Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre 2025 et 6 mai 2026, M. C... A... B..., représenté par Me Leonhardt, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 17 octobre 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure ;
2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l’attente une autorisation de séjour lui permettant de travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d’un titre de séjour :
- la décision en litige est entachée d’un vice de procédure en l’absence de consultation de la commission du titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il réside avec son enfant depuis sa naissance et qu’il justifie participer financièrement à son entretien ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision en litige est illégale dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Forest, rapporteure,
- et les observations de Me Leonhardt, représentant M. A... B....
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant comorien né le 21 février 1999 à Koua Mitsamiouli, déclare être entré en France le 6 avril 2021 et s’y être maintenu continuellement depuis cette date. Il a sollicité le 29 octobre 2024 un titre de séjour en sa qualité de parent d’enfant français. Il demande l’annulation de l’arrêté du 17 octobre 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ». En vertu de l'article 371-2 du code civil, chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant.
3. Pour refuser de délivrer à M. A... B... le titre de séjour sollicité, le préfet des Bouches-du-Rhône s’est fondé sur la circonstance que celui-ci ne justifiait pas contribuer effectivement à l’entretien et à l’éducation de l’enfant dans les conditions prévues à l’article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. M. A... B..., père d’un enfant de nationalité française né le 4 septembre 2024 de sa relation avec Mme A..., ressortissante française, et qu’il a reconnu le lendemain de sa naissance, soutient qu’il réside avec cette dernière et leur enfant depuis la naissance de celui-ci en dépit de la rupture du lien amoureux entre les parents. S’il ne conteste pas que son employeur a mis à sa disposition un logement de fonction du 21 mai au 14 juillet 2025, il produit au soutien de cette domiciliation commune l’acte de naissance de l’enfant, la citation à comparaître devant le juge aux affaires familiales du 9 octobre 2025, une attestation d’assurance habitation du 24 avril 2025 qui le désigne comme cohabitant du logement commun, les avis d’impositions de chacun des membres du couple établis en 2025 et des attestations d’hébergement de son ex-conjointe des 27 mai, 24 juin et 9 novembre 2025. Alors qu’il est ainsi réputé contribuer à l’éducation et à l’entretien de cet enfant du seul fait de cette domiciliation commune, il ressort, en outre, des pièces du dossier que M. A... B... a procédé, dès décembre 2024, au profit de la mère de son enfant et pour les frais d’entretien de celui-ci, à une quinzaine de virements, pour des montants compris entre 40 et 715 euros, et pour une somme totale de 1 725 euros à la date de la décision en litige, qu’il a réglé une dizaine de factures d’octobre 2024 à mai 2025 concernant notamment l’achat de lait infantile, que le pédiatre de l’enfant a indiqué, par une attestation établie le 10 novembre 2025, de sa présence aux rendez-vous de consultation de suivi et que des proches, dont la mère de l’enfant, témoignent du fait qu’il s’occupe de son fils. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à M. A... B... un titre de séjour en qualité de parent d’enfant français, le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les dispositions précitées de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision de refus de titre de séjour doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec délai et fixation du pays de renvoi de la mesure d’éloignement doivent être également annulées.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
5. Eu égard au motif d’annulation de la décision portant refus de séjour du 17 octobre 2025, l’exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », à M. A... B.... Il y a lieu, dès lors, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer ce titre à M. A... B..., dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
6. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer à l’encontre de l’Etat, à défaut pour lui de justifier de l’exécution du présent jugement dans le délai de deux mois à compter de sa notification, une astreinte de 50 euros par jour jusqu’à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.
Sur les frais liés au litige :
7. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A... B... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 octobre 2025 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. A... B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l’encontre de l’Etat s’il n’est pas justifié de l’exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l’article 2 ci‑dessus. Le préfet des Bouches-du-Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.
Article 4 : L’Etat versera à M. A... B... une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B... et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Felmy, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Signé
H. Forest
La présidente,
Signé
E. Felmy
La greffière,
Signé
S. Gonzales
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.