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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101561

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101561

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEXAVOUE NORMANDIE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juillet 2021 et 14 décembre 2022 sous le n° 2101561, M. et Mme A et F C, représentés par la SELARL Lexavoue Normandie, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 juin 2021 de la commission permanente du conseil départemental du Calvados autorisant la prise de possession provisoire des nouvelles parcelles et autorisant le président du conseil départemental à signer l'arrêté correspondant ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le président du conseil départemental a ordonné l'envoi en possession provisoire des nouvelles parcelles dans le cadre des opérations d'aménagement foncier agricole et forestier relatives à la déviation routière sur les communes de Bellengreville, Vimont, Frénouville, Moult-Chicheboville et Argences ;

3°) de mettre à la charge du département du Calvados la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté du 24 juin 2021 est entaché d'incompétence à défaut pour le département du Calvados de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée au profit du signataire de l'acte ;

- la délibération du 16 juin 2021 révèle que la commission permanente du conseil départemental n'a pas été destinataire des informations utiles pour se prononcer ;

- l'arrêté et la délibération attaqués ont été pris au vu de la décision du 8 juin 2021 de la commission départementale d'aménagement foncier du Calvados qui ne leur a pas été notifiée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 121-12 du code rural et de la pêche maritime ;

- ils sont illégaux dès lors que la décision du 28 mai 2021 de la commission intercommunale a été prise dans des conditions irrégulières, les règles de convocation, de composition, de quorum et de vote de cette commission n'ayant pas été respectées ; en outre, les membres de la commission intercommunale n'ont pas reçu une information sincère sur le contenu du projet ;

- la délibération du 16 juin 2021 de la commission permanente du conseil départemental a été adoptée alors que le quorum n'était pas atteint ;

- le projet est entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'elle aggrave ses conditions d'exploitation, en méconnaissance de l'article L. 121-1 du code rural et de la pêche maritime.

Par un mémoire, enregistré le 17 décembre 2021, le département du Calvados, représenté par Me Gorand, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente d'une régularisation des vices constatés, à titre très subsidiaire à l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2021 avec effet différé au 1er janvier 2023, à titre infiniment subsidiaire à l'annulation partielle de cet arrêté en ce qu'il concerne les apports et attributions de Mme et M. C et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

II- Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 juillet 2021 et 14 décembre 2022 sous le n° 2101562, M. et Mme A et F C, représentés par la SELARL Lexavoue Normandie, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 juin 2021 de la commission permanente du conseil départemental du Calvados autorisant la prise de possession provisoire des nouvelles parcelles et autorisant le président du conseil départemental à signer l'arrêté correspondant ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2021 par lequel le président du conseil départemental a ordonné l'envoi en possession provisoire des nouvelles parcelles dans le cadre des opérations d'aménagement foncier agricole et forestier relatives à la déviation routière sur les communes de Bellengreville, Vimont, Frénouville, Moult-Chicheboville et Argences ;

3°) de mettre à la charge du département du Calvados la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soulèvent les mêmes moyens que ceux invoqués dans la requête enregistrée sous le n° 2101561.

Par un mémoire, enregistré le 17 décembre 2021, le département du Calvados, représenté par Me Gorand, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit sursis à statuer dans l'attente d'une régularisation des vices constatés, à titre très subsidiaire à l'annulation de la délibération du 16 juin 2021 avec effet différé au 1er janvier 2023 et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 9 janvier 2024. Compte tenu des conditions météorologiques rendant impossible le maintien de cette audience, les parties ont été averties, dès le 9 janvier 2024, de ce que l'affaire était renvoyée à une audience le 12 janvier 2024.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- les conclusions de Mme D,

- et les observations de M. C et de Me Debuys, représentant le département du Calvados.

Considérant ce qui suit :

1. Les travaux nécessaires à la réalisation de la déviation de la route départementale 613 ont été déclarés d'utilité publique par un arrêté du préfet du Calvados du 11 février 2013. Par un arrêté du 5 mars 2018, le président du conseil départemental du Calvados a ordonné les opérations d'aménagement foncier sur le territoire des communes de Bellengreville, Vimont, Argences et Frénouville. La commission intercommunale d'aménagement foncier a validé, le 24 janvier 2019, les règles de classement des terres puis a proposé, le 28 mai 2021, l'envoi en possession provisoire des nouvelles parcelles afin de permettre aux exploitants agricoles de disposer du nouveau parcellaire avant la clôture de l'opération et le transfert de propriété. Cette commission a également examiné, au cours de cette même séance du 28 mai 2021, les réclamations présentées sur le projet. Le 8 juin 2021, la commission départementale d'aménagement foncier a émis un avis favorable sur l'envoi en possession provisoire des nouvelles parcelles. Le 16 juin 2021, la commission permanente du département du Calvados a approuvé la prise de possession provisoire des nouvelles parcelles et autorisé le président du conseil départemental à signer l'arrêté correspondant. Par un arrêté du 24 juin 2021, le président du conseil départemental a ordonné l'envoi en possession provisoire des nouvelles parcelles dans le cadre de l'aménagement foncier, à partir du 25 août 2021, pour tenir compte du rythme des récoltes. Par les deux requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme A et F C demandent l'annulation de la délibération du 16 juin 2021 de la commission permanente du conseil départemental du Calvados et de l'arrêté du 24 juin 2021 du président du conseil départemental.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la délibération du 16 juin 2021 de la commission permanente du conseil départemental du Calvados :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-10 du code rural et de la pêche maritime : " La commission départementale peut, à la demande de la commission communale ou intercommunale, proposer l'envoi en possession provisoire des nouvelles parcelles avant l'intervention de sa décision sur les réclamations. Cet envoi en possession fait l'objet d'une décision du conseil départemental qui doit être publiée à la mairie et notifiée aux intéressés ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la demande, formulée le 28 mai 2021, de la commission intercommunale d'aménagement foncier, la commission départementale d'aménagement foncier a proposé, le 8 juin 2021, l'envoi en possession provisoire des nouvelles parcelles. Par la délibération attaquée du 16 juin 2021, la commission permanente du conseil départemental a approuvé, à l'unanimité, cette proposition. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne ressort pas des pièces du dossier que les membres de la commission permanente du conseil départemental n'auraient pas disposé d'une information claire et suffisante ni qu'ils n'auraient pas été mis à même d'exercer, en tant que de besoin, leur droit à l'information en prenant connaissance du dossier avant la réunion ou en demandant des précisions en séance, afin d'être à même de délibérer en toute connaissance de cause et d'exercer efficacement leur mandat. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le présent litige portant sur la décision d'envoi en possession provisoire des parcelles concernées par l'opération d'aménagement, les requérants ne sauraient utilement exciper de l'illégalité de la décision du 28 mai 2021 de la commission intercommunale d'aménagement foncier, qui n'a formulé, à l'attention de la commission départementale d'aménagement foncier, qu'une demande d'un tel envoi en possession provisoire. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision du 28 mai 2021 de la commission intercommunale a été prise dans des conditions irrégulières doit être écarté.

5. En dernier lieu, la circonstance que la décision du 8 juin 2021 de la commission départementale d'aménagement foncier, qui n'est, au demeurant, qu'une proposition d'envoi en possession provisoire, ne leur a pas été notifiée est sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée du 16 juin 2021. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 16 juin 2021 par laquelle la commission permanente du conseil départemental du Calvados a approuvé l'envoi en possession provisoire des nouvelles parcelles dans le cadre de l'aménagement foncier relatif à la déviation routière Bellengreville/Vimont et autorisé le président du conseil départemental à signer l'arrêté correspondant.

En ce qui concerne l'arrêté du 24 juin 2021 du président du conseil départemental :

7. En premier lieu, par un arrêté du 10 janvier 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département de janvier 2020, le président du conseil départemental a donné délégation à Mme E B, directrice domanialités et planification territoriale, à l'effet de signer toutes décisions et actes relatifs aux cessions et acquisitions foncières. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 24 juin 2021 doit, par suite, être écarté.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 4 et 5, les moyens tirés de l'illégalité de la décision du 28 mai 2021 de la commission intercommunale d'aménagement foncier et de ce l'absence de notification de la décision du 8 juin 2021 de la commission départementale d'aménagement foncier doivent être écartés.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-7 du code rural et de la pêche maritime : " Les décisions prises par la commission communale ou intercommunale peuvent être portées par les intéressés ou par le préfet ou le président du conseil départemental devant la commission départementale d'aménagement foncier. ". Aux termes de l'article L. 121-10 du même code : " La commission départementale d'aménagement foncier a qualité pour modifier les opérations décidées par la commission communale ou intercommunale d'aménagement foncier. Ses décisions peuvent, à l'exclusion de tout recours administratif, faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir par les intéressés ou par le préfet ou le président du conseil départemental devant la juridiction administrative. ".

10. M. et Mme C ne sauraient utilement, dans le présent litige qui concerne le seul envoi en possession provisoire des parcelles concernées par l'opération d'aménagement, contester le bien-fondé de la décision prise, le 28 mai 2021, par la commission intercommunale d'aménagement foncier s'agissant des terres attribuées aux différents propriétaires, la réclamation des requérants sur les apports et attributions devant être soumise à l'examen de la commission départementale d'aménagement foncier. Au surplus, les requérants ont contesté, par une requête distincte enregistrée sous le n° 2201211, la décision de la commission départementale d'aménagement foncier du 17 février 2022 se prononçant sur leur réclamation, décision intervenue postérieurement aux décisions attaquées dans la présente instance. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-1 du code rural et de la pêche maritime doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2021 du président du conseil départemental du Calvados.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Calvados une somme au titre des frais exposés par M. et Mme C pour la présente instance. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge des requérants la somme de 1 500 euros à verser au département du Calvados.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.

Article 2 : M. et Mme C verseront une somme de 1 500 euros au département du Calvados au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et F C et au département du Calvados.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Créantor, conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

Signé

V. CREANTOR

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

N°s 2101561-210156

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