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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100001

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100001

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100001
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSENIAK SIVANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 janvier 2021, le 31 décembre 2021 et le 16 novembre 2023, l'entreprise individuelle A B, représentée par Me Cano, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2020 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a décidé de l'abrogation de l'arrêté du 11 février 2019 soumettant le maintien de l'ouverture du lieu de vie à la mise en place d'un mandat de gestion avec la Croix Rouge et portant cessation d'activité du lieu de vie " Le Petit Bois " à compter du 31 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Orne de procéder à la réouverture du lieu de vie " Le Petit Bois " ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Orne une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté :

- est entaché d'incompétence ;

- méconnaît les articles L. 121-1, L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entaché d'une erreur de fait ;

- est entaché d'erreur de droit ;

- est entaché d'un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2021, le département de l'Orne, représenté par Me Lahalle, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'entreprise individuelle A B une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés par l'entreprise individuelle A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de M. B, représentant l'entreprise individuelle A B et de Me Lahalle, représentant le département de l'Orne.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 21 décembre 2020, le président du conseil départemental de l'Orne, considérant que la condition posée au maintien de l'ouverture du lieu de vie " Le Petit Bois " géré à Saint-Fraimbault par l'entreprise individuelle A B, tenant à la mise en place d'un mandat de gestion avec la Croix-Rouge Française, n'était plus remplie depuis le 1er février 2020, a décidé la cessation définitive de l'activité de ce lieu de vie à compter du 31 décembre 2020. Cette décision est l'objet du présent litige.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Le département de l'Orne soutient que l'entreprise individuelle A B ne justifie pas d'une personnalité morale donnant qualité pour agir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requête est présentée pour " l'entreprise individuelle A B ", dont le dirigeant est M. A B. L'entreprise individuelle A B étant dépourvue de la personnalité morale, elle doit être regardée comme étant également présentée par M. A B en son nom propre. Il suit de là que la fin de non-recevoir en défense doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. () ".

4. Si l'arrêté du 21 décembre 2020 ne comporte pas, en méconnaissance de ces dispositions, l'indication du prénom et du nom de son signataire, il ressort des pièces du dossier, notamment de la circonstance que le requérant a été destinataire de plusieurs autres arrêtés du président du conseil départemental de l'Orne comportant ces indications, que le président du conseil départemental de l'Orne pouvait être identifié comme étant également l'autorité signataire de l'arrêté attaqué. Dès lors, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration précité n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, privé l'entreprise requérante d'aucune garantie.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 122-1 du même code dispose que les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. L'article L. 122-2 de ce code prévoit que les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'entreprise individuelle A B a été mise en demeure, par deux courriers des 10 juillet et 14 septembre 2020 du président du conseil départemental de l'Orne, de se conformer aux prescriptions de l'arrêté du 11 février 2019 conditionnant l'autorisation d'ouverture du lieu de vie " Le Petit Bois " à la signature d'un mandat de gestion avec l'association la Croix Rouge Française. Par un courrier du 20 octobre 2020, l'entreprise requérante a produit des observations écrites. Un courrier de mise en demeure du 2 décembre 2020 fait état, sans que cela soit contesté, de ce qu'un entretien en visio-conférence a eu lieu le 24 novembre 2020 entre M. A B et le directeur du Pôle solidarité, de la direction de l'enfance et de la direction des affaires juridiques du département de l'Orne. Par suite, l'entreprise individuelle A B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté aurait été pris en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, la décision d'abrogation de l'autorisation d'ouverture du lieu de vie " Le Petit Bois " ne constituant pas une sanction, l'entreprise requérante n'est pas fondée à se prévaloir de ce qu'elle n'aurait pas eu accès à certains documents. Au demeurant, l'entreprise requérante n'établit pas en avoir fait la demande auprès de l'administration. Dès lors, elle ne saurait utilement se prévaloir d'une méconnaissance de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense doivent être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-1 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf pour les établissements et services mentionnés au 4° du I de l'article L. 312-1, l'autorisation est accordée pour une durée de quinze ans. Le renouvellement, total ou partiel, est exclusivement subordonné aux résultats de l'évaluation externe mentionnée au deuxième alinéa de l'article L. 312-8. / Tout changement important dans l'activité, l'installation, l'organisation, la direction ou le fonctionnement d'un établissement ou d'un service soumis à autorisation doit être porté à la connaissance de l'autorité compétente / (). ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, suite au rapport de contrôle des 3, 4 et 5 octobre 2018, confirmé par un courrier du procureur de la République, le président du conseil départemental de l'Orne, par un arrêté du 11 février 2019, a autorisé le maintien d'ouverture du lieu de vie " Le Petit Bois " sous la condition expresse du maintien du mandat de gestion signé entre l'association la Croix rouge française et l'entreprise individuelle A B. Si l'entreprise requérante soutient que des réponses ont été apportées aux prescriptions du rapport de contrôle d'octobre 2018, ces allégations, d'ailleurs non justifiées, sont sans incidence sur les difficultés inhérentes au mandat de gestion avec l'association la Croix rouge française. Par ailleurs, par un courrier du 28 juin 2020, l'entreprise individuelle A B a dénoncé unilatéralement le renouvellement du mandat de gestion avec l'association la Croix rouge française. Si l'entreprise individuelle A B fait état d'une proposition d'une nouvelle association mandataire " L'institut du conte ", la condition de mandat de gestion de l'arrêté du 11 février 2019 vise expressément la seule association la Croix rouge française. Dans ces conditions, l'entreprise requérante, en décidant de ne pas renouveler le contrat de mandat de gestion avec l'association la Croix rouge française, a procédé à une modification substantielle des conditions de délivrance de son autorisation entraînant un changement important dans son organisation et son fonctionnement. Cette modification devait, en application des dispositions précitées de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 313-1 du code de l'action sociale et des familles précité, être portée à la connaissance du département de l'Orne afin d'être soumise à son contrôle. Ces dispositions ne s'opposent pas à ce que l'autorité administrative tire les conséquences de la modification portée à sa connaissance et, le cas échéant, modifie ou abroge l'autorisation délivrée. L'entreprise requérante, en renonçant au renouvellement du mandat de gestion avec l'association la Croix rouge française, a cessé de remplir l'une des conditions de délivrance de son autorisation issue de l'arrêté du 11 février 2019. Ainsi, le président du conseil départemental de l'Orne pouvait, par sa décision en litige du 21 décembre 2020, légalement abroger l'autorisation dont l'association locale était titulaire. Par ailleurs, l'entreprise individuelle A B ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que la décision en litige n'a pas été prise sur ce fondement. Par suite, la décision en litige du 21 décembre 2020 n'est pas entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit, ni de détournement de procédure en ce qu'elle est fondée sur l'article L. 313-1 du code de l'action sociale et des familles.

9. Il résulte de ce tout qui précède que l'ensemble de la requête de l'entreprise individuelle A B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'entreprise individuelle A B, représentée par M. B, partie perdante, une somme de 1 500 euros à verser au département de l'Orne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'entreprise individuelle A B est rejetée.

Article 2 : L'entreprise individuelle A B, représentée par M. B, versera au département de l'Orne une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise individuelle A B, à M. A B et au département de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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