vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-1902420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET COUDRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 octobre 2019, 7 octobre 2020 et 30 décembre 2020, la communauté d'agglomération du Cotentin, représentée par la SELARL Cabinet Coudray, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 20 août 2019 portant notification du montant de dotation au titre du fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales pour l'année 2019 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat, à titre principal, de lui allouer un montant de 3 823 745 euros au titre de la dotation du fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales pour l'année 2019 et de verser à chacun de ses membres le montant en résultant par application de l'article L. 2336-5 du code général des collectivités territoriales, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ; d'enjoindre à l'Etat, à titre subsidiaire, de recalculer le montant de la dotation attribuée au titre du fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales pour l'année 2019 et de verser à chacun de ses membres le montant résultant de ce calcul, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de forme ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- en ne minorant pas son potentiel financier agrégé des prélèvements de la contribution au redressement des finances publiques (CRFP) opérés en 2018, la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 2336-2 du code général des collectivités territoriales ;
- en refusant de prendre en compte le double prélèvement de CRFP opéré sur les mêmes recettes réelles de fonctionnement à compter de 2017 dans le calcul de son potentiel financier agrégé, l'Etat a méconnu les dispositions de l'article L. 5211-28 du code général des collectivités locales en soumettant un même euro de recette réelle de fonctionnement à un double prélèvement et en dépassant les seuils de prélèvement fixés à cet article ;
- cette double prise en compte des prélèvements de CRFP n'a pas été intégrée dans le calcul du PFIA de la communauté d'agglomération requérante pour l'année 2019 ; dès lors, la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 2336-2 du code général des collectivités territoriales ;
- le prélèvement de CRFP pérennisé au sein de la dotation de consolidation des communes nouvelles, membres de la communauté d'agglomération requérante, méconnaît les dispositions de l'article L. 2113-20 du code général des collectivités territoriales, entraînant une surestimation du potentiel financier agrégé du bloc intercommunal contraire aux dispositions de l'article L. 2336-2 du même code ;
- les dispositions de l'article L. 2336-2 du code général des collectivités territoriales imposent, par renvoi aux dispositions de l'article L. 5211-28 du même code, de minorer le potentiel financier agrégé de la requérante des prélèvements de CRFP opérés en 2018, ceci alors que les dispositions de l'article L. 5211-28 de ce code ont été modifiées à compter du 1er janvier 2019 ;
- la décision en litige a été prise sur le fondement, ou en application, de la note du 14 juin 2019 relative à la répartition du fonds national de péréquation ; dès lors, elle est fondée à exciper de l'illégalité de cette note.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 octobre et 15 décembre 2020, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la communauté d'agglomération du Cotentin n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cheylan,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Dugué, représentant la communauté d'agglomération du Cotentin.
Le préfet de la Manche n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 20 août 2019, le préfet de la Manche a notifié à la communauté d'agglomération du Cotentin sa dotation au titre du fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales pour l'année 2019. Cette décision fixe le montant de la dotation à 1 182 692 euros. Par sa requête, la communauté d'agglomération demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur, ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Toutefois, il résulte des articles L. 100-1 et L. 100-3 du code des relations entre le public et l'administration que les dispositions de ce code ne s'appliquent pas, sauf exception, aux relations entre personnes morales de droit public. L'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration n'est ainsi pas applicable dans un litige opposant deux personnes publiques.
3. La requérante soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne comporte pas les nom et prénoms, la qualité et la signature de la personne l'ayant adoptée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, il résulte de ces dispositions qu'une collectivité territoriale ne saurait utilement se prévaloir de ces dispositions à l'encontre d'une décision édictée par l'Etat. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est irrégulière faute de satisfaire aux exigences de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui est inopérant, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le présent chapitre () s'applique également aux relations entre les administrations. ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".
5. La requérante soutient que la décision en litige, qui ne précise pas les motifs de droit et de fait qui la fondent, méconnaît les dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration .Toutefois, la décision 20 août 2019 notifiant le montant de la dotation au titre du fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales pour l'année 2019, qui n'est pas une décision défavorable, n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme étant inopérant.
6. En troisième lieu, aux termes du 5° du I de l'article L. 2336-2 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable : " () Le potentiel financier agrégé d'un ensemble intercommunal est égal à son potentiel fiscal agrégé, majoré de la somme des dotations forfaitaires définies à l'article L. 2334-7 du présent code perçues par les communes membres l'année précédente, hors la part mentionnée au 3° du I du même article L. 2334-7 et indexée à compter de 2014 sur le taux d'évolution de la dotation forfaitaire de la commune l'année précédant la répartition et hors le montant correspondant à la dotation de consolidation prévue au IV de l'article L. 2113-20. Il est minoré, le cas échéant, du prélèvement sur le produit des impôts directs locaux mentionné à la seconde phrase du troisième alinéa du III de l'article L. 2334-7 réalisé l'année précédente sur le groupement et ses communes membres ainsi que des minorations mentionnées aux articles L. 2334-7-3 et L. 5211-28 () ". Si ces dispositions renvoient à celles de l'article L. 5211-28 du même code, il résulte des termes de ces dernières, telles que modifiées par l'article 250 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018, qu'au jour d'adoption de la décision en litige, elles ne visaient plus le mécanisme de prélèvements relatifs à la contribution au redressement des finances publiques. Par ailleurs, la légalité d'un acte administratif s'apprécie en fonction de la situation de droit et de fait existant au jour de son édiction.
7. La communauté d'agglomération du Cotentin soutient qu'elle aurait dû bénéficier de l'application des dispositions de l'article L. 5211-28 du code général des collectivités territoriales dans leur version antérieure à la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, au jour de l'édiction de la décision en litige, les dispositions de l'article L. 5211-28 du code général des collectivités territoriales, auxquelles l'article L. 2336-2 du même code renvoie, ne prévoyaient plus de mécanisme de contribution au redressement des finances publiques. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les prélèvements opérés au titre de cette minoration, sur sa dotation d'intercommunalité pour l'année 2018, devaient être pris en compte dans le calcul de son potentiel financier agrégé utilisé pour déterminer sa dotation de péréquation concernant l'année 2019. La requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que les services de l'Etat auraient commis une erreur de droit en ne prenant pas en compte, pour le calcul de sa dotation de péréquation pour l'année 2019, l'ensemble des prélèvements opérés au titre de la contribution au redressement des finances publiques depuis l'année 2017, y compris ceux opérés sur la dotation de consolidation des communes nouvelles de la Hague et de Cherbourg en Cotentin. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
8. En dernier lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.
9. La communauté d'agglomération du Cotentin fait valoir que, dans la mesure où la décision en litige retient la même interprétation de l'article L. 5211-28 du code général des collectivités territoriales que celle présentée par la note d'information du 14 juin 2019 relative au fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales, la décision en litige a nécessairement été prise sur le fondement de cette note ou, tout du moins, pour son exécution. Elle soutient ainsi être fondée à en contester la légalité par la voie de l'exception. Toutefois, la note d'information du 14 juin 2019 ne constitue pas la base légale de la décision du 20 août 2019 en litige, qui a été adoptée sur le fondement des dispositions légales alors applicables. Cette décision n'a pas non plus été prise pour l'application de ladite note d'information. Par suite, le moyen tiré de ce que la note d'information du 14 juin 2019 méconnaît les dispositions de l'article L. 2336-2 du code général des collectivités territoriales, ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte présentées par la communauté d'agglomération du Cotentin doivent être rejetées.
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la communauté d'agglomération du Cotentin au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la communauté d'agglomération du Cotentin est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la communauté d'agglomération du Cotentin et au préfet de la Manche.
Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023
Le président-rapporteur,
Signé
F. CHEYLAN
L'assesseur le plus ancien,
Signé
P. MARTINEZ
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet de la Manche, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026