vendredi 20 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2000188 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL DOLLON AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 janvier 2020, le 25 novembre 2020 et le 25 septembre 2023, M. A C, représenté par la SELARL Dollon, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 13 décembre 2019 par laquelle la commune de Cherbourg-en-Cotentin a fixé son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) à 7 % et lui a refusé le bénéfice d'une allocation temporaire d'invalidité ;
2°) d'enjoindre à la commune de Cherbourg-en-Cotentin de réexaminer sa situation ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant-dire droit une expertise médicale visant à déterminer le taux d'incapacité permanente partielle résultant de l'accident de service survenu le 29 août 2015 ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Cherbourg-en-Cotentin une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure devant la commission de réforme est entachée d'un vice de procédure dès lors que les secondes conclusions administratives suite à sa contestation du taux d'IPP de 7 % repris dans le procès-verbal de la commission de réforme du 25 mai 2018 ont été réalisées par le même médecin agréé ;
- la procédure devant la commission de réforme est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de présence d'un médecin spécialiste dans la commission de réforme ;
- la commune a commis une erreur d'appréciation pour déterminer son taux d'IPP.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 septembre 2020 et le 28 septembre 2023, la commune de Cherbourg-en-Cotentin conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de relever d'office l'irrecevabilité des moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été rendue au terme d'une
procédure irrégulière tenant à ce que le même médecin agréé ait été consulté deux fois et tenant à l'absence de présence d'un médecin spécialiste dans la commission de réforme, ces moyens, relatifs à la légalité externe de la décision attaquée, ayant été soulevés dans des mémoires enregistrés après l'expiration du délai de recours contentieux.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2001-99 du 31 janvier 2001 ;
- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Groch,
- et les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, adjoint technique territorial principal de 2ème classe titulaire employé par la commune de Cherbourg-en-Cotentin, a demandé le 13 septembre 2017 à bénéficier de l'allocation temporaire d'invalidité au titre de l'accident dont il a été victime le 29 août 2015 et dont l'imputabilité au service a été reconnue par son employeur par arrêté du 19 octobre 2016. Par une décision du 13 décembre 2019 dont il est demandé l'annulation, la commune de Cherbourg-en-Cotentin refuse l'octroi de l'allocation temporaire d'invalidité demandée en retenant un taux d'invalidité permanente partielle de 7 %.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, et ainsi que le tribunal en a informé les parties, les vices de procédure allégués, tirés de la consultation du même médecin agréé pour établir de nouvelles conclusions administratives suite à la demande de réexamen de la situation par le requérant et de la composition irrégulière de la commission de réforme, sont des moyens irrecevables en ce qu'ils relèvent d'une cause juridique distincte de celle initialement invoquée et n'ont été soulevés par M. C que dans ses mémoires enregistrés le 25 novembre 2020 et le 25 septembre 2023, après l'expiration du délai de recours contentieux.
3. En second lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article 2 du décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : a) Soit d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'un taux au moins égal à 10 % () ". Selon les dispositions de l'article 6 du même décret : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par la commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. / Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination ". L'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière précise, en son article 25, que " La commission de réforme donne également son avis sur l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité prévue au 4 de l'article 1er, dans les conditions fixées par les articles R. 417-5 et suivants du code des communes et le décret du 10 décembre 1984 susvisé, en ce qui concerne la fonction publique territoriale (). / Elle apprécie le taux d'invalidité de l'agent concerné par l'application de l'article 6 du décret du 11 janvier 1960 susvisé. " et en son article 16 qu'elle " () doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. / Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. / Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ".
4. Aux termes, d'autre part, du premier alinéa de l'article 5 du décret n° 2005-442 cité au point 3 : " Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite () ". L'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite précise : " () Le taux d'invalidité est déterminé compte tenu d'un barème indicatif fixé par décret () ". Aux termes du décret n° 2001-99 du 31 janvier 2001 portant modification du décret n° 68-756 du 13 août 1968 pris pour l'application de l'article L. 28 (3e alinéa) du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Chapitre XIII / appareil locomoteur (rhumatologie - maladie de système) / I - Membres supérieurs / La fonction essentielle étant la préhension, l'appréciation de la mobilité, des raideurs articulaires et de la perte de force musculaire ainsi que de l'angle d'amplitude, selon qu'il est favorable ou défavorable, est prise en compte pour justifier le taux d'incapacité. / Le handicap peut résulter des conséquences d'un traumatisme osseux avec paralysie, d'une paralysie, d'une amputation. / Les taux proposés prennent en compte les conséquences fonctionnelles par rapport à la préhension. En cas d'atteinte nerveuse générant, en plus de la paralysie, des algies, des troubles sensitifs, des troubles trophiques, le taux doit être majoré en tenant compte du barème proposé au chapitre " Système nerveux ". / () 1.3 Raideur articulaire / () Main : () / Perte partielle ou raideur moyenne : () - médius () autre côté 3% / - annulaire () autre côté 2% / - auriculaire () autre côté 2% (). ".
5. Il résulte de ces dispositions que les éléments de fait sur lesquels l'administration se fonde pour accorder ou refuser le bénéfice de l'allocation temporaire d'invalidité, en particulier la réalité des infirmités invoquées et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, doivent, préalablement à cette décision, avoir fait l'objet d'une appréciation par la commission de réforme, laquelle se prononce selon une procédure qui permet à l'intéressé de faire valoir ses arguments.
6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le requérant, suite à l'accident de service ayant entraîné un cisaillement des tendons fléchisseurs des 3e, 4e et 5e doigts de sa main gauche, s'est plaint, outre de l'état de raideur des doigts, de douleurs dans les doigts de la main gauche ainsi que de fourmillements. Après une première contestation du requérant le 20 novembre 2018 du taux global d'incapacité permanente partielle de 7 % retenu par la commission de réforme le 29 mai 2018, suite aux conclusions administratives du 3 avril 2018 émises par le docteur B, un nouveau rapport de conclusions administratives du même médecin le 8 janvier 2019 a confirmé le taux de 7 %. Le procès-verbal de la séance du 29 mars 2019 de la commission de réforme indique qu'une expertise par un rhumatologue a été sollicitée afin d'avoir le détail des taux individuels constituant ce taux d'incapacité permanente partielle, ainsi qu'un examen du retentissement fonctionnel et de la douleur. Si une première expertise du 12 juin 2019 du docteur D, rhumatologue, conclut à un taux global d'incapacité permanente partielle de 17 %, précisant uniquement le détail demandé pour les trois doigts de la main non dominante du requérant, un second rapport d'expertise médicale du 8 octobre 2019 du même rhumatologue, demandé par la commission de réforme au regard des discordances dans l'expertise sur les zones atteintes, annule et remplace le compte-rendu précédent du 12 juin 2019 et conclut à un taux global d'incapacité permanente partielle de 12 %, retenant de " discrets troubles sensitifs " à l'examen clinique pour proposer des taux de 3 % pour la raideur partielle du 3e doigt, de 5 % pour la raideur du 4e doigt et de 4 % pour la raideur du 5e doigt, sans justification détaillée d'une majoration des taux issus du barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires par rapport à la pathologie du requérant. Par un avis du 15 novembre 2019, la commission de réforme a apprécié le taux global d'invalidité du requérant à 7 %, en suivant strictement les deux premiers rapports du docteur B dont les évaluations concordantes sont basées sur le barème indicatif prévu à l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires pour la pathologie liée aux seules raideurs articulaires des 3e (3 %), 4e (2 %) et 5e (2 %) doigts d'une main non dominante. Pour contester ce taux de 7 %, le requérant s'appuie sur la consultation avec le docteur D et produit la première page d'un certificat médical d'un médecin généraliste en date du 18 octobre 2022 selon lequel " l'état de santé de M. C contre-indique " la conduite des machines, des poids lourds et des conduites à droite, en raison d'une impotence fonctionnelle de la main gauche / () ". Néanmoins, il n'apporte pas d'élément probant de nature à contredire les expertises du docteur B, ni à remettre en cause l'avis de la commission de réforme basé sur ses rapports. Il résulte en outre de l'examen des différents procès-verbaux de la commission de réforme que le requérant a été entendu lors des séances du 15 novembre 2019 et 29 mars 2019 par les membres de la commission de réforme, et qu'en dehors de la demande de réexamen formulée le 20 novembre 2018, il n'a jamais fourni de certificats médicaux à l'appui de son dossier devant elle. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commune de Cherbourg-en-Cotentin a retenu, en se fondant sur l'avis de la commission de réforme, un taux d'incapacité permanente partielle imputable au service de 7 %.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner sa recevabilité ni de prescrire l'expertise sollicitée, que la requête de M. C doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Cherbourg-en-Cotentin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de Cherbourg-en-Cotentin.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
N. GROCH
Le président,
Signé
F. CHEYLANLa greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026