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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2101906

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2101906

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2101906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 août 2021, M. C A, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler dix-neuf décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a prononcé divers retraits de points du solde affecté à son permis de conduire à la suite d'infractions commises entre le 28 avril 2012 et le 24 janvier 2020, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a jamais été rendu destinataire des décisions référencées 48N par lesquelles le ministre de l'intérieur a prononcé ces différents retraits de points ;

- ces décisions ont été adoptées à l'issue de procédures irrégulières dès lors qu'il n'a jamais reçu l'information obligatoire prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement à leur adoption ;

- les décisions en litige méconnaissent les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route dès lors que la réalité des infractions sur lesquelles elles se fondent n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de retrait de points relative à l'infraction du 24 janvier 2020, dès lors que cette décision n'est plus mentionnée sur le relevé intégral d'information ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points relatives aux infractions des 24 août 2017 et 10 novembre 2015, dès lors que ces décisions ont fait l'objet d'une restitution de points ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par dix-neuf décisions adoptées à la suite d'infractions au code de la route commises entre le 28 avril 2012 et le 24 janvier 2020, le ministre de l'intérieur a procédé à divers retraits de points du solde affecté au permis de conduire de M. C A. Par un courrier du 8 juin 2021, M. A a saisi le ministre de l'intérieur d'une demande tendant à la communication de ces différentes décisions et a sollicité leur retrait. Le silence gardé sur ces demandes à fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, M. A demande l'annulation de dix-neuf décisions prononçant des retraits de points et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le relevé d'information intégral de M. A ne mentionne plus le retrait de points intervenu à la suite de l'infraction relevée le 24 janvier 2020. Ainsi, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant procédé au retrait de cette décision. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision ayant perdu leur objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

3. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral produit en défense, que le solde de neuf points affecté au permis de conduire du requérant ne prend pas en compte les retraits de points correspondant aux infractions relevées les 10 novembre 2015 et 24 août 2017. Si le relevé d'information intégral fait référence à ces infractions, il ne fait pas état de retraits de points pour lesdites infractions. Ainsi, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant restitué l'ensemble de ces points. Dès lors, les conclusions aux fins d'annulation de ces décisions de retrait de points ayant perdu leur objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

En ce qui concerne l'infraction relevée le 24 février 2017 :

5. En premier lieu, l'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-14 du même code, issues d'un arrêté du 2 juin 2009, ultérieurement reprises à l'article A. 37-19 issu d'un arrêté du 13 mai 2011 et modifié par un arrêté du 6 mai 2014, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issues d'un arrêté du 4 décembre 2014, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. Lorsqu'une infraction entraînant retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme à ces dispositions, dont la mise en œuvre a été généralisée à l'occasion d'une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Par ailleurs, la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. Enfin, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

7. Pour contester la légalité du retrait de point consécutif à l'infraction du 24 février 2017, le requérant soutient qu'il n'a pas reçu l'information préalable exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette infraction a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique d'infraction dressé après interception du véhicule. Le procès-verbal ainsi établi comportait l'ensemble des informations devant être portées à la connaissance de la personne verbalisée. En outre, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que l'absence de signature, par le requérant, du procès-verbal électronique ne le prive pas de force probante dès lors que la mention " refus de signer " a été inscrite par l'agent verbalisateur en bas de ce document. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les infractions relevées le 28 avril 2012, le 25 octobre 2013, le 28 janvier 2014 et le 4 novembre 2019 :

8. L'omission de la formalité prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester. Cette dernière condition est également remplie lorsque la condamnation intervient selon la procédure simplifiée régie par les articles 524 et suivants du code de procédure pénale, qui permettent au juge de statuer sans débat préalable sur une contravention de police, mais qui réservent la possibilité, pour le prévenu, de former opposition à l'ordonnance pénale ainsi prononcée et d'obtenir que l'affaire soit portée à l'audience du tribunal de police ou de la juridiction de proximité dans les formes de la procédure ordinaire.

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, que les infractions relevées à son encontre le 28 avril 2012, le 25 octobre 2013, le 28 janvier 2014 et le 4 novembre 2019 ont respectivement fait l'objet de condamnation pénales devenues définitives le 30 décembre 2012, le 29 janvier 2014, le 20 mai 2014 et le 30 janvier 2020. Dans ces conditions, et alors que M. A n'allègue pas avoir contesté ces différentes condamnations pénales, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie substantielle. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne les infractions relevées le 23 août 2013 et le 15 septembre 2013 :

10. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration était revêtu des mentions qui permettaient au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il serait procédé au retrait de points et qui portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet.

11. Il résulte de l'instruction, notamment des attestations de paiement établies par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que M. A a procédé le 29 août 2018 au paiement des amendes forfaitaires majorées émises à son encontre le 6 novembre 2013 et le 27 novembre 2013. M. A n'établit pas, ni même n'allègue, que le paiement des titres exécutoires émis à son encontre pourrait résulter d'une procédure d'exécution forcée. Il ne démontre pas qu'il aurait reçu un avis d'amende forfaitaire majorée inexact ou incomplet. Dans ces conditions, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que le requérant doit être regardé comme ayant nécessairement reçu l'information exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré de ce que les retraits de points consécutifs à ces infractions sont entachés d'un vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne les infractions relevées le 19 janvier 2017, le 29 janvier 2017, le 20 février 2017 et le 16 mars 2017 :

12. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral, que les infractions relevées par radar automatique à ces dates ont fait l'objet de l'émission de titres exécutoires en vue du recouvrement de l'amende forfaitaire majorée afférente à chacune de ces contraventions. Il résulte de l'instruction et il n'est d'ailleurs pas contesté que les plis contenant les avis d'amende forfaitaire majorée afférents à ces infractions, qui ont été expédiés à l'adresse du requérant, ont été retournés avec la mention " avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ayant reçu une notification régulière de ces avis d'amendes forfaitaires majorées. Dès lors, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les infractions relevées le 16 septembre 2016, le 15 octobre 2016, le 13 novembre 2016, le 23 novembre 2016 et le 10 janvier 2017 :

13. La seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

14. Il résulte du relevé d'information intégral que ces infractions ont été constatées par l'intermédiaire d'un radar automatique puis télétransmises au CNT-CSA, donnant lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Ces seules mentions ne permettent pas d'établir que les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été portées à la connaissance du requérant. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. En l'espèce, ces infractions, correspondant à un excès de vitesse inférieur à 20 km/h pour une vitesse autorisée supérieure à 50 km/h, ont été précédées de plusieurs infractions de même nature, notamment celle du 10 février 2016 dont la légalité n'est pas contestée par M. A. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ayant déjà bénéficié, à l'occasion d'une infraction précédente, de l'ensemble des informations légalement exigées. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

Sur le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité des infractions :

15. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou, en cas d'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre.

16. Il résulte de l'instruction que l'ensemble des infractions en litige ont fait l'objet d'une condamnation pénale devenue définitive ou ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le requérant ne justifie pas avoir déposé une réclamation au sens de l'article 530 du code de procédure pénale entraînant l'annulation de tout ou partie de ces titres exécutoires. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant les retraits de points en litige, le ministre de l'intérieur aurait méconnu les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route dès lors que la réalité des infractions n'était pas établie. Ce moyen doit donc être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et de outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. BLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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