mardi 20 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2001503 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP HELLOT ROUSSELOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 août 2020 et 16 décembre 2022, Mme J M épouse B, M. F B, M. I B, Mme L B, Mme D B, M. G B, Mme H B et Mme E B, représentés par Me Rousselot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 décembre 2019 par laquelle la commission départementale d'aménagement foncier (CDAF) de la Manche a rejeté leur demande de rectification du plan de remembrement ;
2°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer sur leur réclamation jusqu'à ce que la juridiction judiciaire se soit prononcée sur la question préjudicielle relative à la propriété du chemin d'accès au village de la Jamerie ainsi qu'à la propriété des haies et talus entre les parcelles ZC 7, 12, 15, 59 et les parcelles ZC 58, ZC 20 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la commission départementale d'aménagement foncier a méconnu le principe du contradictoire dès lors qu'elle ne leur a pas communiqué le mémoire de M. et Mme K, sur lequel la commission s'est fondée, et que le contenu de ce mémoire n'a pas été débattu lors de la réunion de la commission du 19 décembre 2019 ;
- la commission ne pouvait, sans remettre en cause sa décision du 11 décembre 2013, contester leur qualité de propriétaires évincés au sens de l'article 123-16 du code rural et de la pêche maritime ; ils ne demandent pas la modification des limites entre les parcelles mais la prise en compte de leur droit de propriété indivis sur le chemin d'accès au village et exclusif sur les talus et haies ; contrairement à ce qu'a retenu la commission, leur réclamation ne porte pas sur les limites entre les parcelles attribuées mais sur la méconnaissance de leur droit de propriété ;
- le chemin d'accès au village de la Jamerie a été attribué privativement à M. et Mme K alors qu'ils sont propriétaires indivis de ce chemin, par acte notarié de partage du 24 février 1877 ;
- ils sont propriétaires des haies et talus séparant les parcelles antérieurement cadastrées B 25, 16, 17, 284 et 286, cadastrées après remembrement ZC 7, 12, 59 et 15, ainsi que les parcelles cadastrées avant remembrement B 5, 285, 26, 11 et 15, cadastrées après remembrement ZC 58 et 20.
Par un mémoire, enregistré le 30 juillet 2021, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires, enregistrés les 29 mars 2022 et 13 mars 2023, M. et Mme A et C K, représentés par la SELARL Lexavoue Normandie, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Créantor,
- les conclusions de Mme Céline Absolon,
- et les observations de Me Rousselot, représentant les requérants, et de Me Pajeot, représentant Mme K.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'une opération de remembrement rural sur la commune de Saint-Maur-des-Bois, dont le plan définitif a été approuvé par la commission départementale d'aménagement foncier de la Manche (CDAF) le 15 janvier 2009, les consorts B ont saisi la CDAF le 29 octobre 2013 d'une réclamation tendant à la rectification du plan de remembrement en cause, afin de prendre en compte leur qualité, d'une part, de propriétaires de divers talus et haies séparant leurs parcelles et celles des époux K et, d'autre part, de propriétaires indivis avec ces derniers du chemin d'accès au village de la Jamerie. Parallèlement, M. et Mme F et J B ont saisi le tribunal de grande instance de Coutances par acte du 7 novembre 2013, afin de déterminer la propriété du chemin et des haies et talus en cause. Par lettre du 3 juillet 2014, les consorts B ont demandé à la commission de les informer de la suite donnée à leur réclamation. Par lettre du 8 juillet 2014, le secrétariat de la CDAF leur a indiqué que la commission avait été tenue informée de la réclamation lors de sa séance du 11 décembre 2013 et qu'elle " a constaté que le tribunal de grande instance était saisi et qu'elle ne pouvait qu'attendre qu'il se prononce sur la propriété ". Par un jugement rendu le 30 juin 2016, le tribunal de grande instance de Coutances a débouté les époux B de leur demande. Ce jugement a été porté devant la cour d'appel de Caen.
2. Par un arrêt n° 16/03321 du 5 février 2019, la cour d'appel de Caen a sursis à statuer et saisi le tribunal administratif de Caen afin qu'il se prononce sur les deux questions préjudicielles suivantes : " - l'existence d'une décision régulièrement rendue par la commission départementale d'aménagement foncier de la Manche le 11 décembre 2013 en réponse à la requête de M. F B et Mme J M épouse B en date du 29 octobre 2013 et, dans l'affirmative, l'interprétation de cette décision ; - l'existence, à défaut, d'une décision implicite de rejet de cette même requête ".
3. Par un jugement du 27 juin 2019, le tribunal administratif de Caen a jugé que la CDAF de la Manche a, par sa décision du 11 décembre 2013, sursis à statuer sur la réclamation portée devant elle par les consorts B, et a indiqué qu'une telle décision impliquait nécessairement que la CDAF demeure saisie de cette réclamation, sur le bien-fondé de laquelle elle devait statuer sans délai, sans attendre l'intervention d'une décision du juge judiciaire. A la suite de ce jugement, la CDAF de la Manche a rejeté la demande de rectification du plan de remembrement des consorts B par la décision attaquée du 19 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 121-11 du même code : " Les intéressés présentent par écrit à la commission départementale d'aménagement foncier leurs observations et réclamations. Sur leur demande adressée par écrit au président de cette commission, ils sont entendus par celle-ci. / La commission départementale peut en outre convoquer devant elle ceux des intéressés qu'elle juge devoir être entendus. / Les observations et réclamations adressées par écrit à la commission sont inscrites sur un registre d'ordre ; il en est donné récépissé. Il est tenu procès-verbal des dires des intéressés. ".
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal de la réunion du 19 décembre 2019 de la CDAF, que les consorts B ont communiqué en séance deux dossiers à la commission et que les époux K ont déposé un mémoire au secrétariat de la commission le 16 décembre 2019, soit trois jours avant la séance. Si les consorts B n'ont pas eu communication du mémoire déposé par les époux K, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose la communication aux demandeurs des observations produites par les autres parties intéressées. En outre, il ressort de ce procès-verbal que les consorts B et les époux K ont pu présenter des observations orales devant les membres de la commission. Enfin, les requérants ne font valoir aucun élément précis qu'ils n'auraient pu utilement porter à la connaissance de la CDAF, en réponse au mémoire déposé par les époux K, et qui aurait été susceptible d'affecter le contenu de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du respect du principe du contradictoire doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime : " Sous réserve des droits des tiers, tout propriétaire ou titulaire de droits réels, évincé du fait qu'il n'a pas été tenu compte de ses droits sur des parcelles peut, pendant une période de cinq années à compter de l'affichage en mairie prévu à l'article L. 121-12, saisir la commission départementale d'aménagement foncier aux fins de rectification des documents de l'aménagement foncier agricole et forestier. / Si la commission estime impossible de procéder à ladite rectification, elle attribue à l'intéressé une indemnité correspondant à l'intégralité du préjudice subi par lui. () ".
7. Pour rejeter la demande en rectification présentée par les consorts B sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime, la CDAF de la Manche s'est fondée sur le motif tiré de ce que les intéressés ne pouvaient être regardés comme ayant la qualité de propriétaires évincés au sens de ces dispositions.
8. Ne relèvent pas du champ d'action d'un propriétaire, revendiquant les dispositions de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime, les réclamations relatives à une rectification de limites de propriété ou à une modification des attributions d'un propriétaire. Or, la demande formée devant la CDAF par les consorts B consiste à solliciter une modification des attributions des époux K et une rectification des limites de propriété entre leurs parcelles et celles de leur voisin dès lors qu'ils se prévalent d'une erreur résultant de l'inexactitude des documents cadastraux qui a été commise à leur détriment lors de la fixation des limites séparatives entre les parcelles qui leur ont été attribuées et celles qui ont été attribuées aux époux K lors du remembrement de la commune de Saint-Maur-des-Bois. Dès lors, les requérants, qui au demeurant n'établissent pas ni même n'allèguent n'avoir pas été invités à présenter leurs observations dans le cadre de l'enquête ou de l'information prévues par les dispositions des articles R. 123-7 et R. 123-14 du code rural, ne peuvent être regardés comme des propriétaires évincés du fait qu'il n'aurait pas été tenu compte de leurs droits sur les terrains en cause. Par ailleurs, la circonstance que le jugement du 27 juin 2019 du tribunal administratif de Caen a estimé que la CDAF a implicitement reconnu aux consorts B la qualité de propriétaires évincés dans sa précédente décision du 11 décembre 2013 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, ce jugement ayant pour seul objet de répondre aux questions préjudicielles qui lui ont été posées le 5 février 2019 par la cour d'appel de Caen, sans qu'il n'ait eu à se prononcer sur la recevabilité et le bien-fondé de la réclamation présentée par les consorts B devant la CDAF. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la CDAF de la Manche a rejeté la réclamation des consorts B.
9. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, dès lors que la réclamation formée devant la CDAF par les consorts B ne relève pas du champ d'action d'un propriétaire revendiquant les dispositions de l'article L. 123-16 du code rural et de la pêche maritime, ils ne peuvent utilement soutenir qu'ils sont propriétaires du chemin, des haies et talus pour contester la légalité de la décision attaquée. Toutefois, il leur est loisible de revendiquer la propriété de ces biens devant le juge judiciaire, ce qu'ils ont d'ailleurs fait le 7 novembre 2013. Par un jugement du 26 juin 2016, le tribunal de grande instance de Coutances les a déboutés de leur demande. Ce jugement a été frappé d'appel devant la cour d'appel de Caen qui a néanmoins prononcé un sursis à statuer dans l'attente du jugement du tribunal administratif sur le présent litige.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner le sursis à statuer subsidiairement demandé par les consorts B, qu'ils ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 19 décembre 2019 par laquelle la CDAF de la Manche a rejeté leur demande de rectification du plan de remembrement.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 2 000 euros demandée par les requérants soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des consorts B une somme globale de 1 500 euros à verser à Mme K.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.
Article 2 : Les consorts B verseront une somme de 1 500 euros à Mme K en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la cour d'appel de Caen, à Mme J M épouse B, représentante unique des requérants, à Mme C K ainsi qu'au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la Manche.
Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Sénécal, première conseillère,
- Mme Créantor, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.
La rapporteure,
Signé
V. CREANTOR
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER
La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026