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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101772

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101772

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDESMONTS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 août 2021 et le 8 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Desmonts, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2021 par lequel le maire de la commune d'Argences a refusé de lui délivrer un permis de construire pour l'extension d'une maison d'habitation, ensemble la décision du 21 juin 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune d'Argences de réexaminer sa demande de permis de construire ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Argences une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le classement de la parcelle d'assiette du projet en zone N2 du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; la parcelle devrait être classée en zone A ;

- l'extension projetée est conforme aux prescriptions du plan local d'urbanisme pour la zone agricole.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 mars 2022 et le 25 octobre 2024, la commune d'Argences, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas,

- les conclusions de Mme Remigy, rapporteure publique,

- et les observations de Me Desmont, représentant M. A, et de Me Châles, représentant la commune d'Argences.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 janvier 2021, M. B A a déposé une demande de permis de construire en vue de régulariser la construction d'une extension de sa maison d'habitation situé 519 chemin de Blamont au lieu-dit Le Mesnil de la commune d'Argences (Calvados). Par un arrêté du 10 mars 2021, le maire de cette commune a refusé de lui délivrer le permis de construire sollicité. M. A a adressé au maire de la commune un recours gracieux, qui a été rejeté le 21 juin 2021. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort de la décision attaquée que le maire de la commune d'Argences a refusé de délivrer le permis de construire sollicité par M. A au motif que le terrain d'assiette de la construction est situé en zone N du plan local d'urbanisme, dont l'article N 2 du règlement n'autorise, dans cette zone, les extensions que dans la limite de 20 % d'emprise au sol supplémentaire et jusqu'à concurrence de 40 m² d'emprise au sol supplémentaire, prescriptions que l'extension de M. A méconnaît.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ". Aux termes de l'article R. 151-17 du même code : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section. ". Aux termes de l'article R. 151-24 de ce code : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; () 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; () ".

4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. Le plan local d'urbanisme de la commune d'Argences, librement accessible sur le site Géoportail de l'urbanisme, et notamment le projet d'aménagement et de développement durable annexé à ce plan, prévoit une préservation des sièges agricoles pérennes, protégés d'un voisinage résidentiel trop rapproché, et l'interdiction du mitage dans l'espace agricole, ainsi que, pour le hameau du Mesnil où se situe la parcelle litigieuse, un maintien en l'état des zones d'urbanisation diffuse. Le rapport de présentation de la modification n° 2 du plan local d'urbanisme, approuvé par délibération du conseil municipal du 20 janvier 2017, fait état de la volonté des auteurs des documents d'urbanisme de la commune de classer les secteurs pouvant recevoir une constructibilité agricole sans limite en zone A, et ceux nécessitant des protections, notamment en raison du voisinage de quartier de logement, en zone N afin d'en encadrer strictement la constructibilité et d'y interdire les installations classées agricoles.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du règlement graphique du plan local d'urbanisme, que le terrain d'assiette de la construction en litige comporte une activité agricole et se situe au sein d'une zone à caractère essentiellement naturel, se prolongeant au nord, au sud et à l'est par de vastes parcelles naturelles et agricoles. A l'ouest, elle est à proximité des habitations du lieu-dit Le Mesnil, zone d'urbanisation diffuse. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, la commune d'Argences a fait le choix de préserver en l'état ce secteur en encadrant strictement la constructibilité de la zone en raison du voisinage d'un quartier de logement. Dans ces conditions, le caractère agricole de l'exploitation de M. A et des terrains avoisinants, qui n'est pas discuté, ne fait pas obstacle à ce que son terrain soit classé en zone N du plan local d'urbanisme. Dès lors, en procédant à ce classement, la commune d'Argences n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En second lieu, en l'absence d'illégalité relevée à l'encontre du classement en zone N de la parcelle de M. A, le moyen tiré de la conformité de l'extension édifiée aux dispositions applicables à la zone agricole du règlement du plan local d'urbanisme ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mars 2021 par lequel le maire de la commune d'Argences a refusé de lui délivrer le permis de construire qu'il sollicitait ni, en tout état de cause, de la décision du 21 juin 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune d'Argences la somme que demande M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros à verser à la commune en application de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la commune d'Argences une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Argences.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- Mme Sénécal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

C. DUCOS DE SAINT BARTHÉLÉMY DE GÉLAS

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUDLa greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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