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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100885

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100885

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 22 avril, 3 mai et 29 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 mars 2021 par lequel le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Caen lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

M. C soutient que la décision :

- est insuffisamment motivée ;

- est prise à l'issue d'une procédure irrégulière, l'examen de vulnérabilité ayant été réalisé sans interprète ;

- ne l'a pas informé de la possibilité de bénéficier de l'examen de santé prévu par l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ne lui a pas permis de présenter ses observations en méconnaissance de l'article L. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 7 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant iranien né en 1991, déclare avoir quitté l'Iran le 1er août 2015, avoir déposé une demande d'asile en Allemagne et être entré en France le 18 juin 2019. M. C a accepté les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile proposées le 27 août 2019 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Sa demande d'asile en France a été placée, dans un premier temps, sous le régime de la procédure dite " Dublin ". M. C a demandé à la direction territoriale de Caen de l'OFII le rétablissement des conditions matérielles dont il bénéficiait. A l'issue d'un entretien destiné à l'évaluation de sa vulnérabilité, le directeur territorial de Caen de l'OFII, par une décision le 10 mars 2021 dont il est demandé l'annulation, a rejeté cette demande.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2021. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne les motifs de droit et les éléments de fait caractérisant la situation du requérant, sur lesquels le directeur territorial de l'OFII s'est fondé pour suspendre les conditions matérielles d'accueil. Elle mentionne l'absence de présentation aux convocations des autorités et fait référence à l'évaluation ne mentionnant aucun facteur de vulnérabilité. Cette motivation est suffisamment développée pour avoir mis utilement M. C en mesure de comprendre et de discuter les motifs de la décision attaquée, qui est ainsi suffisamment motivée au regard des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 744-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision contestée : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. Si le demandeur d'asile présente des documents à caractère médical, en vue de bénéficier de conditions matérielles d'accueil adaptée à sa situation, ceux-ci seront examinés par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui émet un avis ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la fiche d'évaluation établie le 10 mars 2021 au cours de l'entretien avec M. C indique que cet entretien a été mené en langue anglaise sans l'aide d'un interprète. Le requérant ne soutient pas que l'assistance d'un interprète lui aurait été refusée. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure manque en fait.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'ait pas pris en compte les observations du requérant. La décision attaquée fait état de la prise en compte de l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. C et de ses besoins en matière d'accueil. Il suit de là que le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris par l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

9. M. C fait valoir que l'entretien du 10 mars 2021 n'a pas été mené par un agent qui avait reçu une formation spécifique et qu'il n'a pas été informé de la possibilité de bénéficier d'un examen médical. Il soutient que ces deux circonstances constituent des irrégularités au regard des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Or, ces dispositions imposent un entretien personnel lors de la première demande d'asile et non à l'occasion d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée que la situation particulière du requérant a été évaluée par l'OFII à la date de sa demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité et de ses besoins en matière d'accueil. Par suite, les dispositions de l'article L. 744-6 précitées n'ont pas été méconnues.

10. En cinquième lieu, si M. C soutient que la décision en litige n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour les décisions refusant d'octroyer les conditions matérielles d'accueil, un tel moyen est inopérant dès lors que l'article invoqué a été abrogé au 1er janvier 2019 et n'était ainsi plus en vigueur à la date de la décision attaquée.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ;/ ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; /ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. /En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites (). / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. / 6. Les Etats membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5 ". Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, transposant ces dispositions : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ". Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ". Enfin et en vertu de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable aux décisions prises après le 1er janvier 2019 : " - Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être :1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () ".

12. Il résulte de ces dispositions, telles qu'éclairées par la décision du Conseil d'État n° 428530-428564 du 31 juillet 2019, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur et après l'avoir mis en mesure de présenter ses observations, suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

13. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 10 mars 2021. Si M. C justifie qu'il suit actuellement un traitement médical à l'établissement public de santé mentale de Caen en vue de soigner son addiction aux produits stupéfiants, il ne donne aucune information sur ses conditions de vie pendant la période de dix-huit mois au cours de laquelle, après le retrait des conditions matérielles d'accueil, il s'est soustrait à un transfert vers l'Allemagne. En outre, il ne justifie pas de l'impossibilité de se rendre en Allemagne pour l'instruction de sa demande d'asile. En conséquence, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'OFII n'aurait pas procédé à l'examen de sa situation.

14. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de M. C doivent être rejetées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Cavelier et au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Caen.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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