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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102056

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102056

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2021, Mme C A épouse B, représentée par Me Cacciapaglia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a refusé son reclassement et a procédé à son licenciement de son poste d'assistante familiale ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de l'Orne de la réintégrer dans ses fonctions avec effet rétroactif au 21 juillet 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière et à son reclassement, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil départemental de l'Orne une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle n'est pas motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été en mesure de comprendre la procédure de reclassement avant licenciement et de prendre connaissance de son entier dossier pour formuler des observations ;

- elle méconnaît le décret du 15 février 1988 dès lors que le département de l'Orne n'a pas mis en œuvre la procédure de reclassement de manière efficiente et concrète ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2022, le conseil départemental de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 27 février 2024, Mme B déclare maintenir sa requête.

Par un courrier du 29 mars 2024, et en application de l'article R. 611-10 du code de justice administrative, le conseil départemental de l'Orne a été invité à justifier de la compétence du signataire du courrier du 8 juillet 2021.

Par un courrier du 29 mars 2024, le conseil départemental de l'Orne a produit la pièce demandée, qui a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code du travail ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- les observations de Mme B.

Le conseil départemental de l'Orne n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 26 octobre 1958, exerçait la profession d'assistante familiale et, à ce titre, avait reçu un agrément du département de l'Orne pour l'accueil de deux enfants. Cet agrément, valable jusqu'en 2023, a été retiré en raison de son état de santé par une décision du 26 mars 2020. Mme B a admis son incapacité physique à recevoir des mineurs et n'a pas contesté cette décision de retrait d'agrément, qui est devenue définitive. Après un avis favorable de la commission consultative paritaire émis le 26 avril 2021, le président du conseil départemental de l'Orne a prononcé le licenciement de Mme B pour inaptitude physique, par une décision du 17 mai 2021 qui n'a pas fait l'objet de recours. Par un courrier du 16 juillet 2021 mentionnant la lettre de la direction des ressources humaines sur l'absence de possibilité de reclassement, le département de l'Orne a informé Mme B que son licenciement prendrait effet le 21 juillet suivant et que la prime de licenciement s'élevait à 9 308,28 euros. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 16 juillet 2021 portant refus de reclassement et licenciement.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu et d'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". L'article R. 421-5 du même code dispose : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. D'autre part, une décision dont l'objet est le même que celui d'une décision antérieure devenue définitive revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entretemps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

4. Si la requérante soutient que le courrier du 16 juillet 2021 comporte une décision portant refus de reclassement et de licenciement, il ressort des termes mêmes du courrier qu'après lui avoir rappelé la décision de licenciement du 17 mai 2021 pour inaptitude physique et la décision l'informant de l'impossibilité de son reclassement, il précise la date effective de son licenciement le 21 juillet 2021 et fixe le montant de sa prime de licenciement à hauteur de 9 308,28 euros. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 17 mai 2021 de licenciement pour inaptitude physique à son encontre avec un délai de préavis de deux mois comportait les voies et délais de recours opposables. Il n'est pas contesté que cette décision a été notifiée à Mme B qui n'a pas introduit de recours contentieux à son encontre. Dès lors, si la décision du 16 juillet 2021 mentionne la décision de licenciement du 17 mai 2021 devenue définitive, elle revêt, en l'absence de circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige, un caractère confirmatif. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la décision du 16 juillet 2021 est confirmative de la décision de licenciement du 17 mai 2021 sera accueillie.

5. En second lieu, il ressort du courrier du 16 juillet 2021, outre la mention à caractère recognitif de la date effective de son licenciement, qu'il notifie à Mme B le montant de la prime de licenciement qui lui est attribuée. Cette décision créatrice de droit étant une décision faisant grief, la fin de non-recevoir soulevée par le conseil départemental de l'Orne pour irrecevabilité des conclusions de Mme B contre cette décision sera écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

6. Le courrier du 16 juillet 2021 notifié le 31 juillet 2021 à Mme B a pour objet, d'une part, de fixer la date effective de son licenciement de son poste d'assistante familiale au 21 juillet 2021, et d'autre part, de lui notifier le montant de sa prime de licenciement à hauteur de 9 308,28 euros. Dans ce même courrier, le président du conseil départemental rappelle l'existence de la décision de licenciement du 17 mai 2021 pour inaptitude physique notifiée à la requérante, et mentionne le courrier de la direction des ressources humaines du conseil départemental de l'Orne l'informant de l'impossibilité de procéder à son reclassement. Au vu des termes employés, et en l'absence de preuve de notification à Mme B de la décision du 8 juillet 2021 de la direction des ressources humaines du conseil départemental produite en défense et portant refus de reclassement, la requérante doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 8 juillet 2021 portant rejet de sa demande de reclassement.

7. En premier lieu, la décision du 8 juillet 2021 a été signée par le directeur des ressources humaines du conseil départemental de l'Orne, qui justifie d'une délégation de signature, par arrêté du 1er juillet 2021, à l'exclusion des affaires réservées au président, pour signer toute correspondance courante et toute décision relative à la direction, les arrêtés concernant le personnel. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 5° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / (). " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante avait, à la date de la décision attaquée, été déclarée inapte à son poste d'assistante familiale. La décision du 8 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Orne a refusé de faire droit à la demande de reclassement présentée par Mme B ne mentionne aucune disposition législative ou réglementaire. Si le courrier précise l'absence de poste adapté pouvant être proposé à Mme B, la décision n'expose pas les considérations de droit qui en constituent le fondement. Par suite, la requérante est fondée à soutenir qu'elle est insuffisamment motivée en droit.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les articles L. 423-3 à L. 423-13, L. 423-15, L. 423-17 à L. 423-22, L. 423-27 à L. 423-33 et L. 423-35 s'appliquent aux assistants maternels et aux assistants familiaux employés par des personnes morales de droit public () ". Aux termes de l'article L. 422-6 du même code : " Les assistants maternels et les assistants familiaux employés par des collectivités territoriales sont des agents non titulaires de ces collectivités. Les dispositions particulières qui leur sont applicables compte tenu du caractère spécifique de leur activité, sont fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 422-1 du même code : " Les assistants maternels et les assistants familiaux des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale sont soumis aux dispositions du présent chapitre et aux dispositions des articles 16,19,31,37,38 et 41 du décret n° 88-145 du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents non titulaires de la fonction publique territoriale () ".

11. Aux termes de l'article 13 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " III. - A l'issue d'un congé de maladie, de grave maladie, d'accident du travail, de maladie professionnelle ou de maternité, de paternité, d'accueil d'un enfant ou d'adoption, lorsqu'il a été médicalement constaté par le médecin agréé qu'un agent se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, le licenciement ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent dans un emploi que la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement de ces agents n'est pas possible. / 1° Ce reclassement concerne les agents recrutés pour occuper un emploi permanent en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée lorsque le terme de celui-ci est postérieur à la date à laquelle la demande de reclassement est formulée. L'emploi de reclassement est alors proposé pour la période restant à courir avant le terme du contrat. / Il s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie hiérarchique ou à défaut, et sous réserve de l'accord exprès de l'agent, d'un emploi relevant d'une catégorie inférieure. / L'emploi proposé est adapté à l'état de santé de l'agent et compatible avec ses compétences professionnelles. La proposition prend en compte, à cette fin, les recommandations médicales concernant l'aptitude de l'agent à occuper d'autres fonctions au sein de la collectivité ou de l'établissement qui l'emploie. / L'offre de reclassement concerne les emplois des services relevant de l'autorité territoriale ayant recruté l'agent. L'offre de reclassement proposée à l'agent est écrite et précise ; 2° Lorsque l'autorité territoriale envisage de licencier un agent pour inaptitude physique définitive, elle convoque l'intéressé à un entretien préalable selon les modalités définies à l'article 42. A l'issue de la consultation de la commission consultative paritaire compétente, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. / Cette lettre précise le motif du licenciement et la date à laquelle celui-ci doit intervenir, compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis prévu à l'article 40. / Cette lettre invite également l'intéressé à présenter une demande écrite de reclassement, dans un délai correspondant à la moitié de la durée du préavis prévu à l'article 40 et indique les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont susceptibles de lui être adressées. L'agent peut renoncer à tout moment au bénéfice du préavis. () V. - Le licenciement ne peut intervenir sans que l'intéressé ait été mis à même de demander la communication de son dossier médical et de son dossier individuel. ". Aux termes de l'article 42 du même décret : " () Au cours de l'entretien préalable, l'autorité territoriale indique à l'agent le ou les motifs du licenciement. En cas de licenciement pour l'un des motifs prévus à l'article 13 ou aux 1° à 4° du I de l'article 39-3 l'employeur territorial informe l'agent du délai pendant lequel il doit présenter sa demande écrite de reclassement ainsi que les conditions dans lesquelles les offres de reclassement sont présentées. ".

12. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux agents publics, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. Ce principe est applicable en particulier aux agents contractuels de droit public. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.

13. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

14. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le médecin de prévention a conclu à une inaptitude totale et définitive de Mme B à la profession d'assistante familiale le 9 décembre 2019. Par courrier du 31 janvier 2020, la requérante a sollicité du département la mise en œuvre d'une procédure de reclassement à son bénéfice, et a demandé le report de l'entretien préalable de licenciement pour inaptitude physique prévu le 28 février 2020, qui s'est tenu le 18 juin 2020 en raison de la situation de crise sanitaire. Il ressort du compte rendu signé par la requérante de l'entretien préalable que sa demande de reclassement a été prise en compte et qu'elle a été informée des modalités et conditions du reclassement. Par ailleurs, il n'est pas contesté qu'elle a été contactée en mars 2020 par téléphone par les services départementaux pour échanger sur les éléments nécessaires à la recherche de reclassement, et qu'elle a transmis le 14 mai 2020 son curriculum vitae à la direction des ressources humaines du département. Suite à l'avis favorable de la commission consultative paritaire le 26 avril 2021 au licenciement de la requérante de son poste d'assistante familiale pour inaptitude physique, elle a reçu le courrier du 17 mai 2021 lui notifiant son licenciement pour inaptitude physique avec préavis de deux mois. Ce courrier mentionne expressément le courrier du 31 janvier 2020 de demande de reclassement de la requérante et indique que cette demande a été transmise à la direction des ressources humaines pour être étudiée. Enfin, si elle allègue ne pas avoir été informée du droit à communication de son dossier médical et de son dossier individuel, il ressort des courriers produits au dossier du conseil départemental de l'Orne des 18 février, 5 mars et 4 juin 2020 que Mme B a bien été informée de la possibilité de consulter son dossier. Ainsi, la seule circonstance que le conseil départemental de l'Orne n'ait pas invité dans son courrier du 17 mai 2021 Mme B à réitérer une demande de reclassement déjà antérieurement formulée, n'a eu aucune incidence sur la régularité de la procédure de licenciement et ne l'a privée d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure sera écarté.

15. En quatrième lieu, aux termes du III de l'article 13 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " A l'issue d'un congé de maladie, de grave maladie, d'accident du travail, de maladie professionnelle ou de maternité, de paternité, d'accueil d'un enfant ou d'adoption, lorsqu'il a été médicalement constaté par le médecin agréé qu'un agent se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, le licenciement ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent dans un emploi que la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement de ces agents n'est pas possible. /1° Ce reclassement concerne les agents recrutés pour occuper un emploi permanent en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée par contrat à durée indéterminée ou par contrat à durée déterminée lorsque le terme de celui-ci est postérieur à la date à laquelle la demande de reclassement est formulée. L'emploi de reclassement est alors proposé pour la période restant à courir avant le terme du contrat. / Il s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie hiérarchique ou à défaut, et sous réserve de l'accord exprès de l'agent, d'un emploi relevant d'une catégorie inférieure. / L'emploi proposé est adapté à l'état de santé de l'agent et compatible avec ses compétences professionnelles. La proposition prend en compte, à cette fin, les recommandations médicales concernant l'aptitude de l'agent à occuper d'autres fonctions au sein de la collectivité ou de l'établissement qui l'emploie. /L'offre de reclassement concerne les emplois des services relevant de l'autorité territoriale ayant recruté l'agent. L'offre de reclassement proposée à l'agent est écrite et précise ; / () / 5° Dans l'hypothèse où l'agent a formulé une demande de reclassement et lorsque celui-ci ne peut être proposé avant l'issue du préavis prévu à l'article 40, l'agent est placé en congé sans traitement, à l'issue du préavis, pour une durée maximale de trois mois dans l'attente d'un reclassement dans les conditions prévues au 1° ; / Le placement de l'agent en congé sans traitement suspend la date d'effet du licenciement. Une attestation de suspension du contrat de travail du fait de l'autorité territoriale est délivrée à l'agent. / L'agent peut à tout moment, au cours de la période de trois mois mentionnée ci-dessus, renoncer à sa demande de reclassement. Il est alors licencié. / En cas de refus de l'emploi proposé par l'employeur territorial ou en cas d'impossibilité de reclassement au terme du congé sans traitement de trois mois, l'agent est licencié. () ". Aux termes de l'article 40 du même décret : " L'agent recruté pour une durée indéterminée ainsi que l'agent qui, engagé par contrat à durée déterminée, est licencié avant le terme de son contrat, a droit à un préavis qui est de : () /- deux mois pour l'agent qui justifie auprès de l'autorité qui l'a recruté d'une ancienneté de services égale ou supérieure à deux ans (). ".

16. Mme B soutient que son droit à reclassement a été méconnu et que le conseil départemental de l'Orne a méconnu les dispositions du décret du 15 février 1988. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a formulé une demande de reclassement le 31 janvier 2020, qu'elle a été informée de son licenciement avec préavis de deux mois par courrier du 17 mai 2021 et que le rejet de sa demande de reclassement par le conseil départemental de l'Orne est intervenu le 8 juillet 2021, soit avant le terme de son délai de préavis de deux mois, la date de licenciement effectif étant le 21 juillet 2021 selon le courrier du 16 juillet 2021. Ainsi, la décision portant refus de reclassement étant intervenue avant l'issue du préavis prévu à l'article 40 du décret précité, Mme B n'avait pas à être placée en congé sans rémunération ou sans traitement à l'issue du préavis pour une durée maximale de trois mois dans l'attente d'un reclassement. Par ailleurs, si la requérante soutient que son employeur n'a pas mis en œuvre de façon " efficiente et concrète " la procédure de reclassement à son égard, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'antérieurement à la date d'effet de son licenciement, le conseil départemental ait disposé de postes équivalents à celui qu'elle occupait et compatibles avec son état de santé et les restrictions posées par la médecine préventive. La défense produisant les retours négatifs durant le premier trimestre 2021 des services de la collectivité sur les recherches de poste compatible au sein des différentes directions générales, il ne saurait être déduit de l'absence de proposition de poste que l'employeur n'aurait pas effectivement recherché à reclasser la requérante. Dans ces conditions, en l'absence d'emploi vacant d'un niveau équivalent à celui qu'occupait Mme B et compatible avec son état de santé à la date de son licenciement, le conseil départemental, qui est tenu à une obligation de moyens et non de résultats, n'a pas méconnu l'obligation de reclassement qui lui incombe en application des dispositions précitées de l'article 13 du décret du 15 février 1988. Le moyen sera écarté.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le conseil départemental de l'Orne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen sera écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du conseil départemental de l'Orne du 8 juillet 2021 portant refus de reclassement, pour défaut de motivation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

19. En vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, le tribunal peut prescrire d'office une telle mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution.

20. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle et en application des dispositions prévues au 5° du III de l'article 13 du décret du 15 février 1988 citées au point 15, que la procédure de reclassement de Mme B soit menée à son terme. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au conseil départemental de l'Orne de réintégrer la requérante au sein de ses effectifs à la date du 21 juillet 2021 pour y être placée en congés sans rémunération ou sans traitement pour une durée de trois mois, période à l'issue de laquelle elle sera licenciée. Il y a lieu d'enjoindre au conseil départemental de l'Orne d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil départemental de l'Orne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 juillet 2021 par laquelle le conseil départemental de l'Orne a rejeté la demande de reclassement de Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au conseil départemental de l'Orne de réintégrer Mme B dans ses effectifs à la date du 21 juillet 2021 pour y être placée en congés sans rémunération ou sans traitement pour une durée de trois mois, période à l'issue de laquelle elle sera licenciée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le conseil départemental de l'Orne versera à Mme B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au conseil départemental de l'Orne.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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