lundi 24 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2100546 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BOUTHORS-NEVEU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 mars 2021, le 16 novembre 2021 et le 2 janvier 2023, la SCI Varon Frères, représentée par Me Bouthors-Neveu, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2020 par lequel le préfet du Calvados a refusé sa demande de résiliation du bail rural, qu'elle a conclu avec l'EARL Lagnel, sur les parcelles cadastrées B103 et B107 à Périers-En-Auge ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2021 par lequel le préfet du Calvados a retiré l'arrêté du 26 octobre 2020 et refusé la demande de résiliation du bail rural sur les parcelles cadastrées B103 et B107 à Périers-En-Auge ;
3°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer l'autorisation sollicitée ou, subsidiairement, de statuer à nouveau sur sa demande de résiliation du bail et ce, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions contestées ont été signées par des autorités incompétentes ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que la commission consultative paritaire des baux ruraux n'était pas composée conformément à l'arrêté du 31 juillet 2019 ;
- elles ont retiré, sans respecter la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du le code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite d'acceptation de sa demande résiliation partielle du bail rural ;
- la demande de résiliation ne peut être refusée en fonction d'arguments liés à l'opportunité du changement de destination qui sont inopérants ;
- la décision du 14 janvier 2021 est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle prend en considération la présence d'une mare irrégulièrement créée sur la parcelle 309, qui ne fait pas partie des terres louées ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'y a pas d'atteinte à l'exploitation agricole ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la présence de nouvelles constructions ne générera pas de contraintes d'exploitation supplémentaires.
Par des mémoires enregistrés le 14 juin 2021 et le 13 décembre 2022, l'EARL Lagnel, représentée par Me Launay, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCI Varon Frères la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- il n'y a pas lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du
26 octobre 2020 ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2021, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2020 dès lors que celui-ci a été retiré par l'arrêté du 14 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme D,
- et les observations de Me Bouthors-Neveu, représentant la SCI Varon, et de
Me Garnier-Durand, représentant l'EARL Lagnel.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Varon Frères a demandé, le 2 juillet 2020, au préfet du Calvados, l'autorisation de résilier, de façon partielle et par anticipation, un bail rural qu'elle a conclu avec l'EARL Lagnel pour des parcelles agricoles situées sur la commune de Périers-en-Auge. Par un arrêté du 26 octobre 2020, le préfet du Calvados a refusé la demande de résiliation partielle du bail rural. A la suite du recours gracieux exercé par la SCI Varon Frères, le préfet a, par un arrêté du 14 janvier 2021, retiré l'arrêté du 26 octobre 2020 et refusé la demande de résiliation partielle du bail rural.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 26 octobre 2020 :
2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par l'arrêté du 14 janvier 2021, le préfet du Calvados a retiré, à la demande de la société Varon Frères et antérieurement à l'enregistrement de sa requête, l'arrêté du 26 octobre 2020. La SCI requérante devant être regardée comme contestant l'arrêté du 14 janvier 2021 en tant qu'il refuse sa demande de résiliation partielle du bail rural, et non en tant qu'il procède au retrait de l'arrêté du 26 octobre 2020, les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2020 sont dépourvues d'objet et, par suite, irrecevables.
En ce qui concerne l'arrêté du 14 janvier 2021 :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 411-32 du code rural et de la pêche maritime : " Le propriétaire peut, à tout moment, résilier le bail sur des parcelles dont la destination agricole peut être changée et qui sont situées en zone urbaine en application d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu. / En l'absence d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou, lorsqu'existe un plan local d'urbanisme, en dehors des zones urbaines mentionnées à l'alinéa précédent, le droit de résiliation ne peut être exercé sur des parcelles en vue d'un changement de leur destination agricole qu'avec l'autorisation de l'autorité administrative ". Aux termes de l'article
D. 411-9-12-2 de ce même code : " La décision administrative prévue à l'article L. 411-32 est prise par le préfet du département après avis de la commission consultative départementale des baux ruraux ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, par un arrêté préfectoral
n° 14-2020-007 du 10 janvier 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 14-2020-007 du 10 janvier 2020, le préfet du Calvados a donné délégation de signature à M. A, directeur départemental des territoires et de la mer du Calvados, à l'effet de signer les décisions relatives au contrôle des structures, baux ruraux et statut du fermage, lesquelles sont listées à l'annexe 2 de l'arrêté. D'autre part, la décision attaquée du 14 janvier 2021 a été signée par Mme C, directrice adjointe déléguée à la mer et au littoral, laquelle disposait aux termes de l'arrêté n° DDTM-AG-2020-10 du 20 octobre 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 14-2020-149 du 21 octobre 2020, d'une subdélégation de signature accordée par M. A à l'effet de signer, notamment en matière de baux ruraux, les décisions relatives au changement de destination d'un fonds. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la commission consultative paritaire des baux ruraux a été consultée, par voie électronique, du 9 octobre 2020 au 23 octobre 2020 inclus. En se bornant à faire valoir que la commission consultative paritaire des baux ruraux était irrégulièrement composée au motif que tous les représentants de la profession agricole n'auraient pas été convoqués, la SCI Varon Frères, qui n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation, ne met pas le tribunal en mesure de se prononcer sur ce moyen, qui doit, dans ces conditions, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 411-9-12 du code rural et de la pêche maritime : " Le silence gardé par le préfet sur une demande d'autorisation de résiliation du bail pour changement de la destination agricole des parcelles, mentionnée à l'article L. 411-32, vaut décision de rejet ". En outre, l'article R. 411-9-12-1 de ce même code précise que : " La décision mentionnée à l'article R.* 411-9-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Il résulte de ces dispositions que le silence gardé par le préfet sur une demande d'autorisation de résiliation du bail pour changement de la destination agricole des parcelles vaut rejet. Par suite, la société requérante ne saurait se prévaloir d'une décision implicite d'acceptation de sa demande de résiliation. Dans ces conditions, le moyen tiré du retrait irrégulier d'une décision créatrice de droit ne peut qu'être écarté.
7. En dernier lieu, l'autorisation prévue par l'article L. 411-32 du code rural, qui détermine les conditions dans lesquelles le propriétaire peut modifier un bail agricole en vue de donner une autre utilisation à un terrain, a pour effet de priver le preneur du droit d'utiliser et d'exploiter les parcelles dont le bailleur entend changer la destination. Avant de la délivrer, il appartient au préfet de s'assurer que la résiliation du bail ne porte pas une atteinte excessive à la situation du preneur.
8. Il ressort de la décision attaquée que le préfet du Calvados a refusé la demande de résiliation partielle du bail aux motifs que le projet de la SCI Varon Frères engendrera des difficultés pour l'exploitant en place pour valoriser la présence de l'eau sur les parcelles exploitées limitrophes, que les terres concernées sont exploitées en agriculture biologique avec un parcellaire composé à 100 % d'herbe dont la perte est susceptible d'engendrer des difficultés à maintenir le plan d'alimentation du troupeau bovin, que le projet créera des contraintes supplémentaires générées par la présence de nouvelles habitations et, enfin, qu'il n'apparaît pas opportun d'urbaniser les terrains concernés avant l'échéance du bail.
9. Il ressort des pièces du dossier que le bail rural conclu entre la SCI Varon Frères et l'EARL Lagnel, pour une durée de neuf années renouvelables à compter du 25 décembre 1997, porte sur les parcelles cadastrées A 109, A 110, B9 9, B 102, B 103 et B 107 situées sur la commune de Périers-en-Auge, d'une surface totale de plus de 13 hectares, la demande de résiliation partielle concernant les parcelles B 103 et B 107, situées en zone Nh du plan local d'urbanisme, d'une surface de 7 600 m². Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies et rapports d'expertise et constats établis les 13 janvier 2009, 2 avril 2021 et 10 septembre 2021, d'une part, qu'une mare de 7 mètres sur 7 est présente au sud-ouest de la parcelle B 107, cette mare étant séparée, par un mur en pierres, d'une autre mare située à l'angle nord-est de la parcelle riveraine B 309 et, d'autre part, que la mare présente sur la parcelle B 107, alors même qu'elle aurait fait l'objet d'aménagements récents, participe à l'abreuvement du cheptel composé d'environ cent trente bovins et valorise les parcelles exploitées par l'EARL Lagnel, dont les herbages sont réservés à l'élevage. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'EARL Lagnel est certifiée en agriculture biologique et conduit son élevage en plein air intégral, nécessitant une surface de prairie importante pour assurer l'équilibre général de l'exploitation. En outre, il est constant que les parcelles objet de la demande de résiliation sont des terres de limon sur marnes, d'excellente qualité, utilisées par l'exploitant comme lieu de pâturage depuis la conclusion du bail. Enfin, si la SCI Varon Frères fait valoir que l'exploitant n'a pas à respecter de distance d'épandage compte tenu de son mode d'exploitation, il ne saurait être sérieusement contesté que la construction d'habitations à proximité d'une exploitation de bovins créera des contraintes supplémentaires pour l'exploitant. Il résulte de l'ensemble de ces éléments qu'en estimant que la résiliation anticipée du bail porterait atteinte à l'exploitation de l'EARL Lagnel et en estimant que l'urbanisation des parcelles B 103 et B 107 pouvait attendre l'échéance du bail afin de permettre à l'exploitant de réorganiser son exploitation, le préfet du Calvados, qui a rappelé, par ailleurs, que la lutte contre l'artificialisation des sols était une politique prioritaire de l'Etat dans le cadre du Plan biodiversité, n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Varon Frères n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 14 janvier 2021 rejetant sa demande de résiliation partielle de bail.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SCI Varon Frères une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Varon Frères la somme de 1 500 euros à verser à l'EARL Lagnel au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Varon Frères est rejetée.
Article 2 : La SCI Varon Frères versera à l'EARL Lagnel la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Varon Frères, à l'EARL Lagnel et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Absolon, première conseillère,
- Mme Créantor, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
C. B
La présidente,
Signé
A. MACAUD
La greffière,
Signé
A. GODEY
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026