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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2001492

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2001492

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2001492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP ADJUDICIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 juillet 2020, 28 janvier 2021, 15 juin 2021 et 1er septembre 2024, Mme B C, représentée par la SCP Adjudicia, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de surseoir à statuer jusqu'à l'issue de l'enquête pénale ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 2 juin 2020 par laquelle le conseil départemental de la Manche a procédé au retrait de son agrément d'accueillant familial délivré le 4 juin 2018 et modifié 11 février 2019 pour l'accueil permanent et à temps complet de deux personnes âgées ou en situation de handicap ;

3°) de mettre à la charge du département de la Manche la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige a été adoptée par une autorité incompétente ;

- la décision en litige a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des dispositions de l'article L. 441-2 du code de l'action sociale et des familles ;

- la décision en litige est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la requérante a toujours satisfait aux exigences garantissant la continuité de l'accueil, la protection de la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des personnes accueillies, imposées par l'article L. 441-1 du même code ;

- les faits reprochés, à savoir des violences physiques et morales volontaires à l'encontre d'une des personnes accueillies et son état d'ébriété lors de l'intervention des pompiers le 14 mai 2020, ne sont pas établis ;

- l'enquête pénale, qui n'a pas fait l'objet d'une décision rendue par un juge pénal ou le procureur de la République, ne saurait établir la matérialité des faits reprochés ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les problèmes de communication qui lui sont reprochés résultent d'une absence de transparence, de soutien et d'accompagnement de la part des équipes du conseil départemental ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, plusieurs personnes attestant du manque d'implication des services départementaux dans le suivi des personnes accueillies par la requérante ainsi que la forte implication de celle-ci dans le suivi des soins et au quotidien des accueillis.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 novembre 2020, 22 mars 2021 et 29 juillet 2021, et un mémoire enregistré le 4 septembre 2024 et non communiqué, le conseil départemental de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, titulaire d'un agrément d'accueillant familial pour l'accueil permanent et à temps complet de deux personnes âgées ou en situation de handicap, accueillait deux personnes de façon permanente à son domicile. Le 14 mai 2020, Mme C a sollicité l'intervention des pompiers en raison de la chute d'une des personnes accueillies dans la salle de bain. Lors de cette intervention, les pompiers ont suspecté un état d'ébriété de Mme C et des faits de maltraitance commis par cette dernière. Le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Manche a transmis le 26 mai 2020 une fiche de liaison vigilance sociale aux services du département de la Manche. Par une décision du 2 juin 2020, dont la requérante demande l'annulation, le président du conseil départemental de la Manche a prononcé le retrait en urgence de cet agrément.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 441-1 du code de l'action sociale et des familles : " Pour accueillir habituellement à son domicile, à titre onéreux, des personnes âgées ou handicapées adultes n'appartenant pas à sa famille jusqu'au quatrième degré inclus et, s'agissant des personnes handicapées adultes, ne relevant pas des dispositions de l'article L. 344-1, une personne ou un couple doit, au préalable, faire l'objet d'un agrément, renouvelable, par le président du conseil départemental de son département de résidence qui en instruit la demande. / La personne ou le couple agréé est dénommé accueillant familial. / L'agrément ne peut être accordé que si les conditions d'accueil garantissent la continuité de celui-ci, la protection de la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des personnes accueillies, si les accueillants se sont engagés à suivre une formation initiale et continue et une initiation aux gestes de secourisme organisées par le président du conseil départemental et si un suivi social et médico-social des personnes accueillies peut être assuré () ". Aux termes de l'article L. 441-2 du même code : " Le président du conseil départemental organise le contrôle des accueillants familiaux, de leurs remplaçants et le suivi social et médico-social des personnes accueillies. / Si les conditions mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 441-1 cessent d'être remplies, il enjoint l'accueillant familial d'y remédier dans un délai fixé par le décret mentionné au même article. S'il n'a pas été satisfait à cette injonction, l'agrément est retiré après avis de la commission consultative. () En cas d'urgence, l'agrément peut être retiré sans injonction préalable ni consultation de la commission précédemment mentionnée ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, le soir de l'intervention des services du SDIS de la Manche le 14 mai 2020, les pompiers ont établi une fiche de liaison à destination des services du département de la Manche en raison de soupçons d'actes de maltraitance commis par Mme C envers une des personnes accueillies. Une note d'information établie le 27 mai 2020 par le référent accueil familial du département a relevé que, selon le témoignage des pompiers intervenus le 14 mai 2020, la requérante avait eu un comportement violent physiquement et verbalement avec la personne accueillie et qu'elle présentait un état d'ébriété. Ce même rapport relève que, le lendemain, les gendarmes ont constaté la présence d'un verre de vin rempli au domicile de la requérante. Cette note, sur laquelle se fonde la décision en litige, fait en outre état de communications difficiles entre la requérante et les services de l'aide sociale du département, avec des propos dégradants tenus à l'égard des personnes accueillies, ainsi que de l'épuisement de Mme C qui a paru fragilisée à plusieurs reprises et notamment pendant le confinement. La requérante, qui produit des attestations peu circonstanciées, n'apporte pas d'élément probant qui permettrait de contredire les constatations contenues dans cette note. Ainsi, et même si aucune condamnation pénale n'a été prononcée, les faits relevés par les agents du SDIS lors de leur intervention le 14 mai 2020 étaient d'une gravité telle que le président du département a pu, compte tenu de l'urgence à prendre cette mesure, adopter la décision en litige sans inviter la requérante à présenter ses observations préalables. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 441-1 du code de l'action sociale et des familles doit être écarté.

4. En second lieu, Mme C soutient que la décision en litige se fonde sur des faits de violences qui ne sont pas établis et que les mauvais rapports entretenus avec les services départementaux sont imputables au comportement de ces services qui ont manqué d'accompagnement et de soutien à son égard. Or, il ressort d'une note du 9 juillet 2021 rédigée par la référente accueil familial que celle-ci a rendu visite à Mme C le 31 décembre 2019 afin d'évoquer la recherche de solution pour lui accorder un peu de répit. Il résulte de ce qui vient d'être exposé que des faits permettant de soupçonner de mauvais traitements ont été relevés par les services du SDIS lors de leur intervention du 14 mai 2020 et que l'état d'ébriété de Mme C est corroboré par le procès-verbal des services de gendarmerie qui se sont rendus sur place le lendemain de l'intervention. Il ressort en outre des pièces du dossier, notamment de la note des services départementaux, que Mme C a tenu des propos dégradants à l'égard des personnes accueillies lors d'échanges avec les services de l'aide sociale du département. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le président du conseil départemental de la Manche a prononcé le retrait de l'agrément d'accueillant familial de Mme C.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer dans l'attente de l'intervention d'une décision définitive du juge pénal sur les poursuites dont Mme C fait l'objet, que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administre font obstacle à ce que soit mise à la charge du conseil départemental de la Manche, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de la Manche.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. A

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. MARTINEZ

Le greffier,

Signé

D. DUBOST

La République mande et ordonne au préfet de la Manche, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

D. Dubost

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