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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100670

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100670

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL DOLLON AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 mars 2021 et le 20 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Fouet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions rendues par le centre hospitalier public du Cotentin les 27 octobre 2020 et 4 février 2021 portant non-reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident déclaré le 20 juillet 2020 ;

2°) de déclarer l'accident comme imputable au service et relevant des maladies professionnelles avec toutes les conséquences de droit en découlant ;

3°) subsidiairement, d'ordonner une expertise afin de déterminer la pathologie présentée à la suite de l'accident déclaré le 20 juillet 2020 et de surseoir à statuer dans l'attente du rapport d'expertise ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier public du Cotentin la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'accident est imputable au service ; il est survenu sur son lieu de travail et pendant ses heures de travail ; sa matérialité est indiscutable ;

- elle peut se prévaloir également d'une maladie professionnelle du tableau RG 57.

Par des mémoires enregistrés, le 2 août 2021 et le 3 février 2022, le centre hospitalier public du Cotentin, représenté par Me Dollon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le moyen relatif à la maladie professionnelle est inopérant ;

- l'autre moyen de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Absolon,

- les conclusions de Mme C,

- et les observations de Me Aboul, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, aide-soignante titulaire depuis 1996 au centre hospitalier public du Cotentin, est affectée, depuis 2013, au service d'hémodialyse-néphrologie. Le 21 juillet 2020, elle a déclaré un accident de travail survenu le 20 juillet 2020, Mme A ayant constaté, durant son service, que son coude gauche avait gonflé et ressenti une douleur à la mise en extension complète de celui-ci. Après un avis défavorable d'un médecin expert du 8 octobre 2020, le centre hospitalier public du Cotentin a, par une décision du 27 octobre 2020, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme A. Après un nouvel avis défavorable d'un second médecin du 3 décembre 2020, et un avis défavorable de la commission de réforme départementale de la Manche du 22 janvier 2021, le centre hospitalier public du Cotentin a, par une décision du 4 février 2021, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident. Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions du 27 octobre 2020 et 4 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, le 20 juillet 2020, alors que Mme A procédait au réaménagement d'une chambre médicale particulière en chambre double et déplaçait du mobilier, en particulier un lit médicalisé, elle a ressenti une douleur au niveau du coude gauche, son collègue lui faisant alors remarquer qu'il était très gonflé. Sur les conseils de sa cadre de santé, Mme A s'est rendu immédiatement au service des urgences où le médecin a prescrit des soins jusqu'au 29 juillet 2020, après avoir constaté " apparition brutale d'une gêne du coude gauche sous l'olécrane vers l'avant-bras avec tuméfaction molle associée et bleuissant évoquant un hématome en formation - pas de traumatisme direct mais mouvement en flexion dans le cadre de son travail () ", le médecin ayant précisé, sur le formulaire Cerfa " certificat médical ", qu'il s'agissait d'un accident du travail initial. Le centre hospitalier public du Cotentin, qui a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme A du fait de " l'absence de diagnostic certain ", se prévaut des avis des deux médecins experts émis les 8 octobre et 3 décembre 2020 et de l'avis défavorable de la commission de réforme du 22 janvier 2021. Toutefois, il ressort de ces avis que les médecins ont estimé que les circonstances d'apparition du gonflement du coude gauche n'avaient pas les caractéristiques d'un accident imputable au service du fait de " l'absence de cause extérieure bien décrite par l'agent " et de " l'absence de diagnostic, l'absence de fait traumatique ", la commission de réforme s'étant, quant à elle, bornée à indiquer que l'accident déclaré " ne rentre pas dans la description de l'accident du travail ". Or, et ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'attestation du collègue de Mme A témoin de l'accident, que le gonflement du coude et la douleur ressentie par Mme A ont été soudains, alors qu'elle réaménageait une chambre médicale pour les besoins du service, son médecin traitant ayant par ailleurs attesté, le 21 janvier 2021, qu'elle n'avait jamais présenté de pathologie à son coude gauche avant l'accident du 20 juillet 2020, ce qui, au demeurant, n'est pas contesté. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, et alors même que le diagnostic ne serait pas certain, que c'est à tort que le centre hospitalier public du Cotentin a, par les décisions attaquées des 27 octobre 2020 et 4 février 2021, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 20 juillet 2020.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions des 27 octobre 2020 et 4 février 2021 du centre hospitalier public du Cotentin.

Sur les frais de l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier public du Cotentin, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme que le centre hospitalier demande au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 27 octobre 2020 et du 4 février 2021 sont annulées.

Article 2 : Le centre hospitalier public du Cotentin versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions du centre hospitalier public du Cotentin présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier public du Cotentin.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. ABSOLON

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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