vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102174 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre JU |
| Avocat requérant | ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2021, M. A B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 10 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que l'ensemble des décisions de retrait de points qu'elle récapitule ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire et de le créditer du nombre de points auquel il peut prétendre dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est recevable à demander l'annulation des décisions de retrait de points que récapitule la décision 48 SI en litige dès lors qu'elles ne lui ont jamais été notifiées ;
- les décisions de retrait de points sur lesquelles se fonde la décision 48 SI en litige sont entachées d'un vice de procédure et méconnaissent les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- il revient au ministre de l'intérieur de démontrer que l'information requise a été délivrée au requérant dans le cas où la réalité de l'infraction serait fondée sur l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire ;
- il revient au ministre de l'intérieur de démontrer que cette information a bien été délivrée au requérant dans le cas où l'infraction aurait donné lieu à un paiement immédiat de l'amende forfaitaire ;
- les décisions de retrait de points sur lesquelles se fonde la décision 48 SI en litige méconnaissent les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer concernant les infractions relevées le 8 octobre 2018 et le 28 juillet 2019 et au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les décisions de retrait de points intervenues consécutivement aux infractions relevées le 8 octobre 2018 et le 28 juillet 2019 ont fait l'objet d'un crédit de points en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route ; dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de ces décisions ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision référencée 48 SI du 10 août 2021, le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation du permis de conduire de M. A B pour solde de points nul en raison de retraits de points consécutifs à douze infractions relevées à l'encontre de M. B entre le 13 août 2018 et 19 décembre 2020. Par sa requête, M. B demande l'annulation de cette décision et des décisions de retrait de points qu'elle récapitule.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " Si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans le délai de deux ans à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, une nouvelle infraction ayant donné lieu au retrait de points, son permis est affecté du nombre maximal de points. () Toutefois, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur, que les points retirés consécutivement aux infractions relevées le 8 octobre 2018 et le 28 juillet 2019 ont fait l'objet d'une restitution de points en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route. Ces restitutions de points étant intervenues antérieurement à l'introduction de la requête, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dirigées contre ces décisions sont sans objet et doivent être rejetées comme étant irrecevables.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :
4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.
S'agissant de l'infraction relevée le 19 décembre 2020 :
5. Le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Enfin, en vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne un retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
6. Lorsqu'une infraction entraînant un retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions citées ci-dessus, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.
7. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, la circonstance que le contrevenant n'ait pas bénéficié, lors de la constatation de l'infraction, des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points.
8. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal électronique dressé par les forces de police le 19 décembre 2020, que l'ensemble des informations devant être portées à la connaissance du contrevenant figurent en bas de page de ce procès-verbal. Si le requérant a refusé de signer ce procès-verbal électronique, la mention " refus de signer " apposée par les forces de l'ordre a la même valeur probante qu'une signature du titulaire du permis de conduire. En outre, il résulte de l'instruction que cette infraction a fait l'objet d'une condamnation pénale définitive prononcée par le tribunal de police de Pontoise le 6 mai 2021. Dans ces conditions, et à la supposer établie, l'absence de l'information préalable exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la légalité de la décision de retrait de points en litige. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
S'agissant des infractions relevées les 15 et 26 juin 2020 :
9. Il résulte de l'instruction que M. B a été rendu destinataire de deux plis contenant les titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée relatifs aux infractions relevées les 15 et 26 juin 2020. Ces plis, qui ont fait l'objet d'un avis de distribution le 13 février 2021, n'ont pas été réclamés par M. B et ont été retournés à leur expéditeur. L'adresse postale figurant sur ces plis correspond à celle indiquée sur le relevé d'information intégral de M. B et sur la décision référencée 48 SI produite par le requérant, qui ne conteste d'ailleurs pas résider à cette adresse. Par suite, ces plis doivent être regardés comme ayant été régulièrement notifiés à M. B, qui n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie. Ce moyen doit donc être écarté.
S'agissant des infractions relevées le 13 août 2018, le 11 juillet 2020, le 15 juillet 2020, le 31 juillet 2020 à 21 h 08, à 21 h 43 et à 22 h 07 et le 4 septembre 2020 :
10. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration était revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet.
11. La seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.
12. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation de paiement établie par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes le 7 décembre 2021, que M. B a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 13 août 2018. Le requérant ne produit pas d'éléments de nature à mettre en doute l'exactitude des informations contenues dans ce document ou à établir que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public à son encontre, ou qu'il aurait reçu un titre exécutoire incomplet ou inexact. Dès lors, il découle de ces seules constatations que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points intervenu à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.
13. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'infraction relevée le 13 août 2018 à l'encontre de M. B n'est pas de même nature que celles relevées le 11 juillet 2020, le 15 juillet 2020, le 31 juillet 2020 à 21 h 08, à 21 h 43, à 22 h 07 et le 4 septembre 2020. Toutefois, il ressort du relevé d'information intégral que M. B a fait l'objet d'un retrait de point pour une infraction de même nature commise le 2 janvier 2018. Ainsi, et alors que M. B ne conteste pas la légalité de la décision de retrait de point consécutif à l'infraction du 2 janvier 2018, qui est devenue définitive, il n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une formalité substantielle. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. B.
Sur les frais de l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées le 8 octobre 2018 et le 28 juillet 2019.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. CLa greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026