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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2604396

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2604396

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2604396
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP BOURGLAN DAMAMME LEONHARDT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé-suspension, suspend l'exécution de la décision préfectorale du 10 février 2026 rejetant la demande de titre de séjour de l'intéressé. Le juge estime que la condition d'urgence est remplie et qu'existe un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment au regard de l'article L. 435-1 du CESEDA, car le préfet n'a pas consulté la commission du titre de séjour comme l'y obligeait la situation de l'étranger résidant en France depuis plus de dix ans.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2026, M. A... B..., représenté par Me Leonhardt, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 10 février 2026 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 2 000 euros à Me Leonhardt au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :
- la condition tenant à l’urgence est satisfaite ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige dès lors que :
- la décision n’est pas suffisamment motivée ;
- la commission du titre de séjour n’a pas été consultée ;
- sa situation n’a pas fait l’objet d’un examen particulier ;
- la décision méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il en remplit les conditions ;
- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la condition tenant à l’urgence n’est pas remplie et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2604490 tendant à l’annulation de la décision en litige.

Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du 24 mars 2026 tenue en présence de M. Le Guillermic, greffier d’audience, M. Gonneau a lu son rapport et a entendu les observations de Me Leonhardt pour M. B... qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


M. B..., de nationalité tunisienne, a demandé au tribunal d’annuler l’arrêté du 22 novembre 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de l’admettre au séjour et l’a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 29 juin 2023, le tribunal a rejeté sa requête. Par un arrêt du 29 septembre 2025, la cour administrative d’appel de Marseille a annulé ce jugement et l’arrêté attaqué au motif que M. B... justifiait résider en France depuis l’année 2012 et que les dispositions de l’article L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obligation au préfet des Bouches-du-Rhône de saisir la commission du titre de séjour s’il entendait rejeter la demande de l’intéressé. Sur injonction de la cour, le préfet des Bouches-du-Rhône a procédé au réexamen de la demande de M. B... et a rejeté sa demande de titre de séjour par un arrêté du 10 février 2026, sans toutefois saisir la commission du titre de séjour. M. B... demande la suspension de l’exécution de cette décision.

Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».


M. B... a déposé sa demande de titre de séjour en 2022. Au regard de la durée des procédures administratives et juridictionnelles, la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention (…) " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 (…) ».

En l’état de l’instruction le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées et de la méconnaissance de l’autorité de la chose jugée en ce que le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas consulté la commission du titre de séjour est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Il résulte de ce qui précède que l’exécution de la décision du 10 février 2026 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de M. B... doit être suspendue.

La présente décision implique, en application de l’article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet des Bouches-du-Rhône procède au réexamen de la demande de M. B..., en saisissant pour avis la commission du titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et lui délivre dans l’attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Pour la liquidation de ces astreintes le préfet des Bouches-du-Rhône communiquera au tribunal les pièces justifiant de l’exécution de la présente ordonnance dans le délai de deux jours au plus tard à compter du terme des délais d’un mois et de trois jours ci-dessus.


Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 : « (…) L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

Le bureau d’aide juridictionnelle n’ayant pas encore statué sur la demande d’aide juridictionnelle présentée par M. B..., il y a lieu de l’admettre d’office au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire et, sous réserve que Me Leonhardt, avocate de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et sous réserve de l’admission définitive de son client à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 000 euros à Me Leonhardt au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





























O R D O N N E :

Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’exécution de la décision du 10 février 2026 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de M. B... est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la demande de M. B..., en saisissant pour avis la commission du titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de trois jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : Les injonctions ordonnées à l’article 3 sont chacune assorties d’une astreinte d’un montant de 100 euros par jour de retard. Pour la liquidation de ces astreintes, le préfet des Bouches-du-Rhône communiquera au tribunal les pièces justifiant de l’exécution de la présente ordonnance dans le délai de deux jours au plus tard à compter du terme des délais d’un mois et de trois jours fixés à l’article 3.

Article 5 : Sous réserve de l’admission définitive de M. B... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Leonhardt renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, ce dernier versera une somme de 1 000 euros à Me Anaïs Leonhardt, avocate de M. B..., en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., à Me Anaïs Leonhardt et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.



Le juge des référés,


signé


P-Y. GONNEAU


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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