mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101441 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MOISSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 30 juin, 26 juillet et 5 août 2021, le 15 décembre 2021 et 1er février 2023, la société Cerza, représentée par Me Moisson, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 décembre 2020 par laquelle le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer des certificats intracommunautaires (CIC) " Présentation au public " et " Vente " pour trois perroquets de l'espèce Ara Macao, identifiés sous les numéros M05019, O19143 et O20116, ainsi que la décision de la ministre de la transition écologique rejetant implicitement son recours hiérarchique du 8 mars 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer, pour les Ara Macao O19143 et O20116, des CIC " Vente " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;
3°) pour la femelle Ara Macao M05019, d'enjoindre à l'Etat, à titre principal, de lui délivrer un CIC " Présentation au public " de régularisation ou, à titre subsidiaire, de consulter le Museum national d'histoire naturelle, d'une part, sur l'opportunité de délivrer un CIC de régularisation pour le Ara Macao M05019 dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour et, d'autre part, sur la conformité à la réglementation communautaire du puçage des Aras Macaos vivant en grande volière au lieu et place de la pose d'une bague ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du 22 décembre 2020 est entachée d'une incompétence négative ; l'administration ne pouvait considérer qu'il ne lui appartenait pas de statuer sur la demande de délivrance de CIC pour les juvéniles issus d'un spécimen reproducteur femelle faisant l'objet d'une procédure pénale ;
- elle est insuffisamment motivée en ce qu'elle indique sans aucune précision que les conditions de puçage ne conviennent pas en raison des propriétés physiques ou comportementales des Aras Macaos élevés en grande volière ;
- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la femelle Aras Macaos M05019 est traçable et qu'il n'existe aucune contestation possible sur son origine ; elle entre dans le champ d'application de l'article 56 du règlement (CE) n° 865/2006 du 4 mai 2006 qui a mis en place des mécanismes de dérogation permettant, notamment, la régularisation de certaines situations ; l'irrégularité du CIC de la femelle est liée à une erreur dont elle n'est pas à l'origine et qui n'obère pas la traçabilité de l'oiseau ; en outre, l'erreur dans la transaction report, qui fait office de journal, a été corrigée en 2020 avant que la demande de CIC ne soit déposée ;
- s'agissant des juvéniles O19143 et O20116, la décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'il est établi que le puçage d'oiseaux vivant en grande volière constitue une méthode d'identification plus respectueuse de l'oiseau et de son bien-être que la pose de bagues ; en tout état de cause, le choix du marquage ne figure pas au nombre des motifs mentionnés par l'article 8 du règlement (CE) n° 336/97du 9 décembre 1996, pouvant permettre à l'administration de refuser de délivrer des CIC " Vente " ;
- s'agissant de la constitution du cheptel reproducteur des juvéniles O19143 et O20116, en retenant que les conditions de constitution n'étaient pas conformes aux dispositions de l'article 54 du règlement (CE) n° 865/2006, le préfet du Calvados a commis une erreur de droit ; l'administration a fait une application erronée de la définition de la " date d'acquisition " du spécimen, qui est celle à laquelle le spécimen a été prélevé dans la nature ou est né en captivité ; à la date d'acquisition de la femelle M05019, c'est-à-dire sa naissance, elle a été identifiée ; les demandes de CIC ont été réalisées alors qu'elle était titulaire de l'original du CIC de la mère des juvéniles ; le cheptel reproducteur des juvéniles a donc été constitué conformément aux dispositions applicables et la circonstance que les mouvements ultérieurs de la femelle M05019 aient révélé des erreurs administratives est sans incidence au regard de la condition posée à l'article 54 paragraphe 2 du règlement (CE) 865-2006 du 4 mai 2006.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 octobre 2022 et 10 janvier 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, ouverte à la signature à Washington le 3 mars 1973, amendée le 22 juin 1979 à Bonn et le 30 avril 1983 à Gaborone ;
- le règlement (CE) n° 338/97 du Conseil du 9 décembre 1996 relatif à la protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce ;
- le règlement (CE) n° 865/2006 de la Commission du 4 mai 2006 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 338/97 du Conseil du 9 décembre 1996 relatif à la protection des espèces de faune et de flore sauvages par le contrôle de leur commerce ;
- le code de l'environnement ;
- la loi n° 77-1423 du 27 décembre 1977 ;
- le décret n° 78-859 du 30 août 1978 modifié ;
- l'arrêté du 25 octobre 1995 relatif à la mise en œuvre du contrôle des établissements détenant des animaux d'espèces non domestiques ;
- l'arrêté du 30 juin 1998 modifié par l'arrêté du 23 décembre 2011 fixant les modalités d'application de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction et des règlements (CE) n° 338/97 du Conseil européen et (CE) n° 939/97 de la Commission européenne ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Créantor,
- les conclusions de Mme Emmanuelle Conesa-Terrade,
- et les observations de Me Moisson, représentant la société Cerza.
Une note en délibéré, enregistrée le 6 juin 2023, a été présentée par la société Cerza.
Considérant ce qui suit :
1. Les 21 janvier 2020, 6 juin 2020 et 4 octobre 2020, la société Cerza a sollicité trois certificats intracommunautaires (CIC) dont deux CIC " Vente " lui permettant de commercialiser deux perroquets juvéniles de l'espèce " Ara Macao " né dans son établissement le 31 juillet 2019 et le 1er août 2020 et un CIC " Présentation au public " pour régularisation afin de pouvoir présenter au public la mère des juvéniles, la femelle identifiée sous le numéro M05019. Par une décision du 22 décembre 2020, la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de la région Normandie a refusé de lui délivrer les CIC sollicités. Le 8 mars 2021, la société Cerza a alors saisi le ministre de la transition écologique d'un recours hiérarchique contre cette décision. Par une décision implicite, le ministre de de la transition écologique a confirmé le refus de la DREAL de délivrer les certificats sollicités. La société Cerza demande l'annulation de la décision du 22 décembre 2020 de la DREAL de la région Normandie et de la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les trois perroquets :
2. En premier lieu, si la société Cerza fait valoir que la DREAL de la région Normandie s'est estimée à tort liée par la procédure pénale en cours engagée à son encontre pour ces perroquets, pour refuser de statuer sur ses demandes tendant à la délivrance de certificats intracommunautaires, la DREAL de la région Normandie a répondu expressément aux dites demandes par la décision du 22 décembre 2020 attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté comme manquant en fait.
3. En second lieu, la décision du 22 décembre 2020 est notamment fondée sur la circonstance que les " deux juvéniles ont été marqués par puce sans contact préalable avec la DREAL alors que la réglementation prévoit un marquage par bague fermée sans soudure " et qu'aux termes de l'article 59 du (CE) n° 865/2006 une dérogation au marquage par fermée sans soudure ne peut être octroyée pour des vertébrés vivants que si le demandeur a démontré à l'organe de gestion compétent que les dispositions applicables de l'article 66 du même règlement sont satisfaites. Si la société Cerza soutient que la décision de la DREAL de la région Normandie ne démontre pas que le marquage par puce ne convient pas aux propriétés physiques ou comportementales du Aras Macaos élevé en grande volière, la DREAL s'est bornée à constater que la société Cerza était en infraction au regard des règles de marquage des espèces prévues par l'article 66 du règlement (CE) n° 865/2006 pour les oiseaux nés et élevés en captivité. Elle n'était dès lors pas tenue, en l'absence de demande de dérogation, de justifier sa position au regard de la méthode de marquage des oiseaux par puce. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la femelle Ara Macao M05019 :
4. D'une part, aux termes de l'article II de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction : " 1. L'annexe I comprend toutes les espèces menacées d'extinction qui ont ou pourraient être affectées par le commerce. Le commerce des spécimens doit être soumis à une réglementation particulièrement stricte afin de ne pas mettre davantage leur survie en danger, et doit pas être autorisé que dans des conditions exceptionnelles. () ". Aux termes de l'article 8 du règlement (CE) nº 338/97 : "Dispositions relatives au contrôle des activités commerciales : 1. Il est interdit d'acheter, de proposer d'acheter, d'acquérir à des fins commerciales, d'exposer à des fins commerciales, d'utiliser dans un but lucratif et de vendre, de détenir pour la vente, de mettre en vente ou de transporter pour la vente des spécimens d'espèces inscrites à l'annexe A () ; 3. Conformément aux exigences des autres actes législatifs communautaires relatifs à la conservation de la faune et de la flore sauvages, il peut être dérogé aux interdictions prévues au paragraphe 1 à condition d'obtenir de l'organe de gestion de l'État membre dans lequel les spécimens se trouvent un certificat à cet effet, délivré cas par cas, lorsque les spécimens : a) ont été acquis ou introduits dans la Communauté avant l'entrée en vigueur, pour les spécimens concernés, des dispositions relatives aux espèces inscrites à l'annexe I de la convention, à l'annexe C 1 du règlement (CEE) n° 3626/82 ou à l'annexe A du présent règlement ; () d) sont des spécimens nés et élevés en captivité d'une espèce animale () ". Aux termes de l'article 48 du règlement (CE) n° 865/2006 modifié sur les certificats à des fins commerciales : " 1. Un certificat aux fins de l'article 8, paragraphe 3, du règlement (CE) n° 338/97 atteste que les spécimens d'espèces inscrites à l'annexe A dudit règlement sont exemptés d'une ou plusieurs des interdictions prévues à l'article 8, paragraphe 1, dudit règlement pour l'une des raisons suivantes : () c) ils sont des animaux nés et élevés en captivité, ou des parties ou produits de ces animaux ". Aux termes de l'article 59 du règlement (CE) n° 865/2006 : " 1. La dérogation prévue pour les spécimens visés à l'article 8, paragraphe3, points a), b) et c), du règlement (CE) n° 338/97 n'est accordée que si le demandeur a démontré à l'organe de gestion compétent que les conditions visées auxdits points et à l'article 48 du présent règlement sont remplies. / 2. La dérogation prévue pour les spécimens visés à l'article 8, paragraphe 3, point d), du règlement (CE) no 338/97 n'est accordée que si le demandeur a démontré à l'organe de gestion compétent, après que celui-ci a consulté une autorité scientifique compétente, que les conditions visées à l'article 48 du présent règlement sont remplies et que les spécimens concernés sont nés et ont été élevés en captivité ou ont été reproduits artificiellement conformément aux articles 54, 55 et 56 du présent règlement ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 9 du règlement (CE) n° 338/1997 : " Circulation des spécimens vivants : 1. Toute circulation dans la communauté d'un spécimen vivant d'une espèce inscrite à l'annexe A par rapport à l'emplacement indiqué dans le permis d'importation ou dans tout certificat délivré au titre du présent règlement est subordonné à l'autorisation préalable d'un organe de gestion de l'État membre dans lequel se trouve le spécimen. / 2. Cette autorisation : / a) ne peut être accordée que si l'autorité scientifique compétente de l'État membre ou, lorsque le déplacement s'effectue vers un autre État membre, l'autorité scientifique compétente de cet autre État, s'est assurée que le lieu d'hébergement prévu sur le lieu de destination d'un spécimen vivant est équipé de manière adéquate pour le conserver et le traiter avec soin; / b) doit être confirmée par la délivrance d'un certificat et / c) est, le cas échéant, communiquée immédiatement à un organe de gestion de l'État membre dans lequel le spécimen doit être placé. () ". Aux termes de l'article 7 de l'arrêté du 30 juin 1998 : " Sont soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 412-1 du code de l'environnement le transport ou la circulation, en dehors du lieu d'hébergement lorsque ce lieu d'hébergement a été prescrit par un permis d'importation, par un certificat délivré en application du règlement du 9 décembre 1996 susvisé ou par une autorisation délivrée en application du présent article à la suite d'un tel permis ou certificat, des spécimens vivants des espèces animales ou végétales figurant à l'annexe A de ce même règlement. Toutefois, il n'est pas exigé d'autorisation si un animal doit être déplacé afin de subir un traitement vétérinaire urgent et s'il est ramené directement à son lieu d'hébergement. L'autorisation est délivrée par le préfet du département de départ de l'animal ou de la plante. ". L'article 11 du règlement (CE) n° 865/2006 précise que : " () 2. Les certificats visés aux articles 47, 48, 49 et 63 cessent d'être valables dans les cas suivants : () d) lorsque l'une quelconque des indications figurant dans les cases 2 et 4 ne reflète plus la situation réelle ; e) lorsque l'une quelconque des conditions spéciales visées à la case 20 n'est plus remplie. / 3. Les certificats délivrés conformément aux articles 48 et 63 ne sont valables que pour des transactions spécifiques à moins que les spécimens couverts par ces certificats soient munis d'un marquage distinctif et permanent. / L'organe de gestion de l'État membre dans lequel le spécimen se trouve peut également, en consultation avec l'autorité scientifique compétente, décider de délivrer des certificats pour transactions spécifiques lorsqu'il estime que d'autres facteurs ayant trait à la conservation de l'espèce s'opposent à la délivrance d'un certificat pour spécimen spécifique. () / 4. Les certificats visés à l'article 48, paragraphe 1, point d), et à l'article 60 cessent d'être valables lorsque les indications figurant dans la case 1 ne reflètent plus la situation réelle. / 5. Les documents qui cessent d'être valables conformément au présent article sont immédiatement renvoyés à l'organe de gestion qui les a délivrés, qui, le cas échéant, peut délivrer un certificat reflétant les modifications nécessaires conformément à l'article 51. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la femelle Ara Macao M05019 relève de l'annexe I de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction de l'annexe A du règlement (CE) n° 338/97. Lorsqu'un animal, relève de cette annexe, il doit pour pouvoir faire l'objet d'une commercialisation ou d'une exposition à des fins commerciales, remplir les conditions posées par les dispositions de l'article 59 du règlement n° 865/2006. Pour refuser de délivrer à la société Cerza le CIC " Présentation au public " qu'elle a sollicité afin de régulariser la situation de la femelle Ara Macao M05019, la DREAL de la région Normandie s'est fondée sur la péremption du CIC de l'animal depuis le 27 novembre 2016 et sur la mauvaise tenue par l'établissement de son livre journal. Il ressort des pièces du dossier que la mère des juvéniles a été prêtée par la société Cerza à la Ménagerie du Jardin des Plantes de Paris en mai 2007, avant d'être hébergée au Parc zoologique de Paris de 2012 à 2015 et de revenir à la Ménagerie du Jardin des Plantes d'octobre 2015 à novembre 2016. Il ressort également des pièces du dossier que, l'animal a été rendu le 27 novembre 2016 au parc zoologique du Cerza sans autorisation préalable des organes de gestion alors qu'il était indiqué dans la case 20 du CIC établi au nom de la Ménagerie de Paris que, le certificat ne vaut que pour cette dernière et qu'un transfert du spécimen sera autorisé avec un CIC " Transport " préalable ou vers une structure habilitée en France sous réserve de l'acceptation préalable écrite des organes de gestion de départ et d'arrivée, le destinataire devant alors solliciter un CIC " Présentation au public " à son nom dès l'arrivée de l'animal. Si la société requérante fait valoir qu'il s'agit d'une erreur imputable uniquement à la Ménagerie du Jardin des Plantes, ce n'est qu'en mars 2020, soit plus de trois ans après le retour de la femelle au parc zoologique du Cerza que la Ménagerie du Jardin des Plantes a contacté son organe de gestion, à la demande de la société Cerza. En outre, le préfet du Calvados soutient, sans être contredit par la société Cerza, que ce dernier a exposé le perroquet au public sans CIC valide pendant plusieurs années, l'établissement n'ayant saisi l'administration d'une demande de régularisation du CIC que le 6 juin 2020. Par ailleurs, la société requérante ne conteste pas le non-respect de ses obligations concernant l'enregistrement dans son registre des entrées et sorties des animaux, en méconnaissance de l'arrêté du 25 octobre 1995, alors en vigueur mais indique au contraire que son registre comporterait plusieurs autres erreurs. Dans ces conditions, la DREAL de la région Normandie n'a pas commis d'erreur de droit, en estimant que la société Cerza n'avait pas respecté les conditions légalement imposées aux détenteurs d'espèces en voie d'extinction et en refusant, pour ce motif, de régulariser le CIC " Présentation au public " de l'oiseau afin de permettre son exposition au public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
En ce qui concerne les deux juvéniles :
7. En premier lieu, l'article 54 du règlement (CE) n° 865/2006 : " Sans préjudice de l'article 55, un spécimen d'une espèce animale n'est considéré comme né et élevé en captivité que si un organe de gestion compétent, après avoir consulté une autorité scientifique compétente de l'État membre concerné, a la certitude que les critères suivants sont respectés: () ; / 2) le cheptel reproducteur a été constitué conformément aux dispositions légales qui lui étaient applicables à la date d'acquisition et d'une manière ne portant pas préjudice à la survie de l'espèce concernée dans la nature ; () ". En vertu de l'article 1er du règlement n° 865 /2006, la date d'acquisition mentionnée à l'article 54 de ce règlement, doit être entendue comme le prélèvement dans la nature, la naissance en captivité ou la reproduction artificielle ou la prise de possession pour la première fois.
8. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 30 juin 1998 : " I. - Sont soumis à l'autorisation prévue à l'article L. 412-1 du code de l'environnement la détention en vue de la vente, le transport en vue de la vente, la mise en vente, la vente, l'achat, l'acquisition à des fins commerciales, l'exposition à des fins commerciales, l'utilisation dans un but lucratif des spécimens des espèces figurant à l'annexe A du règlement du 9 décembre 1996 susvisé. Cette autorisation ne peut être accordée que lorsque les spécimens remplissent l'une des conditions suivantes : () 4° Spécimens d'une espèce animale nés et élevés en captivité conformément aux dispositions de l'article 54 du règlement du 4 mai 2006 précité ".
9. Il ressort des pièces du dossier que les deux juvéniles pour lesquels des CIC " Vente " ont été sollicités par la société Cerza sont issus du croisement d'un mâle de l'espèce Ara Maco numéroté O06060 et de la femelle Ara Macao M05019. Les spécimens issus d'un tel croisement doivent pour pouvoir faire l'objet d'une utilisation commerciale, remplir les conditions posées par les dispositions de l'article 54 du règlement (CE) n° 865/2006, ce dont l'organe national chargé de la gestion de la convention doit avoir la certitude. En l'espèce, il n'est pas contesté en défense que la femelle Ara Macao M05019 est la mère des juvéniles. Si le préfet du Calvados fait valoir que la péremption du CIC " Présentation au public " depuis le 27 novembre 2016 et les erreurs constatées dans le registre concernant l'entrée et la sortie de la femelle Ara Macao M05019 ne permet pas à la société Cerza de démontrer l'acquisition licite de l'animal, il ressort des pièces du dossier, ainsi que l'indique d'ailleurs le préfet en défense, que la femelle Ara Macao M05019 est née au parc zoologique et botanique de Mulhouse en 2004 et que la société Cerza est devenue propriétaire de l'animal, le 28 mars 2005. Dès lors, la société Cerza est fondée à soutenir que les conditions de constitution d'un cheptel reproducteur étaient conformes aux dispositions de l'article 54 du règlement (CE) n° 865/2006. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.
10. En second lieu, aux termes de l'article 59 du règlement (CE) n° 865/2006 : " () 5. Une dérogation prévue à l'article 8, paragraphe 3, du règlement (CE) no 338/97 ne peut être octroyée pour des vertébrés vivants que si le demandeur a démontré à l'organe de gestion compétent que les dispositions applicables de l'article 66 du présent règlement sont satisfaites. ". Aux termes de l'article 66 dudit règlement : " 2. Les oiseaux nés et élevés en captivité sont marqués conformément au paragraphe 8 ou, lorsque l'organe de gestion compétent est convaincu que cette méthode ne convient pas en raison des propriétés physiques ou comportementales de l'animal, au moyen d'un transpondeur à micropuce inaltérable portant un numéro spécifique et répondant aux normes ISO 11784 :1996 (E) et 11785 :1996 (E) () / 8. Les oiseaux nés et élevés en captivité, de même que ceux nés dans un milieu contrôlé, sont marqués à l'aide d'une bague fermée sans soudure portant un marquage distinctif. / Une bague fermée sans soudure est une bague ou un ruban en cercle continu, sans aucune rupture ou joint, qui n'a subi aucune manipulation frauduleuse, dont la taille ne permet pas de l'enlever de la patte de l'oiseau devenu adulte après avoir été placée dans les premiers jours de la vie de l'oiseau, et qui a été fabriquée commercialement à cette fin. ".
11. En l'espèce, il est constant que les deux juvéniles ont été marqués par transpondeur sans l'autorisation préalable de la DREAL de la région Normandie alors que l'article 66 du règlement précité prévoit que les oiseaux nés et élevés en captivité, comme c'est le cas en l'espèce des deux juvéniles, sont marqués à l'aide d'une bague fermée sans soudure portant un marquage distinctif. Or, la société ne pouvait ignorer les conditions de marquage en vigueur, la DREAL lui ayant rappelé d'ailleurs la réglementation en vigueur, par courrier du 13 avril 2012. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la DREAL n'avait pas à démontrer que la méthode de marquage par bague ne convient pas en raison des propriétés physiques ou comportementales de l'animal. Enfin, la circonstance que plusieurs DREAL ont délivré à des parcs zoologiques des CIC pour des oiseaux marqués par une puce est sans incidence, dès lors que la société Cerza n'a pas sollicité l'autorisation de la DREAL avant de procéder au marquage des juvéniles par transpondeur. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la DREAL a pu, sans commettre d'erreur de droit, refuser la délivrance des CIC " Vente " sollicités pour les deux juvéniles. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur de qualification juridique des faits doivent être écartés.
12. Il résulte de l'instruction que la DREAL de la région Normandie aurait pris la même décision en se fondant sur les seuls motifs tirés de la méconnaissance des articles 9 paragraphe 1 et 59 paragraphe 5 du règlement (CE) n° 865/2006, motifs qui justifient à eux-seuls la décision attaquée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Cerza n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 22 décembre 2020 par laquelle la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement de Normandie a refusé de lui délivrer des certificats intracommunautaires " Présentation au public " et " Vente " pour trois perroquets de l'espèce Ara Macao et la décision implicite rejetant son recours hiérarchique.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la société Cerza au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Cerza est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Cerza et au ministère de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Calvados.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Guillou, président,
- Mme Absolon, première conseillère,
- Mme Créantor, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
La rapporteure,
signé
V. CREANTOR
Le président,
signé
H. GUILLOU
La greffière,
signé
A. GODEY
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026