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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100724

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100724

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100724
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 2 avril 2021, M. C A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 26 février 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que la décision de retrait de huit points consécutive à l'infraction du 22 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire, dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- les infractions à l'origine des retraits de points ont été relevées au moyen d'un appareil de contrôle automatisé ;

- il n'a pas reçu l'information imposée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ; dès lors, les décisions attaquées ont été adoptées à la suite d'une procédure irrégulière ;

- la preuve que cette information préalable lui a bien été transmise incombe au ministre de l'intérieur ;

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, dès lors qu'aucun élément mentionné dans le fichier national des permis de conduire ne permet d'établir la réalité de l'infraction.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un procès-verbal d'infraction dressé le 22 janvier 2020, les services de police de la Manche ont relevé à l'encontre de M. C A un refus d'arrêt absolu à un stop et un refus d'obtempérer entraînant un risque de mort ou d'infirmité pour autrui. Par une décision du 26 février 2021, le ministre de l'intérieur a prononcé un retrait de huit points du solde affecté au permis de conduire de M. A et a, compte tenu de la période probatoire, prononcé l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

2. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". L'article L. 223-3 du même code dispose : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. / Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif. ". Aux termes de l'article R. 223-3 de ce code : " I.- Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II.- Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. () ".

3. L'information prévue par les dispositions précitées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points.

4. L'omission de la formalité prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester. Cette dernière condition est également remplie lorsque la condamnation intervient selon la procédure simplifiée régie par les articles 524 et suivants du code de procédure pénale, qui permettent au juge de statuer sans débat préalable sur une contravention de police, mais qui réservent la possibilité, pour le prévenu, de former opposition à l'ordonnance pénale ainsi prononcée et d'obtenir que l'affaire soit portée à l'audience du tribunal de police ou de la juridiction de proximité dans les formes de la procédure ordinaire.

5. M. A soutient que la décision référencée 48 SI et la décision de retrait de huit points intervenues suite à des infractions relevées par des appareils de contrôle automatisés, n'ont pas fait l'objet de l'information imposée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il fait en outre valoir que la réalité de ces infractions n'est pas établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du même code. Toutefois, il ressort du relevé d'information intégral produit en défense que le retrait de huit points, à l'origine de l'invalidation du permis de conduire de M. A qui était en période probatoire, a été prononcé par un jugement pénal rendu par le tribunal de grande instance de Coutances le 15 juin 2020 et devenu définitif. Par suite, M. A qui a pu contester les éléments de fait et de droit devant le juge pénal compétent, n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de la garantie substantielle prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ni que la réalité de l'infraction du 22 janvier 2020 fondant la décision référencée 48 SI en litige ne serait pas établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du même code. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. BLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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