mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101346 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE LEXCAP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 juin 2021, 15 avril 2022, 28 juin 2022, 15 décembre 2022 et 30 janvier 2023, M. B D, la SCI Dragon Vert et l'association La Demeure Historique, représentés par Me Launay, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le maire de Bernières-sur-Mer a délivré un permis d'aménager à la SARL Lotixial pour la création d'un parc résidentiel de loisir et l'arrêté rectificatif du 10 octobre 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bernières-sur-Mer la somme de 4 000 euros, à verser à M. D et la SCI Dragon Vert, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt à agir ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence à défaut pour la commune de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée au profit du signataire de l'acte ;
- il est entaché d'un vice d'incompétence, en l'absence de l'accord préalable de l'architecte des Bâtiments de France prévu à l'article L. 631-2 du code du patrimoine ;
- le projet constitue une extension de l'urbanisation sans continuité avec l'agglomération existante, en méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les articles UB 1, UB 2, UC 1 et UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme ; le projet n'entre pas dans les exceptions prévues par ces dispositions dès lors qu'il ne relève pas de la destination " commerce et activité de service " au sens du 3° de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme et, par suite, de la sous-destination " hébergement touristique ", mais de la destination " habitation " au sens du 2° de l'article R. 151-27 de ce code et de la sous-destination " hébergement " ;
- il méconnaît les articles UB 3, UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme et l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- il méconnaît les orientations générales du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP), devenu site patrimonial remarquable, applicables au secteur 2 ;
- il méconnaît l'article 4 F du règlement de l'AVAP en raison du bassin de rétention des eaux pluviales projeté, du local technique, des lots 1 à 11, du stationnement et de la voirie ;
- l'arrêté du 10 octobre 2022 est entaché des mêmes illégalités que l'arrêté du 19 avril 2021.
Par des mémoires enregistrés les 2 août 2021, 30 novembre 2022 et 5 janvier 2023, la société Lotixial, représentée par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, les requérants ne justifiant pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté délivrant le permis d'aménager ;
- l'arrêté du 10 octobre 2022 régularise le vice d'incompétence dont était entaché l'arrêté initial du 19 avril 2021 ; en outre, il a été pris au vu de l'accord tacite de l'architecte des Bâtiments de France ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 novembre 2021, 30 septembre 2022, 27 octobre 2022 et 6 janvier 2023, la commune de Bernières-sur-Mer, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou à défaut de l'article L. 600-5 du même code et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, les requérants ne justifiant pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté du 10 octobre 2022 régularise le vice d'incompétence dont était entaché l'arrêté initial du 19 avril 2021 ;
- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par une intervention enregistrée le 4 mars 2022, l'association Bernières Optique Nouvelle, représentée par Me Roch, demande au tribunal de faire droit à la requête de M. D, la SCI Dragon Vert et l'association La Demeure Historique.
Elle soulève les mêmes moyens que les requérants et soutient, en outre, que le projet méconnaît le règlement de l'AVAP s'agissant du stationnement.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des moyens tirés de ce que le projet méconnaît l'article 4 F du règlement du site patrimonial remarquable applicable au secteur 2 et de ce qu'il méconnaît les dispositions relatives au stationnement de ce même règlement, ces moyens ayant été soulevés au-delà du délai mentionné à l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire, enregistré le 6 octobre 2023, l'association Bernières Optique Nouvelle a présenté des observations sur le moyen d'ordre public.
Par un mémoire, enregistré le 10 octobre 2023, les requérants ont présenté des observations sur le moyen d'ordre public.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Créantor,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Launay, représentant les requérants, de Me Lerable, représentant la commune de Bernières-sur-Mer, et de Me Oueslati, représentant la société Lotixial.
Une note en délibéré, enregistrée le 27 octobre 2023, a été produite pour la société Lotixial.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 juillet 2021, la société Lotixial a déposé une demande de permis d'aménager pour la création d'un parc résidentiel de loisirs " Le Clos du Pavillon " composé de quarante-huit emplacements destinés à accueillir des chalets sur un terrain situé à Bernières-sur-Mer, cadastré section AH n° 532p et 566, pour une superficie totale de 26 181 m2. Par un arrêté du 19 avril 2021, rectifié par un arrêté du 10 octobre 2022, le maire de Bernières-sur-Mer a délivré le permis d'aménager sollicité. M. B D, la SCI Dragon Vert et l'association La Demeure Historique demandent au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur l'intervention de l'association Bernières Optique Nouvelle :
2. L'association Bernières Optique Nouvelle, qui a pour objet la sauvegarde du patrimoine architectural, la promotion et la mise en valeur de l'environnement et le développement économique et culturel de Bernières-sur-Mer, justifie d'un intérêt suffisant à l'annulation de l'arrêté attaqué. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par M. D et autres est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme :
3. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. () ". Selon le deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative, la communication doit se faire " au moyen de lettres remises contre signature ou de tout autre dispositif permettant d'attester la date de réception ". En outre, aux termes de l'article R. 611-8-6 de ce code : " Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été adressé par voie électronique, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique, ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai. () / Lorsque le juge est tenu, en application d'une disposition législative ou réglementaire, de statuer dans un délai inférieur ou égal à un mois, la communication ou la notification est réputée reçue dès sa mise à disposition dans l'application ou le téléservice. ".
4. En l'espèce, le moyen tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions relatives au stationnement du règlement du site patrimonial remarquable applicable au secteur 2 a été soulevé par l'association intervenante dans son mémoire enregistré le 4 mars 2022, soit plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense produit par la société Lotixial le 2 août 2021 et communiqué, via l'application Télérecours, au conseil des requérants le 4 août 2021. Contrairement à ce que soutient l'association intervenante, ce moyen, qui concerne les dispositions du règlement qui prévoient qu'au moins 35 % de la superficie de terrain sera traitée en espaces plantés ou semés pour 65 % en aire de stationnement, est distinct du moyen tiré de la méconnaissance des orientations générales du règlement applicables au secteur 2 tel que soulevé par les requérants dans la requête. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le projet méconnaît les dispositions relatives au stationnement du règlement du site patrimonial remarquable applicable au secteur 2 soulevé dans le mémoire du 4 mars 2022 de l'association intervenante est irrecevable. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 F du règlement du site patrimonial remarquable applicables au secteur 2, s'agissant du bassin de rétention des eaux pluviales projeté, du local technique, des lots 1 à 11, du stationnement et de la voirie, qui est soulevé pour la première fois par les requérants dans leur mémoire enregistré le 30 janvier 2023. Par suite, ces moyens sont irrecevables.
En ce qui concerne la légalité du permis de construire délivré par le maire de Bernières-sur-Mer :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) La maire, au nom de la commune dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ".
6. Lorsqu'un permis d'aménager a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à sa délivrance, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
7. Le permis d'aménager délivré par l'arrêté attaqué du 19 avril 2021 a été signé par M. C, premier adjoint au maire en charge de l'urbanisme. Si le maire de la commune de Bernières-sur-Mer lui a donné délégation à l'effet de signer les autorisations d'urbanisme, par un arrêté du 10 juin 2020, il n'est pas établi que cet arrêté ait été régulièrement publié et affiché en mairie. Toutefois, par un arrêté du 10 octobre 2022, le maire de Bernières-sur-Mer a entendu valider et modifier l'arrêté du 19 avril 2021 en édictant qu'il était réputé être son signataire. L'irrégularité qui entachait le permis d'aménager initial ayant ainsi été purgée, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ". Aux termes de l'article R. 423-59 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 752-4, L. 752-14 et L. 752-17 du code de commerce et des exceptions prévues aux articles R. 423-60 à R. 423-71-1, les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputés avoir émis un avis favorable. ". Aux termes de l'article R. 423-67 de ce code : " Par exception aux dispositions de l'article R. * 423-59, le délai à l'issue duquel l'architecte des Bâtiments de France est réputé avoir donné son accord ou, dans les cas mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, émis son avis favorable est de deux mois lorsque le projet soumis à permis est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques. () ".
9. Il est constant que le projet est situé aux abords du Manoir de la Luzerne, édifice inscrit à l'inventaire des monuments historiques par arrêté du 22 décembre 1998. L'architecte des Bâtiments de France, saisi pour avis sur le projet litigieux le 27 janvier 2021, est réputé avoir émis un avis favorable le 27 mars 2021 du fait de son silence gardé pendant deux mois après sa saisine. Si les requérants font valoir que cet avis n'est intervenu tacitement que le 2 mai 2021, soit après l'arrêté attaqué du 19 avril 2021, dès lors que la société pétitionnaire s'est vu réclamer des pièces complémentaires par le service instructeur, qu'il a transmises à l'architecte des Bâtiments de France le 2 mars 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que le contenu de ces pièces complémentaires aurait été de nature à exercer une influence sur le sens de l'avis rendu par l'architecte des Bâtiments de France. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis d'aménager aurait été délivré en l'absence d'avis de l'architecte des Bâtiments de France doit être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 applicable à la date de l'arrêté attaqué : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ". Le V de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 précise que les mots " en continuité avec les agglomérations et villages existants " - qui remplacent les mots : " soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement " - s'appliquent " sans préjudice des autorisations d'urbanisme délivrées avant la publication de la présente loi ". Cette modification de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ne s'applique pas " aux demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021 () ". La loi du 23 novembre 2018 ayant été publiée au Journal officiel de la République française du 24 novembre 2018 et la présente demande de permis de construire ayant été déposée le 21 janvier 2021, les dispositions de l'article L. 121-8 dans leur version antérieure à l'entrée en vigueur de la loi du 23 novembre 2018 sont applicables en l'espèce.
11. Il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dans la version applicable au litige que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, soit en continuité avec les agglomérations et les villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
12. La commune de Bernières-sur-Mer est limitrophe de la commune de Courseulles-sur-Mer et est couverte par le schéma de cohérence territoriale Caen Métropole dans sa version révisée du 18 octobre 2019. Le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale Caen Métropole considère l'intégralité des bourgs comme des agglomérations et n'identifie aucun village sur les communes littorales, compte tenu du caractère fortement urbanisé du territoire. En outre, ce document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale n'identifie pas de coupure d'urbanisation englobant le terrain d'assiette du projet. Contrairement à ce que font valoir les requérants, les parcelles d'assiette de l'opération projetée, localisées à un kilomètre environ du centre-bourg du village, ne relèvent pas des coupures d'urbanisation. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies aériennes, que le terrain d'assiette du projet se situe au Sud-Est du centre du bourg de Bernières-sur-Mer, lequel se caractérise par un nombre très important et une forte densité de constructions d'habitation, de commerces et de services. En outre, ce terrain jouxte au Nord et à l'Est des parcelles bâties, réparties de part et d'autre de la route départementale n° 7, axe structurant de la commune, un lotissement composé d'une vingtaine de parcelles toutes bâties bordant, au Sud, le terrain d'assiette du projet. Dans ces conditions, et alors même que le terrain est vierge de toute construction et se situe à l'extrémité d'un secteur à dominante agricole, le projet contesté doit être regardé comme une extension de l'urbanisation réalisée en continuité avec l'agglomération de Bernières-sur-Mer. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.
13. En quatrième lieu, les articles UB 1, UB 2 et UC 1 et UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Bernières-sur-Mer autorisent la création d'un parc résidentiel de loisirs dans les zones UBt et UCt s'il est directement lié et nécessaire au développement d'hébergements touristiques et sous réserve que soient réalisés les équipements nécessaires à la zone, notamment la création des réseaux nécessaires, et qu'une étude d'aménagement de l'ensemble de la zone réservée au développement d'hébergement touristique (y compris le secteur UBt) ait été réalisée au préalable.
14. D'une part, ainsi qu'il a déjà été dit au point 1, le projet autorisé consiste en la création d'un parc résidentiel de loisirs, composé de quarante-huit emplacements, spécialement aménagé à l'effet d'accueillir des habitations légères de loisirs sur un terrain classé en zone UBt et UCt, pour une superficie totale de 26 181 m2. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le projet, eu égard à ses caractéristiques, relève de la destination " commerce et activité de service " au sens du 3° de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme et de la sous-destination " hébergement touristique ", visé au 3° de l'article R. 151-28 de ce code, et non de la destination " habitation " au sens du 2° de l'article R. 151-27 du code. En outre, si les requérants soutiennent que le projet n'est pas nécessaire au développement d'hébergements touristiques, il ressort des pièces du dossier, notamment du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune de Bernières-sur-Mer, que ce dernier comporte une orientation n° 3 qui prévoit de " densifier l'offre en hébergement touristique " et de " conforter et valoriser la fonction balnéaire ", notamment d'accueillir des projets de développement touristique et de loisirs, et identifie le terrain d'assiette du projet comme une zone réservée au développement et à la mise en valeur des équipements et de l'hébergement touristiques. Dans ces conditions, et alors même que le schéma de cohérence territoriale Caen Métropole indique que les communes du littoral, dont la commune de Bernières-sur-Mer, disposent d'un bon niveau d'équipements et de services répondant aux besoins de la clientèle touristique, le projet doit être regardé comme lié et nécessaire au développement d'hébergements touristiques au sens des dispositions des articles UB1, UB 2, UC1 et UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme.
15. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, en particulier des pièces PA 8b et PA 8c du dossier de demande de permis d'aménager, que le projet sera raccordé aux réseaux publics. En outre, la pièce PA 8a sur le programme des travaux détaille les modalités de raccordement aux différents réseaux. Enfin, la notice de présentation précise que la gestion des eaux pluviales sera assurée par le biais de dispositifs d'infiltration le long des voies et prolongée par la création d'une prairie humide au Nord-Ouest du projet. Ainsi, le raccordement du projet aux réseaux nécessaires est prévu, conformément aux articles UB 1, UB 2 et UC 1 et UC2.
16. Enfin, les requérants ne sauraient utilement se prévaloir de l'absence d'étude d'aménagement réalisée préalablement à la demande de permis d'aménager, dès lors qu'une telle étude ne fait pas partie des documents à joindre à une demande de permis d'aménager, documents limitativement énumérés aux articles R. 441-1 et suivants du code de l'urbanisme.
17. Il résulte des points 14 à 16 que le moyen tiré de la méconnaissance des articles UB 1, UB 2, UC 1 et UC 2 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
18. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes des articles UB 3 et UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à ne pas présenter de gêne ou risque à la circulation publique. La disposition des accès doit assurer la sécurité des usagers et leurs abords doivent être dégagés de façon à assurer la visibilité. Les accès doivent être situés en des points les plus éloignés possibles des carrefours existants, des virages et autres endroits où la visibilité est mauvaise. / (). "
19. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la réalisation du projet contesté serait de nature à créer un danger pour la circulation, dans le quartier, des véhicules ou les piétons, la seule circonstance que le projet entraînera une augmentation du trafic routier dans le quartier n'étant pas suffisante pour établir l'existence d'un tel danger. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles UB 3, UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme et de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
20. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Il résulte de ces dispositions que, si le projet porte atteinte à l'environnement naturel ou urbain, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une telle atteinte de nature à fonder le refus d'autorisation ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de cette autorisation, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité de l'environnement naturel ou urbain dans lequel le projet est prévu et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que ce projet, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur lui. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
21. Il ressort des pièces du dossier que le territoire de la commune de Bernières-sur-Mer est couvert par une zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager, devenue de plein droit site patrimonial remarquable, et que la partie nord du terrain d'assiette est comprise dans le périmètre de ce site patrimonial remarquable. En outre, le terrain en cause se situe à une centaine de mètres du Manoir de la Luzerne, qui est classé aux monuments historiques et présente un intérêt architectural indéniable. Toutefois, la seule circonstance qu'un projet soit situé au sein d'une zone de protection du site patrimonial ou à proximité d'un site inscrit à l'inventaire des monuments historiques ne permet pas de présumer une atteinte à la qualité de ceux-ci. Il ressort en outre des pièces du dossier que le Manoir de la Luzerne se trouve à une centaine de mètres environ du projet, en fond de parcelle et derrière un espace boisé assez épais et que le projet s'insère dans un environnement bâti et paysager caractérisé par la présence de plusieurs habitations individuelles qui sont dépourvues d'intérêt. Il ressort également des pièces du dossier que les chalets dont l'installation est projetée sur le terrain seront en bois de couleurs neutres et de faible hauteur et qu'ils ne seront pas visibles depuis la route départementale, la bande de terrain située entre cette route et la limite nord du terrain d'assiette devant être rétrocédée à la commune de Bernières-sur-Mer afin de permettre une valorisation de l'entrée de ville le long de la route. Par ailleurs, le maire a assorti l'arrêté attaqué de prescriptions visant à atténuer l'impact visuel du projet, en imposant au pétitionnaire de planter une haie dense et haute en limite nord et de conserver, restaurer et entretenir le mur en pierre, qui borde à l'Est le terrain d'assiette du projet et est protégé au titre du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.
22. En dernier lieu, le règlement du site patrimonial remarquable de la commune prévoit au titre des orientations générales du secteur 2 " la préservation des entrées de ville et des abords des zones à forte sensibilité patrimoniale ".
23. Ainsi qu'il a été dit au point 21, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet porterait atteinte à l'entrée de la commune ou à son environnement immédiat dès lors, d'une part, que le permis de construire impose au pétitionnaire de planter une haie dense et haute en limite nord du terrain d'assiette du projet et, d'autre part, qu'il est constant qu'une bande de terrain située entre la route départementale et la limite nord du terrain d'assiette du projet sera rétrocédée à la commune de Bernières-sur-Mer pour valoriser l'entrée de ville. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des orientations générales du règlement du site patrimonial remarquable applicables dans le secteur 2 doit être écarté.
24. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le maire de Bernières-sur-Mer a délivré un permis d'aménager à la SARL Lotixial pour la création d'un parc résidentiel de loisirs ni de l'arrêté rectificatif du 10 octobre 2022.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bernières-sur-Mer et de la société Lotixial, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme demandée par M. D et autres au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants une somme globale de 1 500 euros à verser tant à la commune de Bernières-sur-Mer qu'à la société Lotixial au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de l'association Bernières Optique Nouvelle est admise.
Article 2 : La requête de M. D et autres est rejetée.
Article 3 : M. D, la SCI Dragon Vert et l'association La Demeure Historique verseront, globalement, une somme de 1 500 euros tant à la commune de Bernières-sur-Mer qu'à la société Lotixial au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à la SCI Dragon Vert, à l'association La Demeure Historique, à l'association Bernières Optique Nouvelle, à la société Lotixial et à la commune de Bernières-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Créantor, conseillère,
- Mme Rémigy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
V. CREANTOR
La présidente,
Signé
A. MACAUD
La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026