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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-1900459

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-1900459

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-1900459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 mars 2019, 10 avril 2019, 1er avril 2021 et 24 mai 2021, M. B... A... demande au tribunal :

1°) d’annuler son évaluation professionnelle au titre de l’année 2017 ;

2°) d’enjoindre à son employeur de réviser le compte rendu d’entretien professionnel en indiquant que les objectifs n° 2 et n° 3 fixés au titre de l’année 2017 sont sans objet, en supprimant les objectifs n° 2 et n° 3 fixés au titre de l’année 2018, en appréciant à un niveau « très bon » son sens du service public et en retirant plusieurs mentions figurant dans les parties relatives aux acquis de l’expérience professionnelle et à l’appréciation littérale du supérieur hiérarchique.

M. A... soutient que :
- la procédure d’évaluation est irrégulière, l’autorité hiérarchique ayant apposé sa signature sur le compte rendu d’entretien professionnel avant qu’il soit mis à même de présenter ses observations ;
- l’administration s’est crue liée par l’avis rendu par la commission administrative paritaire pour rejeter son recours en révision, alors qu’il s’agit d’un avis seulement consultatif ;
- plusieurs objectifs fixés par sa hiérarchie au titre des années 2017 et 2018 s’avèrent insuffisamment précis et ambigus ;
- son employeur a commis une erreur d’appréciation dans l’évaluation de la réalisation de ses objectifs et de ses qualités professionnelles ;
- cette évaluation professionnelle constitue une sanction disciplinaire déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2021, le ministre de l’économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conclusions à fin d’injonction sont irrecevables et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pringault, conseiller ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- et les observations de M. A....


Considérant ce qui suit :

M. B... A..., ingénieur de l’industrie et des mines, est affecté à l’Autorité de sûreté nucléaire depuis le 1er octobre 2007. Le 27 mars 2018, son supérieur hiérarchique lui a notifié le compte rendu d’entretien professionnel établi au titre de l’année 2017. M. A... a formé le 9 avril 2018 un recours hiérarchique, rejeté le 20 avril 2018. Le 18 mai 2018, il a formé un recours en révision, rejeté le 7 janvier 2019 après avis émis le 20 novembre 2018 par la commission administrative paritaire compétente. Par sa requête, M. A... demande l’annulation de son évaluation professionnelle au titre de l’année 2017.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

Aux termes de l’article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l’Etat, alors en vigueur : « L’appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct (…) ». Aux termes de l’article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l’Etat : « Le fonctionnaire bénéficie chaque année d’un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l’avance ». Aux termes de l’article 4 de ce décret : « Le compte rendu de l’entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. Il est communiqué au fonctionnaire qui le complète, le cas échéant, de ses observations. Il est visé par l’autorité hiérarchique qui peut formuler, si elle l’estime utile, ses propres observations. Le compte rendu est notifié au fonctionnaire qui le signe pour attester qu’il en a pris connaissance puis le retourne à l’autorité hiérarchique qui le verse à son dossier ».

Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d’une procédure administrative préalable n’est de nature à entacher d’illégalité la décision prise que s’il ressort des pièces du dossier qu’il a été susceptible d’exercer, en l’espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s’il a privé l’intéressé d’une garantie.

L’article 4 du décret du 28 juillet 2010 précité prévoit, une fois le compte rendu signé par le supérieur hiérarchique direct, sa communication à l’agent afin qu’il puisse y apposer ses observations avant que le compte rendu ne soit visé par l’autorité hiérarchique. Si une telle communication constitue une garantie pour l’agent, lequel peut alors mentionner ses observations quant à la conduite de l’entretien et aux thèmes abordés, l’agent refusant de participer à son entretien se prive, de ce fait, du bénéfice de cette garantie. En l’espèce, il est constant que M. A... a refusé de participer à l’entretien mené au titre de l’année 2017, en se prévalant de l’inutilité des entretiens annuels. Au vu de ce qui précède, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d’une procédure irrégulière ne peut, dans les circonstances particulières de l’espèce, qu’être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

Aux termes de l’article 3 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l’appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l’Etat: « L’entretien professionnel porte principalement sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d’organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l’année à venir et les perspectives d’amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des perspectives d’évolution des conditions d’organisation et de fonctionnement du service ; / 3° La manière de servir du fonctionnaire ; / 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; / 5° Le cas échéant, la manière dont il exerce les fonctions d’encadrement qui lui ont été confiées ; 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu’il doit acquérir et à son projet professionnel ; / 7° Ses perspectives d’évolution professionnelle en termes de carrière et de mobilité (…) ». Aux termes de son article 6 : « (…) Les commissions administratives paritaires peuvent, à la requête de l’intéressé, sous réserve qu’il ait au préalable exercé le recours mentionné à l’alinéa précédent, demander à l’autorité hiérarchique la révision du compte rendu de l’entretien professionnel. Dans ce cas, communication doit être faite aux commissions de tous éléments utiles d’information. Les commissions administratives paritaires doivent être saisies dans un délai d’un mois à compter de la date de notification de la réponse formulée par l’autorité hiérarchique dans le cadre du recours. / L’autorité hiérarchique communique au fonctionnaire, qui en accuse réception, le compte rendu définitif de l’entretien professionnel ».

L’appréciation générale de la valeur professionnelle d’un agent doit refléter les qualités de ce dernier dans l’accomplissement de ses fonctions et doit tenir compte de l’ensemble des éléments relatifs à son comportement. L’autorité chargée de l’évaluation de la valeur professionnelle dispose d’un large pouvoir d’appréciation, en fonction du travail et du mérite professionnel de l’agent, sous réserve du contrôle du juge administratif portant sur l’erreur de droit, le détournement de pouvoir ou l’erreur manifeste d’appréciation.

En premier lieu, il ne ressort pas des termes du courrier du secrétaire général de la direction générale des entreprises du 7 janvier 2019, dans lequel il précisait notamment avoir, après un examen approfondi des éléments produits par l’intéressé et par l’Autorité de sûreté nucléaire, décidé de maintenir en l’état son compte rendu d’entretien professionnel pour 2017, que ce dernier se serait cru lié par l’avis de la commission administrative paritaire pour rejeter le recours en révision formé par l’agent. Le moyen tiré de ce qu’il aurait, pour ce motif, méconnu l’étendue de sa compétence doit donc être écarté.

En deuxième lieu, si le requérant allègue que les termes des objectifs n° 2 et n° 3 fixés au titre de l’année 2017 sont ambigus et empêchent ainsi une réelle appréciation de ses aptitudes professionnelles, ces objectifs, qui consistent, pour le premier, à « veiller à un relationnel adapté vis-à-vis des agents de l’ASN et des interlocuteurs externes pour ne pas compromettre la réalisation efficace des missions », et pour le second, à « participer davantage au collectif du pôle REP et participer également aux réflexions à venir sur les ajustements d’organisation de ce pôle dans la perspective d’un renfort en 2017 », sont suffisamment clairs et précis pour que l’agent puisse comprendre les attentes de son employeur et pour que sa hiérarchie puisse évaluer correctement leur atteinte.

En troisième lieu, si M. A... soutient que c’est à tort que l’administration a regardé les objectifs n° 2 et n° 3 comme non atteints et a évalué son sens du service public à un niveau « moyen », il ressort des pièces du dossier que, si les compétences techniques de l’agent sont reconnues par sa hiérarchie, des difficultés en termes de savoir-être, en particulier dans ses relations avec certains collègues et supérieurs hiérarchiques, ont été constatées à plusieurs reprises dans le cadre de l’exercice de ses fonctions. L’administration, qui ne s’est pas fondée sur des faits matériellement inexacts, n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’appréciation de sa contribution à l’activité du service et de ses capacités professionnelles et relationnelles en considérant que plusieurs objectifs assignés pour l’année 2017 n’étaient pas atteints et en évaluant comme « moyen » son sens du service public.

En quatrième lieu, si M. A... fait grief au compte rendu d’entretien professionnel de comporter une mention selon laquelle « il s’est également déclaré victime de harcèlement moral mais l’enquête interne menée à l’ASN a conclu négativement », il ressort du compte rendu définitif de cet entretien, produit à l’instance, que cette mention a été supprimée par l’administration à la suite du recours hiérarchique exercé par l’agent le 9 avril 2018. Il n’est dès lors pas fondé à soutenir que la présence de cette mention entacherait d’illégalité la décision attaquée.

En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les reproches circonstanciés portés par la hiérarchie de M. A... sur sa manière de servir au titre de l’année 2017 caractériseraient une atteinte, directe ou indirecte, à l’indépendance qui s’attache à l’exercice des missions d’inspection du travail.

En dernier lieu, une mesure revêt le caractère d’une sanction disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l’agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l’intention poursuivie par l’administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

En l’espèce, le compte rendu d’entretien professionnel établi au titre de l’année 2017 traduit, comme il a été indiqué aux points 9 à 11 ci-dessus, une appréciation de la manière de servir de M. A... dénuée d’erreur manifeste. Il n’est pas établi que les mentions figurant sur le compte rendu d’entretien professionnel auraient eu pour finalité, non pas de porter une appréciation sur sa manière de servir au cours de la période de référence, mais de le sanctionner. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée constituerait une sanction déguisée illégale ne peut ainsi qu’être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de son évaluation professionnelle au titre de l’année 2017.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation, n’appelle aucune mesure d’exécution. Il en résulte, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’économie, des finances et de l’industrie.

Délibéré après l’audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
M. Pringault, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.


Le rapporteur,
Signé
S. PRINGAULT

Le président,
Signé
A. MARCHAND



Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de l’industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,



J. Lounis

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