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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101801

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101801

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101801
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Caen a rejeté comme irrecevable la requête de M. A, détenu, qui contestait le refus du garde des sceaux de l’affecter au centre pénitentiaire de Caen. Le tribunal a jugé que cette décision constituait une mesure d’ordre intérieur insusceptible de recours pour excès de pouvoir, car elle ne portait pas atteinte à ses droits fondamentaux. Il a notamment estimé que l’objectif de réinsertion sociale n’est pas un droit fondamental et que l’intéressé avait refusé des offres de travail à Argentan, établissement disposant d’ateliers similaires à ceux de Caen. La requête a donc été rejetée sans examen au fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2021, et des pièces complémentaires enregistrées les 1er septembre 2021, 18 octobre 2021 et 7 avril 2022, M. B C A demande au tribunal d'annuler la décision du 8 juillet 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de faire droit à sa demande de changement d'affectation et l'a maintenu au centre pénitentiaire d'Argentan.

Il soutient que :

- la décision attaquée lui fait grief ;

- elle porte atteinte à ses droits fondamentaux dès lors qu'elle ne lui permet pas de s'investir dans son parcours d'exécution de peine ni dans son projet de formation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, la décision litigieuse constituant une mesure d'ordre intérieur et ne portant pas atteinte aux droits fondamentaux de l'intéressé ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, écroué depuis le 1er mars 2010, était détenu depuis le 21 mai 2019 au centre pénitentiaire d'Argentan. Par une décision du 8 juillet 2021, dont il demande l'annulation, le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé sa demande de changement d'affectation vers le centre pénitentiaire de Caen.

2. Eu égard à leur nature et à leurs effets sur la situation des détenus, les décisions refusant de donner suite à la demande d'un détenu de changer d'établissement ne constituent pas des actes administratifs susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus. Doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus les décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui excède les contraintes inhérentes à leur détention. L'objectif de réinsertion sociale des détenus n'est pas au nombre des droits et libertés fondamentaux des détenus.

3. En l'espèce, M. A soutient que la décision attaquée nuit à sa réinsertion et à l'exécution de sa peine dès lors qu'elle ne lui permet pas d'obtenir de travail, ni de valider une formation pratique en métallurgie suite à l'obtention de son certificat d'aptitude professionnelle en soudure. Toutefois, et alors en tout état de cause que l'objectif de réinsertion sociale des détenus n'est pas au nombre des droits et libertés fondamentaux des détenus, il ressort des pièces du dossier que le requérant a refusé un classement aux ateliers au sein du centre pénitentiaire d'Argentan à plusieurs reprises, et que cet établissement dispose, de la même manière que le centre pénitentiaire de Caen, d'ateliers de production relatif à des activités de façonnage, montages, assemblages et petit usinage. Compte tenu de ces éléments, la décision attaquée doit être regardée comme une mesure d'ordre intérieur insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée comme irrecevable dans l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de la justice, garde des sceaux.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLANLe greffier,

Signé

D. DUBOST

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier en chef,

D. Dubost

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