lundi 26 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2101483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 juillet 2021 et le 4 août 2022, Mme D B, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 mars 2021 par laquelle la rectrice de l'académie de Normandie a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 16 janvier 2020 et la décision du 29 avril 2021 par laquelle elle a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Normandie de réexaminer se demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la rectrice doit justifier la publication des arrêtés portant délégation de signature au profit des signataires des décisions des 22 mars 2021 et 29 avril 2021 ;
- l'imputabilité au service a été reconnue par une décision du 11 mars 2021 et elle a été remise en cause sans une procédure préalable contradictoire ;
- la rectrice de Normandie a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2022, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de Me Cavelier, représentant Mme B.
.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B, professeure des écoles, est affectée depuis septembre 2013 à l'établissement régional d'enseignement adapté de Hérouville-Saint-Clair. Le 16 janvier 2020 elle a eu une altercation avec le responsable de la vie scolaire. Suivant l'avis défavorable de la commission de réforme réunie le 27 janvier 2021, la rectrice de l'académie de Normandie a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'événement du 16 janvier 2020 par une décision du 22 mars 2021. Par une décision du 29 avril 2021, elle a rejeté son recours gracieux
2. En premier lieu, Mme B soutient que les actes portant délégation de signature seraient irréguliers faute d'avoir été régulièrement publiés. D'une part, l'arrêté du 29 septembre 2020, par lequel la rectrice de l'académie de Normandie a donné délégation de signature à l'adjointe à la cheffe de division des personnels de l'administration de l'académie de Normandie pour signer, a été publié le 30 septembre 2020 au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados sous le numéro R 28-2020-09-29-006. D'autre part, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision prise sur recours hiérarchique, qui constitue un vice propre dont la décision de rejet de ce recours serait entachée, ne peut être utilement invoqué à l'appui d'un recours dès lors que la décision de rejet du recours hiérarchique ne s'est pas substituée à la décision initiale. En tout état de cause, l'arrêté du 25 mars 2021, par lequel la rectrice de l'académie de Normandie a donné délégation de signature à l'adjointe au directeur des relations et ressources humaines de l'académie de Normandie pour signer a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Calvados du 2 avril 2021 n° R 28-2021-052. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des signataires des décisions attaquées doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
4. Mme B a été informée par une lettre du 11 mars 2021 du directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale du Calvados que ses " arrêts de travail depuis le 17.01.2020 ont été reconnus comme relevant d'un accident de service ". Toutefois, par un courrier du 25 mars 2021, la même autorité a informé Mme B que les termes de son précédent courrier étaient erronés et que seule la décision du 22 mars 2021 constituait la prise de position du rectorat de Normandie sur sa situation médico-administrative. Cette décision, notifiée avec les voies et délais de recours, reprenait les considérations de droit et de faits propres à la situation de la requérante et elle-seule pouvait constituer une décision administrative. Si le courrier du 11 mars 2021 mentionnait en effet que l'événement du 17 janvier 2020 devait être regardé comme un accident de service, il précisait aussi, de manière explicite, que la demande de congé de longue maladie à compter du 17 janvier 2020 avait fait l'objet d'un avis défavorable du comité médical départemental. Ce courrier, qui ne fait référence à aucun texte et à aucun fait, constitue une simple lettre d'information sur le sens de l'avis du comité médical départemental et non la manifestation du consentement de l'administration sur la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'événement du 17 janvier 2020 Cette simple lettre d'information, rédigée dans des termes équivoques de nature à induire en erreur la destinataire, ne peut pas être regardée comme une décision créatrice de droits. Dès lors, l'administration n'avait pas à mettre en œuvre une procédure contradictoire avant de notifier à Mme B la décision du 22 mars 2021 portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'événement du 16 janvier 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire doit être écarté.
5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident () ".
6. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.
7. Il ressort des pièces du dossier que, le 16 janvier 2020 en début d'après-midi,
Mme B a eu une altercation avec le responsable de la vie scolaire. Alors qu'elle devait assurer un cours en co-animation avec une autre enseignante qui était absente, le responsable de la vie scolaire lui a demandé de regrouper ses élèves qui croyaient ne pas avoir cours de 13 heures 30 à 15 heures et alors qu'elle pensait elle-même que ses élèves avaient été autorisés à ne pas assister à son cours. Un quart d'heure après le début du cours, le responsable de la vie scolaire, qui avait appris fortuitement que les élèves de la classe de Mme B souhaitaient quitter l'établissement, a trouvé l'enseignante buvant une tisane à l'infirmerie. Il lui a demandé de regrouper ses élèves et d'assurer son cours. A deux reprises, Mme B a informé le responsable de la vie scolaire qu'elle ne trouvait aucun élève alors que, selon le témoignage de deux assistants d'éducation, certains élèves étaient encore présents dans l'établissement, notamment regroupés à proximité du baby-foot. Vers 14 h 10, alors que Mme B estimait que, compte tenu de l'horaire, il n'était plus utile qu'elle continue à chercher ses élèves, le responsable de la vie scolaire lui a rappelée, sur un ton ferme voir virulent, ses obligations de service. Mme B est restée présente dans l'enceinte de l'établissement jusqu'au terme de sa journée de travail à 22 heures 30. Angoissée, elle a consulté le lendemain son médecin traitant qui lui a prescrit un arrêt de travail de quinze jours.
8. Il ressort des pièces du dossier que le responsable de la vie scolaire avait à gérer le départ anticipé d'élèves qui, selon leur emploi du temps, auraient dû être en cours avec la requérante. En raison de la passivité de Mme B et de la désorganisation qu'elle a créée en laissant des élèves livrés à eux-mêmes, le responsable de la vie scolaire a pu, sans commettre de faute lui rappeler ses obligations de service, même s'il n'était pas son supérieur hiérarchique. Les propos tenus par ce dernier n'ont pas excédé les limites normales de ses responsabilités dès lors qu'il doit s'assurer du respect des mouvements de sortie de l'établissement des élèves et veiller au bon ordre dans les zones récréatives et d'études. Ce rappel ne caractérise pas un événement soudain et violent qui serait à l'origine du syndrome anxio-dépressif dont souffre Mme B qui a d'ailleurs poursuivi son service dans la soirée au sein de l'établissement.
9. L'expert psychiatre qui a examiné Mme B le 1er juillet 2020 a diagnostiqué un trouble de l'adaptation avec manifestations mixtes anxieuses et dépressives de faible intensité dans un contexte de conflit professionnel. Il a constaté que l'enseignante était suivie par un psychiatre, depuis 2018, et qu'un traitement médicamenteux lui était prescrit. Il a conclu à l'absence de lien entre l'événement du 16 janvier 2020 et les lésions évoquées et à l'absence de prise en charge des arrêts de travail et des soins au titre de la législation des accidents du travail. Selon les certificats médicaux produits par la requérante, le contexte conflictuel préexistait à l'événement du 16 janvier 2020 qui ne saurait dès lors être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service. D'ailleurs, le Dr A, médecin psychiatre, certifie que sa patiente déclare subir " depuis 2013 ce qu'elle vit comme des maltraitances institutionnelles répétées " et le Dr C, médecin généraliste, constatait, dès le 30 mars 2016, des troubles anxiodépressifs. S'agissant du contexte dans lequel elle exerce ses fonctions, Mme B soutient en particulier que l'organisation de ses emplois du temps des années scolaires 2018-2019 et 2019-2020 n'aurait pas pris suffisamment pris en compte ses disponibilités et l'éloignement de son domicile. Elle n'apporte toutefois aucun élément factuel à l'appui de ses allégations alors que les emplois du temps des enseignants sont établis en fonction de l'intérêt du service pour lequel ils se doivent d'être disponibles. Elle n'apporte ainsi aucun élément de nature à contredire les conclusions de l'expert psychiatre.
10. Dans ces conditions, les troubles anxio-dépressifs de Mme B ne peuvent pas être regardés comme ayant été causés par l'événement du 16 janvier 2020 qui, n'étant ni soudain ni violent, ne peut être susceptible d'être qualifié d'accident de service. Dès lors, l'arrêté du 22 mars 2021 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident dont elle déclare avoir été victime le 16 janvier 2020 n'est pas entaché d'erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2021 par lequel la rectrice de l'académie de Normandie a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 16 janvier 2020 et de la décision du 29 avril 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées par Mme B à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du rectorat de l'académie de Normandie qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Normandie.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
M. Berrivin, premier conseiller,
Mme Silvani, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2022.
Le rapporteur,
signé
A. E
Le président,
signé
X. MONDESERTLe greffier,
signé
A LAPERSONNE
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Le greffier,
A Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026