vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP PIELERG - KOLENC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 septembre 2021 et 20 mai 2022, la société Gaznat, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du conseil municipal de Lonrai du 28 septembre 2020 ;
2°) d'annuler la décision du 20 octobre 2020 par laquelle le maire de Lonrai a refusé de lui accorder une permission de voirie portant sur la voie communale n° 6 pour permettre l'accès à une unité de méthanisation au lieu-dit Hamel ;
3°) d'enjoindre au maire de Lonrai de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Lonrai une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le recours contre la délibération du conseil municipal de Lonrai du 28 septembre 2020 n'est pas tardif ;
- la délibération du 28 septembre 2020 est entachée d'incompétence ;
- la décision du 20 octobre 2020 est entachée d'incompétence négative dès lors que le maire s'est à tort cru lié par la délibération du conseil municipal ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle est fondée sur une atteinte à la sécurité routière ;
- la desserte par la voie n° 6 ne porte que sur une portion de 200 mètres peu fréquentée de la voie communale ;
- le risque d'atteinte à la sécurité publique est minime.
Par des mémoires enregistrés les 14 février 2022 et 27 juillet 2022, la commune de Lonrai, représentée par la SELARL Juriadis, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Gaznat une somme de 2 500 euros au titre des frais liés au litige, ainsi que les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- les conclusions tendant à l'annulation de la délibération du 28 septembre 2020 sont tardives ;
- les moyens de légalité externe, dirigés contre la délibération du 28 septembre 2020 et contre la décision du 20 octobre 2020, tirés de l'incompétence du conseil municipal et de l'incompétence négative du maire sont irrecevables faute d'avoir été soulevés à l'appui du recours gracieux ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- pourrait également fonder la décision contestée, par voie de substitution, le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté urbaine d'Alençon qui prévoit la possibilité, en présence d'une unité foncière bordée par plusieurs voies, de n'autoriser la création d'un accès que sur l'une d'elles pour des questions de sécurité routière.
Par des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés les 19 janvier 2022, 20 juin 2022 et 22 juin 2022, l'association " On se sent bien à Lonrai " s'associe aux conclusions en défense tendant au rejet de la requête de la société Gaznat.
Elle fait valoir que :
- son intervention est recevable ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un courrier du 17 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que la délibération du conseil municipal de Lonrai du 28 septembre 2020 ne constitue pas un acte faisant grief susceptible de recours.
La réponse au moyen d'ordre public, présentée par la société Gaznat, a été enregistrée le 21 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la voirie routière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- les observations de M. A, représentant la société Gaznat,
- les observations de Me Bosquet, représentant la commune de Lonrai,
- et les observations de M. B, représentant l'association " On se sent bien à Lonrai ".
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 juin 2020, la société Gaznat a obtenu un permis de construire une unité de méthanisation sur un terrain situé 10 rue du Hamel à Lonrai. La société Gaznat a sollicité, auprès du maire de Lonrai, une permission de voirie portant sur la voie communale n° 6 en vue de permettre l'accès à l'usine de méthanisation. Par une délibération du 28 septembre 2020, le conseil municipal de Lonrai a voté dans un sens défavorable à cette demande. Par une décision du 20 octobre 2020, le maire de Lonrai a refusé d'accorder à la société Gaznat la permission de voirie sollicitée. Par sa requête, la société Gaznat demande l'annulation de la délibération du 28 septembre 2020, de la décision du 20 octobre 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur l'intervention de l'association " On se sent bien à Lonrai " :
2. Eu égard à son objet, l'association " On ne sent bien à Lonrai " justifie d'un intérêt au maintien des décisions en litige. Son intervention est, par suite, recevable.
Sur les conclusions dirigées contre la délibération du 28 septembre 2020 :
3. La délibération par laquelle l'organe délibérant d'une collectivité territoriale émet un vœu, une prise de position ou une déclaration d'intention ou prend un acte à caractère préparatoire ne constitue pas un acte faisant grief et n'est donc pas susceptible de faire l'objet d'un recours devant le juge de l'excès de pouvoir même en raison de prétendus vices propres, à moins qu'il en soit disposé autrement par la loi.
4. Il ressort des termes de la délibération en litige que le maire de Lonrai a demandé au conseil municipal d'indiquer s'il était favorable à l'octroi à la société Gaznat d'une permission de voirie portant sur la voie communale n° 6 pour permettre l'accès à l'unité de méthanisation, après avoir entendu les membres de la commission méthanisation constituée en vue d'auditionner l'ensemble des acteurs du projet et de présenter au conseil municipal un rapport complet préalablement " à sa prise de position ". Le conseil municipal s'est prononcé dans un sens défavorable à la demande présentée par la société Gaznat. Sur la base de cet avis, le maire a refusé, par la décision du 20 octobre 2020, d'accorder la permission de voirie sollicitée. Il résulte de ce qui précède que la délibération du 28 septembre 2020, qui ne saurait être regardée comme la décision prise sur la demande présentée par la société Gaznat, constitue un simple avis et non un acte faisant grief, susceptible de recours. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Lonrai, les conclusions dirigées contre la délibération du 28 septembre 2020 sont irrecevables et doivent ainsi être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 octobre 2020 :
5. La requérante soutient que la décision du 20 octobre 2020 est entachée d'incompétence négative dès lors que le maire s'est cru à tort lié par la position prise par le conseil municipal le 28 septembre 2020.
6. D'une part, la commune fait valoir que ce moyen est irrecevable dès lors qu'il ne se rattache pas à l'une des causes juridiques soulevées par la société Gaznat à l'appui de son recours gracieux. Toutefois, s'il est constant qu'après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens présentés par le requérant qui ne se rattachent pas à l'une ou l'autre des deux causes juridiques, tirées de la régularité de la décision attaquée et de son bien-fondé, invoquée dans la requête avant l'expiration de ce délai, la règle de cristallisation des causes juridiques ainsi énoncée s'applique uniquement à l'expiration du délai de recours contentieux et non à celle du délai du recours gracieux. Par suite, le moyen d'incompétence négative entachant la décision du 20 octobre 2020 est recevable.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes de l'article R. 2122-4 du même code : " L'autorisation est délivrée par la personne publique propriétaire. () Pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public des collectivités territoriales, l'autorisation est délivrée dans les conditions prévues respectivement aux seconds alinéas des articles R. 2241-1, R. 3213-1 et R. 4221-1 du code général des collectivités territoriales () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Les autorisations d'occupation ou d'utilisation du domaine public communal sont délivrées par le maire ". Aux termes de l'article L. 113-2 du code de la voirie routière : " En dehors des cas prévus aux articles L. 113-3 à L. 113-7 et de l'installation par l'Etat des équipements visant à améliorer la sécurité routière, l'occupation du domaine public routier n'est autorisée que si elle a fait l'objet, soit d'une permission de voirie dans le cas où elle donne lieu à emprise, soit d'un permis de stationnement dans les autres cas. Ces autorisations sont délivrées à titre précaire et révocable ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance des permissions de voirie sur le domaine public communal relève de la compétence du maire.
8. En l'espèce, la décision du 20 octobre 2020 par laquelle le maire de Lonrai a rejeté la demande présentée par la société Gaznat est motivée comme suit : " Suite à la rencontre du 19 octobre 2020 avec la présence des membres de la commission méthanisation et à votre demande de permission de voirie de la voie communale n° 6, je vous informe que par délibération du 28 septembre 2020, le conseil municipal, à l'unanimité par 15 voix contre, n'est pas favorable à la demande de permission de voirie de la voie communale n° 6, pour l'accès à l'implantation d'une unité de méthanisation au Hamel (). Par conséquent, je ne peux pas vous accorder votre permission de voirie de la voie communale n° 6 ". Il ressort des termes mêmes de la décision du 20 octobre 2020 que le maire de Lonrai, qui avait initialement envisagé de donner son accord à la société Gaznat, s'est exclusivement borné à se référer à la délibération du conseil municipal en date du 28 septembre 2020 sans s'en approprier le sens et les motifs, ni exercer le pouvoir d'appréciation qui lui appartenait en propre et qu'il devait mettre en œuvre personnellement. Le maire s'est ainsi estimé à tort lié par la délibération du 28 septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit être accueilli.
9. Il résulte de ce qui précède que la société Grazat est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2020.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le motif d'annulation retenu au point 8 implique seulement que le maire de Lonrai prenne une nouvelle décision sur la demande présentée par la société Gaznat. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de prendre une nouvelle décision dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais du litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Gaznat, qui n'est pas partie perdante, la somme que demande la commune de Lonrai à ce titre. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Lonrai une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Gaznat et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'intervention de l'association " On se sent bien à Lonrai " est admise.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre la délibération du conseil municipal de Lonrai du 28 septembre 2020 sont rejetées.
Article 3 : La décision du 20 octobre 2020 par laquelle le maire de Lonrai a rejeté la demande de permission de voirie présentée par la société Gaznat ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux sont annulées.
Article 4 : Il est enjoint au maire de Lonrai de statuer à nouveau sur la demande présentée par la société Gaznat dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : La commune de Lonrai versera à la société Gaznat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Lonrai sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à la société Gaznat, à la commune de Lonrai et à l'association " On se sent bien à Lonrai ".
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Mondésert, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
C. C
Le président,
Signé
X. MONDESERT
La greffière,
Signé
A. LAPERSONNE
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A.Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026