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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2100925

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2100925

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2100925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCHLOSSER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 avril 2021, le 15 septembre 2022, le 5 décembre 2022 et le 16 janvier 2023, Mme D A et M. C A, représentés par Me Bourrel, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et la société Véolia Eau à leur verser la somme de 10 909,56 euros au titre de dommages et intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et la société Véolia Eau la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et la société Véolia Eau ont commis une faute engageant leur responsabilité en ajoutant des habitations nouvelles sans prévoir d'évacuation des eaux usées ;

- la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge est responsable en tant que délégataire du service public de gestion du réseau d'eau vis-à-vis des tiers ;

- la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et la société Véolia Eau sont responsables sans faute.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 avril 2022, le 28 septembre 2022 et le 2 novembre 2022, la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) exerçant sous l'enseigne de la société Véolia Eau, représentée par Me Alquier-Tesson, conclut à titre principal à l'incompétence de la juridiction administrative, à titre subsidiaire au rejet de la requête sur le fondement de la responsabilité pour faute et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente ;

- la responsabilité ne peut être engagée qu'au tiers des préjudices invoqués ;

- le préjudice n'est pas établi.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 juillet 2022 et le 2 novembre 2022, la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge (NCPA), représentée par Me Schlosser, conclut à titre principal à l'incompétence de la juridiction administrative, à titre subsidiaire au rejet de la requête sur le fondement de la responsabilité pour faute et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente ;

- la délégation de service public pour la gestion de l'eau à la société Véolia Eau et de l'assainissement à la SETDN empêche d'engager la responsabilité du délégant ;

- la commune de Dives-sur-Mer n'a pas transféré la compétence " eaux pluviales " à la communauté de communes ;

- la responsabilité n'est pas engagée, en l'absence de fait générateur lié aux ouvrages publics ;

- la faute de la victime est une cause exonératoire de responsabilité ;

- le préjudice n'est pas établi ;

- le lien de causalité est absent.

Vu :

- le rapport d'expertise déposé le 9 juillet 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martinez a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A et M. C A sont propriétaires d'une maison sur la commune de Dives-sur-Mer. Le 22 janvier 2018, suite à de fortes pluies, le sous-sol de leur maison a été inondé. Le 9 juillet 2020, l'expert désigné par le juge des référés a déposé son rapport. Par courriers des 29 décembre 2020 et 4 décembre 2021, M. et Mme A ont formé un recours préalable. Par des décisions implicites, la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et la société Véolia Eau ont rejeté ces demandes d'indemnisation. Par la présente requête, M. et Mme A demandent que la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et la société Véolia Eau soient condamnées au versement de 10 909,56 euros au titre de dommages et intérêts.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

2. Si les collectivités publiques, leurs concessionnaires ou leurs entrepreneurs doivent, quelle que soit la nature du service public qu'ils assurent, réparer les dommages causés aux tiers par les ouvrages dont ils ont la charge ou les travaux qu'ils entreprennent et si la responsabilité qu'ils encourent ainsi, même en l'absence de toute faute relevée à leur encontre, ne peut être appréciée que par la juridiction administrative, il n'appartient pas, en revanche, à ladite juridiction de connaître des dommages imputables aux ouvrages ou travaux dont il s'agit et d'apprécier la responsabilité encourue à raison de vices dans leur conception, leur exécution ou leur entretien lorsque ces dommages ont été causés à l'usager d'un service industriel et commercial par une personne ayant collaboré à l'exécution de ce service et à l'occasion de la fourniture de la prestation due par le service à cet usager.

3. M. et Mme A demandent réparation d'un préjudice résultant d'un engorgement des nappes phréatiques dû selon eux à une défaillance du réseau public d'assainissement et d'eau pluviale. Il résulte de l'instruction que l'inondation du sous-sol de la maison individuelle des requérants ne provient pas d'un reflux des raccordements individuels aux deux réseaux distincts. Ces dommages peuvent ainsi être rattachés au fonctionnement d'un ouvrage public et ne trouvent pas leur origine dans la fourniture d'une prestation, telle qu'un raccordement particulier, assurée par le service public d'assainissement ou de collecte des eaux pluviales. Il en résulte que M. et Mme A doivent être regardés comme des tiers vis-à-vis de l'ouvrage public en cause et qu'en conséquence, leur demande relève à ce titre de la compétence de la juridiction administrative.

En ce qui concerne la responsabilité :

4. En premier lieu, M. et Mme A soutiennent que les réseaux d'eau pluviale et d'assainissement ont été étendus à de nombreuses maisons, entraînant ainsi leur sous-dimensionnement. Toutefois, si l'expert constate l'existence de nombreuses habitations nouvelles, aucun élément probant ne vient corroborer les allégations des requérants concernant une saturation de ces réseaux. Dès lors, aucune responsabilité ne peut être retenue à ce titre.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'origine de l'inondation du sous-sol de la résidence de M. et Mme A provient d'une remontée des eaux des terrains naturels dans un puit privé situé dans le premier local du sous-sol semi-enterré équipé de deux pompes de relevage. Ainsi, l'inondation ne provient pas, pour le logement de M. et Mme A, d'un engorgement du réseau des eaux usées et d'assainissement. Il résulte également de l'instruction que le logement des requérants est équipé en sous-sol d'un puit non conforme doté de deux pompes de relevage sous-dimensionnées et dont l'évacuation n'est pas reliée au réseau de traitement des eau pluviales et d'assainissement. A supposer qu'une pompe de relevage du réseau des eaux pluviales ait dysfonctionné, aucun élément au dossier ne permet d'établir que ce dysfonctionnement ait participé aux remontées de la nappe phréatique dans un épisode de forte pluie sur des terrains d'ailleurs reconnus comme étant en zone inondable. A cet égard, l'expert se borne à évoquer, en des termes évasifs, la possibilité de considérer que le dysfonctionnement des dispositifs de gestion des réseaux publics ait contribué, au moins pour partie, à l'apport de l'eau dans les sols. En conséquence, la responsabilité de la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, dont la compétence de gestion des eaux usées et pluviales n'avait d'ailleurs pas été transférée par la commune à la date des faits, de la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et de la société Véolia Eau, ne saurait être engagée à raison de ces inondations.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme A doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties () ".

8. Dans les circonstances de l'espèce, les dépens de l'instance, constitués des frais et honoraires de l'expertise rendue le 9 juillet 2020 par M. B, liquidés et taxés par l'ordonnance du 17 juillet 2020, à la somme de 3 185.34 euros, sont mis à la charge définitive de M. et Mme A.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, de la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et de la société Véolia Eau, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par M. et Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme A la somme demandée par la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, la société des eaux de Trouville Deauville et Normandie (SETDN) et de la société Véolia Eau au titre des frais de même nature.

D E C I D E :

Article 1er : Le requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, d'un montant de 3 185,34 euros, sont mis à la charge définitive de M. et Mme A.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et M. C A, à la communauté de communes Normandie - Cabourg - Pays d'Auge, à la Société des eaux de Trouville Deauville et Normandie et à la société Véolia Eau.

Copie en sera adressée pour information à l'expert.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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