dernier lieu comme demandant la condamnation du département des Hautes-Alpes à l’indemniser de ces seuls préjudices.
Sur la recevabilité de la requête :
3. Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction résultant du décret n° 2016-1480 du 2 novembre 2016 portant modification du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ».
4. Il résulte de l’instruction, que Mme C..., a formé, le 6 septembre 2021, un recours préalable en indemnisation auprès du département des Hautes-Alpes, réceptionné le 16 septembre suivant, dans lequel elle demande l’indemnisation de sommes indument facturées lors de son séjour à l’ESAT de Tallard. Le département des Hautes-Alpes n’a pas déféré à cette demande et une décision implicite de rejet, dont il est demandé l’annulation, est donc née le 17 décembre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de ce que le recours serait tardif ne peut qu’être écartée, dès lors que les décisions d’aide sociale d’hébergement aux personnes handicapées, datant respectivement du 17 juin 2009, du 21 mai 2013 et du 31 octobre 2018, qui sont devenues définitives et qui n’ont pas fait l’objet d’un recours administratif préalable obligatoire, se bornent à accorder un droit à Mme C... et n’ont donc pas d’objet purement pécuniaire, la présente requête demandant uniquement l’annulation de la décision implicite de rejet du 17 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
En ce qui concerne les préjudices résultant de la prise en compte des cotisations d’assurance maladie complémentaire dans les ressources déclarées par Mme C... :
5. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 132-1 du code de l’action sociale et des familles dispose que : « Il est tenu compte, pour l’appréciation des ressources des postulants à l’aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire ». Aux termes du premier alinéa de l’article L. 132-3 du même code : « Les ressources de quelque nature qu’elles soient à l’exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l’aide aux personnes âgées ou de l’aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d’hébergement et d’entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l’aide sociale sont déterminées par décret. » En vertu de l’article L. 344-5 du même code, dans sa rédaction alors applicable : « Les frais d’hébergement et d’entretien des personnes handicapées accueillies, quel que soit leur âge, dans les établissements mentionnés au b du 5° et au 7° du I de l’article L. 312-1, à l’exception de celles accueillies dans les établissements relevant de l’article L. 344-1, sont à la charge : / 1° A titre principal, de l’intéressé lui-même sans toutefois que la contribution qui lui est réclamée puisse faire descendre ses ressources au-dessous d’un minimum fixé par décret et par référence à l’allocation aux handicapés adultes, différent selon qu’il travaille ou non.(…) » L’article D. 344 35 du même code prévoit que les ressources laissées à la disposition de l’intéressé s’élèvent au tiers des revenus tirés du travail majoré du dixième des autres revenus, sans que la part laissée à la personne puisse descendre au-dessous de 30 % du montant mensuel de l’allocation aux adultes handicapés.
6. Il résulte de ces dispositions que les personnes handicapées hébergées en établissement au titre de l’aide sociale doivent pouvoir disposer librement de 10 % de leurs ressources et que la somme ainsi laissée à leur disposition ne peut être inférieure à 30 % du montant mensuel de l’allocation aux adultes handicapés. Ces dispositions doivent être interprétées comme devant permettre à ces personnes de subvenir aux dépenses qui sont mises à leur charge par la loi et sont exclusives de tout choix de gestion, telles que les sommes dont elles seraient redevables au titre de l’impôt sur le revenu. Il suit de là que la contribution de 90 % prévue à l’article L. 132-3 du code de l’action sociale et des familles doit être appliquée sur une assiette de ressources diminuée de ces dépenses. En outre, eu égard aux exigences résultant du onzième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère le Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 en vertu duquel la Nation garantit à tous la protection de la santé, les dispositions du code de l’action sociale et des familles doivent être interprétées comme imposant également de déduire de cette assiette, soit la part des tarifs de sécurité sociale restant à la charge des assurés sociaux du fait des dispositions législatives et réglementaires et le forfait journalier prévu par l’article L. 174-4 du code de la sécurité sociale, soit les cotisations d’assurance maladie complémentaire nécessaires à la couverture de ces dépenses qui ne font pas l’objet d’une prise en charge obligatoire par l’employeur en application de l’article L. 911-7 de ce code.
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la somme minimale laissée à la disposition des personnes handicapées hébergées doit être déterminée après déduction des sommes nécessaires à l’acquisition d’une couverture maladie complémentaire destinée à assurer la couverture de la part des tarifs de sécurité sociale restant à la charge des assurés sociaux ainsi que le forfait journalier prévu à l’article L. 174-4 du code de la sécurité sociale non prises en charge par l’employeur.
8. Il résulte de l’instruction que depuis le 1er janvier 2013, le département des Hautes-Alpes ne déduit plus le coût de la mutuelle de Mme C... sur ses ressources déclarées. Or, il résulte de ce qui précède que les cotisations d’assurance maladie complémentaire doivent être déduites de l'assiette servant au calcul de la participation aux frais d'hébergement. Par suite, la requérante est fondée à demander la réparation des préjudices résultant de la prise en compte des cotisations d’assurance maladie complémentaire dans les ressources déclarées par Mme C.... Il sera fait une exacte appréciation du préjudice qu’elle a subi en condamnant le département à lui verser la somme de 3 514 euros.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du département des Hautes-Alpes une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme C... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le département des Hautes-Alpes versera à Mme C... la somme de 3 514 euros.
Article 2 : Le département des Hautes-Alpes versera une somme de 1 200 euros à Mme C... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B... C... et au département des Hautes-Alpes.
Copie en sera adressée à Mme D... A....
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le magistrat désigné,
Signé
C. TUKOV
La greffière,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Décisions similaires
TA76Plein contentieux
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604840
01/10/2026
TA76Plein contentieux
Tribunal Administratif de Rouen — N° TA76-2604704
01/10/2026
TA44Plein contentieux
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2509963
01/10/2026
TA45Plein contentieux
Tribunal Administratif d'Orléans — N° TA45-2604401
01/10/2026