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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101497

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101497

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDEBELLE JOANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2021 et 18 février 2022, Mme K G, M. B A, M. N F, Mme D E, Mme I L, M. J M et Mme H C, représentés par Me Debelle, demandent au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 11 juin 2021 et du 9 septembre 2021 par lesquels le préfet du Calvados a délivré à la société DOM'ICI un permis de construire à titre précaire pour l'installation de dix-neuf bungalows pour hébergements d'urgence sur un terrain sis 29 bis rue du Marais à Caen ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés ont été signés par une autorité incompétente ;

- l'arrêté du 11 juin 2021 n'est pas motivé ;

- les arrêtés méconnaissent le plan de prévention des risques d'inondation de la Basse Vallée de l'Orne approuvé en 2008 ;

- ils sont entachés d'une erreur d'appréciation quant à l'existence d'une nécessité caractérisée justifiant la délivrance d'un permis de construire précaire dérogatoire aux règles d'urbanisme applicables ;

- le permis de construire délivré déroge de manière disproportionnée aux règles d'urbanisme applicables dans le secteur du projet, qu'il s'agisse de sa destination, de l'implantation des futures constructions, de l'absence de tout engazonnement ou encore de l'absence de toute place de stationnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2021, le préfet du Calvados conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 11 juin 2021 ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- et les conclusions de Mme O.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 juin 2021, le préfet du Calvados a délivré à la société DOM'ICI un permis de construire précaire, d'une durée inférieure à vingt-trois mois, afin de réaliser un centre d'hébergement d'urgence constitué de dix-neuf bungalows sur un terrain appartenant à l'Etat, pour une surface de plancher à créer de 242 m². En cours d'instance, le préfet a retiré cet arrêté par un arrêté du 9 septembre 2021. Les requérants demandent au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2021 :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 janvier 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 7 du 10 janvier 2020, le préfet du Calvados a délégué sa signature au directeur départemental des territoires et de la mer à l'effet de signer les permis de construire relevant de la compétence de l'Etat. Par un arrêté du 20 octobre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le directeur départemental a subdélégué sa signature dans ce domaine à la directrice adjointe, déléguée à la mer et au littoral, signataire de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'urbanisme : " Une construction n'entrant pas dans le champ d'application de l'article L. 421-5 et ne satisfaisant pas aux exigences fixées par l'article L. 421-6 peut exceptionnellement être autorisée à titre précaire dans les conditions fixées par le présent chapitre. / Dans ce cas, le permis de construire est soumis à l'ensemble des conditions prévues par les chapitres II à IV du titre II du présent livre ". Aux termes de l'article L. 421-5 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat arrête la liste des constructions, aménagements, installations et travaux qui, par dérogation aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4, sont dispensés de toute formalité au titre du présent code en raison : / a) De leur très faible importance ; / b) De la faible durée de leur maintien en place ou de leur caractère temporaire compte tenu de l'usage auquel ils sont destinés. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 421-6 du même code : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. ()". Aux termes de l'article L. 424-3 du même code : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives ou réglementaires mentionnées à l'article L.421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables. ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'une autorisation délivrée à titre précaire, pour une construction qui n'est pas dispensée de toute formalité en application du code de l'urbanisme et qui ne satisfait pas aux exigences fixées par l'article L. 421-6 de ce code, est, de par sa nature même, délivrée à titre dérogatoire aux règles d'urbanisme applicables. Une telle décision doit, dès lors, être motivée en application de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme. A ce titre, il incombe à l'autorité compétente, après avoir rappelé que la construction entre dans le champ d'application du permis de construire, d'indiquer précisément dans sa décision, d'une part, les règles mentionnées à l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme auxquelles le projet ne satisfait pas et, d'autre part, les motifs qui, en fonction des circonstances ou de la nature du projet, justifient que, à titre exceptionnel, il soit dérogé à ces mêmes règles.

5. Il est constant que l'arrêté du 9 septembre 2021 a eu précisément pour objet de préciser les motifs exceptionnels justifiant la délivrance d'un permis de construire à titre précaire à la société DOM'ICI, l'arrêté initial du 11 juin 2021 étant insuffisamment motivé sur ce point. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué indique que le projet s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du plan quinquennal pour le logement, la lutte contre le sans-abrisme 2018-2022 et la stratégie de prévention et lutte contre la pauvreté portée par le Gouvernement. Il précise également que le projet fait suite à l'appel à manifestation d'intérêt national sur l'accompagnement de personnes en situation de grande marginalité dans le cadre d'un lieu de vie innovant à dimension collective. En outre, l'arrêté mentionne explicitement les dérogations aux règles du plan local d'urbanisme accordées pour le projet. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, si l'arrêté attaqué, qui comporte une prescription selon laquelle les bungalows doivent être surélevés de 0,50 m du terrain d'assiette du projet, vise les dispositions relatives à la zone jaune du plan de prévention des risques d'inondation de la Basse Vallée de l'Orne approuvé le 10 juillet 2008, ces dispositions n'étaient toutefois plus en vigueur le 9 septembre 2021, date à laquelle l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du plan de prévention des risques d'inondation approuvé le 10 juin 2008 est inopérant et doit, dès lors, être écarté.

7. En dernier lieu, l'objet des dispositions relatives aux permis de construire précaires, figurant aux articles L. 433-1 et suivants du code de l'urbanisme, est d'autoriser, à titre exceptionnel, des constructions temporaires qui, sans respecter l'ensemble de la règlementation d'urbanisme applicable, répondent à une nécessité caractérisée, tenant notamment à des motifs d'ordre économique, social, culturel ou d'aménagement, et ne dérogent pas de manière disproportionnée aux règles d'urbanisme applicables eu égard aux caractéristiques du terrain d'assiette, à la nature de la construction et aux motifs rendant nécessaire le projet.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'objet du permis précaire attaqué est la création de dix-neuf bungalows pour vingt personnes, en réponse au constat d'un nombre insuffisant de places dans des structures d'accueil pendant la période du confinement. Ainsi qu'il été dit précédemment, le projet s'inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du plan quinquennal pour le logement, la lutte contre le sans-abrisme 2018-2022 et la stratégie de prévention et lutte contre la pauvreté portée par le Gouvernement. Si les requérants font valoir que d'autres structures existent dans le secteur, le projet autorisé constitue une expérimentation qui vise à offrir aux personnes en situation de grande marginalité une solution d'hébergement individuel avec un accompagnement pluridisciplinaire adapté à leurs besoins. Dès lors, le projet répond à une nécessité caractérisée d'ordre social.

9. D'autre part, les dérogations accordées aux règles d'urbanisme pour permettre l'installation provisoire d'un centre d'hébergement d'urgence, constitué de dix-neuf bungalows, démontables et sans fondation, en particulier l'utilisation non conforme à la destination de la zone UE dans lequel se situe le terrain d'assiette du projet, ne sont pas disproportionnées eu égard aux caractéristiques du terrain d'assiette, à la nature de la construction et aux motifs rendant nécessaire le projet. Par suite, le projet ne porte pas une atteinte disproportionnée aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de Caen.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 9 septembre 2021 par lequel le préfet du Calvados a délivré à la société DOM'ICI un permis de construire à titre précaire pour la réalisation de dix-neuf bungalows pour hébergements d'urgence.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 juin 2021 :

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'arrêté du 11 juin 2021 a été retiré par celui du 9 septembre 2021 dont la légalité est confirmée par le présent jugement. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 juin 2021.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge du préfet du Calvados, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 juin 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. F et autres est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. N F, désigné représentant unique des requérants, à la société DOM'ICI et au ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

signé

V. CREANTOR

La présidente,

signé

A. MACAUD

La greffière,

signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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