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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101240

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101240

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDURAND-LOYGUE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juin 2021, Mme C D, représentée par Me Loygue, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 14 janvier 2021, 5 mars 2021 et 6 avril 2021 du directeur de l'établissement public de santé mentale de Caen en ce qu'elles la reclassent au second grade d'assistant socio-éducatif à compter du 1er janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'établissement public de santé mentale de Caen de la reclasser au second grade du statut d'assistant socio-éducatif à compter du 1er février 2019, avec rappel de traitements, indemnités et avantages y afférents ;

3°) de mettre à la charge de l'établissement public de santé mentale de Caen la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions des 14 janvier et 5 mars 2021 ont été signées par une autorité incompétente ;

- la décision du 6 avril 2021 rejetant son recours gracieux ne comporte pas la signature de son auteur ;

- les décisions attaquées méconnaissent le décret n° 2018-731 du 21 août 2018 ; elle aurait dû être reclassée au poste d'assistant socio-éducatif second grade à compter du 1er février 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, l'établissement public de santé mentale de Caen, représenté par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2007-1191 du 3 août 2007 ;

- le décret n° 2018-731 du 21 août 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- les conclusions de Mme F,

- et les observations de Me Loygue, représentant Mme D et de Me Guardiola, substituant Me Lacroix, représentant l'établissement public de santé mentale de Caen.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, assistante socio-éducative, a été recrutée par l'établissement public de santé mentale de Caen, en qualité d'agente contractuelle, avant d'être titularisée le 22 juillet 2007. Par une décision du 18 juillet 2019, Mme D, assistante socio-éducative principale, au 4ème échelon, a été reclassée dans la classe supérieure du premier grade d'assistant socio-éducatif, au 4ème échelon à compter du 1er février 2019 puis au 5ème échelon à compter du 1er novembre 2019. Par une décision du 14 janvier 2021, l'établissement public de santé mentale de Caen l'a reclassée au premier grade d'assistant socio-éducatif, au 8ème échelon à compter du 1er janvier 2021. Par une décision du 5 mars 2021, Mme D a bénéficié d'un avancement de grade la faisant évoluer au second grade d'assistant socio-éducatif à compter du 1er janvier 2021, au 5ème échelon avec un passage au 6ème échelon à compter du 1er novembre 2021. Par un courrier du 7 mars 2021, Mme D a formé un recours gracieux contre ces décisions afin d'obtenir un reclassement au second grade d'assistant socio-éducatif à compter du 1er février 2019. Par une décision du 6 avril 2021, l'établissement public de santé mentale de Caen a rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision n° 108/20 du 5 janvier 2021, le directeur de l'établissement public de santé mentale de Caen a donné délégation à M. A E, directeur adjoint chargé des ressources humaines, à l'effet de signer, pour le personnel non médical, toutes les décisions relatives au déroulement de la carrière notamment l'avancement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions des 4 janvier et 5 mars 2021 doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux, dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

4. Mme D ne saurait utilement invoquer un vice propre à la décision du 6 avril 2021 rejetant son recours gracieux. Par suite, le moyen tiré de ce qu'elle n'a pas été signée par son auteur ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 21 août 2018 : " Sont classés dans la catégorie A de la fonction publique hospitalière prévue à l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, les corps des personnels socio-éducatifs des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, ci-dessous énumérés : / () / 4° Le corps des assistants socio-éducatifs. ". Aux termes de l'article 18 du même décret relatif aux dispositions transitoires relatives à la constitution initiale du corps : " I. - Au 1er février 2019, les fonctionnaires relevant de l'un des corps régis par les décrets n° 2014-100 et n° 2014-101 du 4 février 2014 précités, sont intégrés dans l'un des corps mentionnés à l'article 1er du présent décret correspondant aux missions qu'ils exercent. / A cet effet, sont créés au sein de la classe supérieure du premier grade deux échelons provisoires avant le premier échelon de cette classe. La durée d'échelon dans chacun des deux échelons provisoires applicable au corps des assistants socio-éducatifs est de deux ans. (). ". Aux termes de l'article 32 de ce décret : " Au 1er janvier 2021, les fonctionnaires relevant de la classe normale et de la classe supérieure du premier grade dans l'un des corps mentionnés à l'article 1er du présent décret sont reclassés conformément au tableau de correspondance ci-après (). ". Enfin, aux termes de l'article 14 du même décret dans sa version alors applicable au 5 mars 2021 : " Peuvent être promus au second grade : / 1° Par voie d'inscription à un tableau d'avancement établi après avis de la commission administrative paritaire compétente, après une sélection par voie d'examen professionnel, les fonctionnaires justifiant, au plus tard le 31 décembre de l'année au titre de laquelle le tableau d'avancement est établi, avoir accompli au moins trois ans de services effectifs dans un corps, cadre d'emplois ou emploi de catégorie A ou de même niveau et compter au moins un an d'ancienneté dans le 3e échelon du premier grade. / 2° Au choix, après inscription sur un tableau d'avancement pris après avis de la commission administrative paritaire compétente, les fonctionnaires ayant atteint le 5e échelon du premier grade et justifiant de six ans de services effectifs dans un corps, cadre d'emplois ou emploi de catégorie A ou de même niveau. () ". En vertu de l'article 38 de ce décret, les assistants socio-éducatifs, qui constituaient un corps de fonctionnaires de catégorie B, constituent, depuis le 1er février 2019, un corps de catégorie A.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D était classée au 4ème échelon du grade d'assistante socio-éducative principal, du corps de catégorie B des assistants socio-éducatifs régi par le décret n° 2014-101 du 4 février 2014, abrogé par le décret du 21 août 2018 susvisé. Le grade d'assistant socio-éducatif principal correspondait, en vertu de l'article 2 du décret du 4 février 2014, au second grade du corps de catégorie B. Toutefois, il résulte du tableau de correspondance de l'article 18 du décret du 21 août 2021, qu'à compter du 1er février 2019, les assistants socio-éducatifs principaux au 4ème échelon sont désormais reclassés au 4ème échelon de la classe supérieure du premier grade du corps de catégorie A, avec conservation de l'ancienneté. Dès lors, l'établissement public de santé mentale de Caen a reclassé Mme D, par sa décision du 18 juillet 2019, devenue définitive, au 4ème échelon du premier grade d'assistant socio-éducatif de classe supérieure, avec effet rétroactif au 1er février 2019 puis au 5ème échelon à compter du 1er novembre 2019. Par sa décision du 14 janvier 2021, l'établissement public de santé mentale de Caen a reclassé l'intéressée au 8ème échelon du premier grade d'assistant socio-éducatif, à compter du 1er janvier 2021, conformément au tableau de correspondance de l'article 32 du décret du 21 août 2018. A supposer que Mme D ait entendu soutenir qu'elle aurait dû bénéficier d'un avancement au second grade au 1er février 2019, il résulte des dispositions précitées que, les fonctionnaires ne peuvent être promus au second grade qu'à la suite de la réussite à un examen professionnel, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ou de l'inscription sur un tableau d'avancement au titre de la promotion au choix. Or, aucun texte n'imposait à l'établissement public de santé mentale de Caen de promouvoir des agents au second grade à compter du 1er février 2019. Ensuite, il ressort des pièces du dossier qu'un seul assistant socio-éducatif du premier grade était susceptible d'être nommé au second grade en 2020, compte tenu du taux de promotion de 10 % fixé par l'établissement public de santé mentale de Caen pour cette même année. Cette situation n'a pas pu être préjudiciable pour l'intéressée dès lors qu'elle n'était classée que 7ème au tableau d'avancement au titre de l'année 2020. Pour l'année 2021, le taux de promotion ayant été fixé à 100 % par l'établissement public de santé mentale de Caen, ce dernier a pu nommer au second grade l'ensemble des douze agents inscrits au tableau d'avancement. Il a pu ainsi promouvoir au second grade Mme D, par sa décision du 5 mars 2021, avec effet rétroactif au 1er janvier 2021. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la requérante n'établit pas que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui a été dit ci-dessus que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 14 janvier et 5 mars 2021 ni celle de la décision du 6 avril 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge l'établissement public de santé mentale de Caen, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros à verser l'établissement public de santé mentale de Caen au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à l'établissement public de santé mentale de Caen la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et à l'établissement public de santé mentale de Caen.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Guillou, président,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

signé

V. CREANTOR

Le président,

signé

H. GUILLOU

La greffière,

signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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