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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101641

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101641

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL DOLLON AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2021 et 14 février 2023, le Syndicat autonome centre hospitalier public du Cotentin Cherbourg et Valognes, représenté par Me Poulain, demande au tribunal :

1°) d'annuler la note d'information du 20 janvier 2021 du centre hospitalier du Cotentin relative au temps partiel et aux heures supplémentaires non majorées ;

2°) d'enjoindre à la directrice du centre hospitalier public du Cotentin d'appliquer le régime des heures supplémentaires de droit public aux agents hospitaliers travaillant à temps partiel et de reconstituer la carrière des agents concernés ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier public du Cotentin une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive ;

- la note d'information constitue un acte faisant grief compte tenu de l'interprétation erronée du droit positif qu'elle comporte ;

- elle méconnaît les dispositions des décrets du 4 janvier 2002 et du 25 avril 2002 ;

- le principe de parité entre fonctions publiques est inopérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2021, le centre hospitalier public du Cotentin Cherbourg et Valognes, représenté par Me Dollon, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge du syndicat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est tardive et irrecevable ;

- la note d'information constitue un acte insusceptible de recours pour excès de pouvoir ;

- les autres moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 82-1003 du 23 novembre 1982 ;

- le décret n° 2002-9 du 4 janvier 2002 ;

- le décret n° 2002-598 du 25 avril 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Cecere, substituant Me Poulain, représentant le syndicat autonome centre hospitalier public du Cotentin Cherbourg et Valognes.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre hospitalier public du Cotentin (CHPC) a diffusé au personnel une note d'information du 20 janvier 2021 relative au temps partiel et aux heures supplémentaires non majorées, selon laquelle les heures supplémentaires effectuées par les agents travaillant à temps partiel et n'effectuant pas la durée légale du travail ne sont pas majorées. Le Syndicat autonome centre hospitalier public du Cotentin Cherbourg et Valognes a saisi le centre hospitalier d'un recours gracieux le 29 mars 2021. Le CHPC a adressé un courrier au syndicat autonome le 9 avril 2021 et une réunion entre les deux parties s'est tenue le 29 juin 2021. Par la présente requête, le syndicat autonome demande au tribunal d'annuler la note d'information du 20 janvier 2021 du CHPC relative au temps partiel et heures supplémentaires non majorées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction en vigueur à la date d'introduction de la requête : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".

3. Aucun principe général non plus qu'aucune règle ne s'oppose à ce que la publication d'une décision réglementaire régissant la situation des personnels d'un établissement public prenne la forme d'une mise en ligne de cette décision sur l'Intranet. Toutefois, ce mode de publicité n'est susceptible de faire courir le délai de recours contentieux à l'égard des intéressés et des groupements représentatifs du personnel qu'à la condition, d'une part, que l'information ainsi diffusée puisse être regardée, compte tenu notamment de sa durée, comme suffisante et, d'autre part, que le mode de publicité par voie électronique et les effets juridiques qui lui sont attachés aient été précisés par un acte réglementaire ayant lui-même été régulièrement publié.

4. Si le CHPC fait valoir que la note de service attaquée a fait l'objet d'une diffusion le 20 janvier 2021, il n'apporte aucun élément en ce sens. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une publicité adéquate de la note de service ait été effectuée. Dans ces conditions, le centre hospitalier n'est pas fondé à soutenir que les conclusions analysées ci-dessus seraient tardives et, par suite, irrecevables.

5. En second lieu, les mesures prises à l'égard d'agents publics qui compte tenu de leurs effets ne peuvent être regardées comme leur faisant grief constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur horaire de travail, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou de leur contrat ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux ni n'emportent de perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre de telles décisions, à moins qu'elles ne traduisent une discrimination ou une sanction, est irrecevable.

6. La note d'information du CHPC du 20 janvier 2021 fixe les modalités d'indemnisation des heures supplémentaires des agents à temps partiel en prévoyant que celles réalisées dans un cycle de travail sans dépassement de la durée légale du travail ne sont pas majorées. Cette note, qui a une incidence sur la rémunération des agents concernés, fait grief à ces derniers. Elle est par suite susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

7. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense doivent être écartées.

En ce qui concerne la légalité de l'acte :

8. Aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983, dans sa version applicable au litige : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant le traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement ainsi que les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. S'y ajoutent les prestations familiales obligatoires () ". Aux termes de l'article 9 du décret du 4 janvier 2002 applicable aux établissements mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable au litige : " Le travail est organisé selon des périodes de référence dénommées cycles de travail définis par service ou par fonctions et arrêtés par le chef d'établissement après avis du comité technique d'établissement ou du comité technique. / Le cycle de travail est une période de référence dont la durée se répète à l'identique d'un cycle à l'autre et ne peut être inférieure à la semaine ni supérieure à douze semaines ; le nombre d'heures de travail effectué au cours des semaines composant le cycle peut être irrégulier. / Il ne peut être accompli par un agent plus de 44 heures par semaine. / Les heures supplémentaires et repos compensateurs sont décomptés sur la durée totale du cycle. Les repos compensateurs doivent être pris dans le cadre du cycle de travail ". Aux termes de l'article 4 du décret du 25 avril 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires, applicable aux mêmes établissements : " () sont considérées comme heures supplémentaires les heures effectuées à la demande du chef d'établissement, dès qu'il y a dépassement des bornes horaires définies par le cycle de travail / Le travail supplémentaire, tel que défini ci-dessus, accompli entre 21 heures et 7 heures du matin est considéré comme travail supplémentaire de nuit ".

9. Aux termes de l'article 3 du décret du 23 novembre 1982 relatif aux modalités d'application du régime de travail à temps partiel des agents titulaires des établissements d'hospitalisation publics et de certains établissements à caractère social : " Les heures supplémentaires accomplies par les fonctionnaires autorisés à travailler à temps partiel sont rémunérées dans les conditions prévues par les articles 7 et 8 du décret n° 2002-598 du 25 avril 2002 relatif aux indemnités horaires pour travaux supplémentaires ". Selon les articles 7 et 8 de ce décret du 25 avril 2002, dans sa version applicable au litige : " A défaut de compensation sous la forme d'un repos compensateur, les heures supplémentaires sont indemnisées dans les conditions ci-dessous. / La rémunération horaire est déterminée en prenant pour base le traitement brut annuel de l'agent concerné, au moment de l'exécution des travaux, augmenté, le cas échéant, de l'indemnité de résidence, le tout divisé par 1820. / Cette rémunération est multipliée par 1,25 pour les 14 premières heures supplémentaires et par 1,27 pour les heures suivantes " et " L'heure supplémentaire est majorée de 100 % lorsqu'elle est effectuée de nuit et des deux tiers lorsqu'elle est effectuée un dimanche ou un jour férié ".

10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les heures supplémentaires sont celles qui excèdent les bornes horaires définies par le cycle de travail. La majoration, telle que fixée aux articles 7 et 8 du décret du 25 avril 2002, doit s'appliquer aux heures supplémentaires effectuées par un agent à temps partiel relevant de la fonction publique hospitalière lorsqu'elles excèdent celles prévues par son cycle de travail, quand bien même les heures effectuées n'excèderaient pas la durée d'un temps de travail à temps plein, sous réserve du bénéfice de repos compensateur.

11. Le CHPC fait valoir en défense que le cycle de travail applicable à l'établissement est défini par référence à une activité à temps plein. Toutefois, cette situation ne ressort ni des textes mentionnés ci-dessus, ni des documents transmis par l'établissement relatifs à ces cycles. Les documents transmis mentionnent notamment un cycle de sept semaines pour des agents à 80 % fixant à quatorze le nombre de journées de travail de douze heures dans le cycle, soit 168 heures par cycle, ainsi que des bornes horaires journalières. Enfin, le CHPC fait valoir que la note d'information en litige permet de respecter le principe de parité entre les fonctions publiques. Toutefois, en tout état de cause, si ce principe fait obstacle à ce que des collectivités territoriales ou des établissements hospitaliers puissent attribuer à leurs agents des rémunérations qui excéderaient celles auxquelles peuvent prétendre les agents de l'Etat occupant des fonctions ou ayant des qualifications équivalentes, il n'a pas pour conséquence que le pouvoir réglementaire serait tenu de prévoir des règles d'organisation du travail analogues dans les trois fonctions publiques. Au surplus, les différences instaurées par le pouvoir réglementaire en l'espèce résultent des spécificités des missions des agents hospitaliers. Dans ces conditions, la note en litige du CHPC qui prévoit, par principe, que l'agent à temps partiel ne peut pas bénéficier d'heures supplémentaires majorées dès lors qu'il ne dépasse pas la durée légale de travail d'un temps plein dans un cycle de travail, méconnaît les dispositions combinées ci-dessus rappelées et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Compte tenu des motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre à la directrice du CHPC d'appliquer le régime des heures supplémentaires de droit public, tel que défini par les dispositions citées aux points 8 et 9 du présent jugement, aux agents hospitaliers travaillant à temps partiel et de réexaminer leur situation au regard des heures supplémentaires effectuées et, le cas échéant, de reconstituer les droits des agents concernés, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les dépens :

13. La présente instance n'ayant généré aucun dépens, la demande présentée à ce titre par le syndicat requérant ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier public du Cotentin une somme de 1 500 euros à verser au syndicat au titre des frais de même nature.

D E C I D E :

Article 1er : La note d'information du 20 janvier 2021 du centre hospitalier public du Cotentin est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la directrice du centre hospitalier public du Cotentin d'appliquer le régime des heures supplémentaires de droit public, tel que défini par les dispositions citées aux points 8 et 9 du présent jugement, aux agents hospitaliers travaillant à temps partiel et de réexaminer leur situation au regard des heures supplémentaires effectuées et, le cas échéant, de reconstituer les droits des agents concernés, dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le centre hospitalier public du Cotentin versera une somme de 1 500 euros au Syndicat autonome centre hospitalier public du Cotentin Cherbourg et Valognes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au Syndicat autonome centre hospitalier public du Cotentin Cherbourg et Valognes et au centre hospitalier public du Cotentin.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. ARNIAUD

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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