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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102222

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102222

jeudi 24 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre JU
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2021, M. C A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler huit décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a prononcé des retraits de points du solde affecté à son permis de conduire à la suite d'infractions commises entre le 7 juillet 2019 et le 5 septembre 2020, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de créditer le solde de points affecté à son permis de conduire de l'ensemble des points illégalement retirés, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens ;

Il soutient que :

- les décisions en litige ont été adoptées à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a jamais reçu l'information préalable exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la seule émission des titre exécutoires d'amende forfaitaire majorée relatifs aux infractions du 20 mars 2019 et du 5 septembre 2020, ne permet pas d'établir qu'il aurait reçu cette information préalable ;

- le ministre de l'intérieur ne saurait soutenir que le requérant a pu bénéficier de cette information lors d'infractions précédentes récentes, dès lors qu'aucun élément ne permet d'établir qu'il s'agirait de la même infraction et que l'ensemble des informations requises lui auraient été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les infractions relevées le 21 mars 2020 et le 9 mai 2020 à 9 h 43 et à 10 h 03 ayant fait l'objet d'un retrait, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions ont perdu leur objet ;

- aucun des autres moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par huit décisions consécutives à des infractions routières commises entre le 7 juillet 2019 et le 5 septembre 2020, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé divers retraits de points du solde affecté au permis de conduire de M. C A. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces décisions de retrait de points et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A édité le 28 décembre 2021, que les mentions relatives aux infractions du 21 mars 2020 et du 9 mai 2020 à 9 h 43 et à 10 h 03 ne font pas référence à des retraits de points. Par suite, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant procédé au retrait de ces trois décisions de retrait de points. Dès lors, les conclusions présentées par M. A tendant à leur annulation ainsi que les conclusions aux fins d'injonction y afférentes ont perdu leur objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

En ce qui concerne les infractions relevées le 1er août 2019 et le 14 octobre 2019 :

4. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. En outre, avant même que ces mentions ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ainsi, ces indications mettent le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des deux attestations de paiement établies le 7 décembre 2021 par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que le requérant s'est acquitté du paiement des deux titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée émis en raison des infractions relevées le 1er août 2019 et le 14 octobre 2019. Ainsi, conformément à ce qui vient d'être exposé, le seul paiement de ces titres exécutoires conduit à regarder M. A comme ayant nécessairement reçu l'information préalable exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que ces deux décisions seraient entachées d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie substantielle. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'infraction relevée le 5 septembre 2020 :

6. La seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

7. Il résulte de l'instruction que, comme le soutient le requérant, le procès-verbal électronique dressé à l'occasion de l'infraction commise le 5 septembre 2020 ne permet pas d'établir à lui seul qu'il aurait reçu l'information légale imposée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le ministre de l'intérieur fait valoir en défense que l'absence d'une telle information n'a pas vicié la procédure d'adoption de la décision de retrait de points en litige, dès lors que le requérant avait reçu cette information pour une infraction relevée le 14 octobre 2019. Toutefois, cette infraction n'est pas de même nature que celle relevée le 5 septembre 2020. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme ayant bénéficié de l'ensemble des informations légalement exigées à l'occasion de l'infraction du 5 septembre 2020. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le retrait de trois points en litige a été prononcé à l'issue d'une procédure irrégulière. Dès lors, il y a lieu d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé un retrait de points du solde affecté à son permis de conduire à la suite de l'infraction relevée le 5 septembre 2020.

En ce qui concerne l'infraction relevée le 7 juillet 2019 :

8. La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Tant avant qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, que depuis l'entrée en vigueur de cet arrêté, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Enfin, la délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne saurait résulter de la seule circonstance qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de cette infraction et qu'un avis d'amende forfaitaire majorée a été adressé à l'intéressé, dès lors que l'administration n'établit pas que le contrevenant aurait reçu ces documents ou qu'il aurait payé l'amende forfaitaire majorée correspondante.

9. Aucun principe général ni aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer sa nouvelle adresse à l'autorité administrative en cas de changement de domicile. En outre, la circonstance que l'intéressé soit également titulaire du certificat d'immatriculation d'un véhicule et qu'en cette qualité il soit tenu, par les dispositions de l'article R. 322-7 du code de la route, de signaler son changement de domicile aux services compétents, est sans incidence sur l'étendue des obligations qui lui incombent en vertu des règles applicables au titre du permis de conduire.

10. Si le relevé d'information intégral produit en défense établit que M. A a été rendu destinataire d'un avis d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance n'est pas de nature à établir qu'il aurait payé cette amende et donc qu'il aurait nécessairement reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ni même, en l'absence de paiement, qu'il aurait bien reçu notification de cet avis d'amende forfaitaire majorée comportant cette information. En outre, contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur, M. A n'était pas tenu, en sa qualité de détenteur du permis de conduire, de signaler un changement d'adresse auprès de ses services. Compte tenu de ces éléments, le ministre de l'intérieur n'établit pas que M. A aurait reçu l'information requise préalablement à l'adoption de la décision de retrait d'un point relative à l'infraction du 7 juillet 2019. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que ce retrait de point a été prononcé à la suite d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne l'infraction relevée le 20 mars 2019 :

11. Il résulte de l'instruction que l'infraction relevée le 20 mars 2019 a été constatée à l'aide d'un appareil électronique. En l'absence de paiement de l'amende forfaitaire relative à cette infraction, un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à l'encontre de M. A. Si le ministre produit une copie de procès-verbal électronique dressé lors de la constatation de l'infraction, il résulte de l'instruction que ce procès-verbal électronique n'est pas signé par le requérant, ne comporte pas la mention d'un refus de signer ni l'ensemble des informations exigées par le code de la route. En outre, la production d'un historique des documents émis, mentionnant une notification de cet avis de contravention remis à la poste le 27 mars 2019 et indiquant " NON " dans la case " Retour NPAI " ne saurait justifier de la réception par l'intéressé de cet avis de contravention, ni davantage établir que le requérant a eu connaissance des informations requises avant la décision de retrait de points attaquée. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision du ministre lui retirant trois points de son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 20 mars 2019 a été prise au terme d'une procédure irrégulière et à en demander l'annulation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises le 20 mars 2019, le 7 juillet 2019 et le 5 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement implique seulement que le ministre de l'intérieur restitue au requérant les points illégalement retirés de son permis de conduire, dans la limite toutefois du plafond maximum de douze points dont tout permis de conduire est légalement doté. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus de lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises le 21 mars 2020 et le 9 mai 2020 à 9 h 43 et à 10 h 03.

Article 2 : Les décisions de retrait de points du permis de conduire de M. A consécutives aux infractions relevées le 20 mars 2019, le 7 juillet 2019 et le 5 septembre 2020 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. A les points illégalement retirés de son permis de conduire, dans la limite du plafond maximum de douze points dont tout permis de conduire est légalement doté, dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. BLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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