vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102241 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2021, M. A D, représenté par Me David, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 23 août 2021 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe a ordonné la suspension de l'accès aux lignes téléphoniques de sa mère pour une durée indéterminée ;
3°) de prendre toute mesure utile d'instruction pour solliciter la production de la retranscription de l'enregistrement du message vocal du 18 août 2021 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que la décision :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir respecté le principe du contradictoire ;
- méconnaît l'article 727-1 du code pénal ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est entachée d'une erreur de droit ;
- est entachée d'une inexactitude matérielle des faits ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Une mise en demeure a été adressée le 10 mai 2022 au garde des sceaux, ministre de la justice, en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient les conclusions aux fins d'injonction sont irrecevables et que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martinez a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D est incarcéré depuis le 3 septembre 2020 au centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe. Par une décision du 23 août 2021, dont il est demandé l'annulation, le directeur du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe a suspendu le contact par téléphone du détenu avec sa mère au motif que des échanges téléphoniques du 18 août précédent avaient donné lieu à un transfert d'enregistrements de la lecture de sourates du Coran et de chants religieux en langue arabe pendant 25 minutes.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 13 janvier 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 22 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 15 du 23 juillet 2021, la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a donné délégation à M. B C, chef d'établissement centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe, à l'effet de signer tout acte ou décision relatif à la gestion individuelle ou collective des personnes placées sous main de justice, dans la limite des fonctions et attributions confiées à la directrice interrégionale. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que par une décision du 20 août 2021, M. D s'est vu notifier la mise en œuvre de la procédure contradictoire en application de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration précité et qu'il a pu présenter ses observations orales lors d'un entretien le 23 aout 2021. Dès lors, le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire manque en fait et doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée vise les textes en vigueur, fait ressortir des éléments de faits non stéréotypés reprenant les incidents reprochés à l'intéressé ayant conduit à la suspension du contact téléphonique, et explique en quoi la persistance de son comportement rendait nécessaire la mesure attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
8. En quatrième lieu, Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes de l'article 22 de la loi du 24 novembre 2009 : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la récidive et de la protection de l'intérêt des victimes ". Aux termes de l'article 727-1 du code de procédure pénale dans sa version applicable au litige : " Aux fins de prévenir les évasions et d'assurer la sécurité et le bon ordre au sein des établissements pénitentiaires ou des établissements de santé destinés à recevoir des personnes détenues, le ministre de la justice peut autoriser les agents individuellement désignés et habilités de l'administration pénitentiaire à : 1° Intercepter, enregistrer, transcrire ou interrompre les correspondances de personnes détenues émises par la voie des communications électroniques et autorisées en détention, à l'exception de celles avec leur avocat, et conserver les données de connexion y afférentes () Les personnes détenues ainsi que leurs correspondants sont informés au préalable des dispositions du présent article. L'autorisation est délivrée pour une durée maximale d'un an, renouvelable. () III. Chaque mise en œuvre d'une technique prévue aux I ou II donne lieu à l'établissement d'un relevé qui mentionne les dates de début et de fin de cette mise en œuvre ainsi que la nature des renseignements collectés. Ce relevé est tenu à la disposition du procureur de la République, qui peut y accéder de manière permanente, complète et directe, quel que soit son degré d'achèvement ". Aux termes R. 57-8-27 du même code dans sa version applicable au litige : " La mise en œuvre des techniques mentionnées à l'article 727-1 et régies par le présent chapitre donne lieu à l'établissement d'un relevé mentionnant, outre les informations prévues à l'alinéa 1er du III de l'article 727-1, les informations suivantes : 1° La ou les techniques mises en œuvre / 2° Le nom des agents intervenant dans la mise en œuvre et le service auquel ils appartiennent / 3° Le ou les motifs des mesures / 4° La ou les personnes détenues concernées / 5° L'information donnée à la personne concernée / 6° Le nom du rédacteur du relevé. Ce relevé est conservé au sein du service mettant en œuvre la technique. Ce relevé est tenu à la disposition du procureur de la République ".
9. A l'appui de sa requête, M. D soutient que le garde des sceaux, ministre de la justice, ne justifie pas de la régularité des procédures d'écoutes téléphoniques sur lesquelles s'appuie la décision contestée. Il résulte toutefois des dispositions précitées que la mise en œuvre des écoutes téléphoniques en milieu pénitentiaire s'effectue sous le contrôle du procureur de la République. Le moyen tiré de ce que les personnels ne seraient pas habilités à procéder à de telles écoutes n'a pas d'incidence sur la matérialité des faits fondant la décision attaquée. Par suite ce moyen, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-8-23 du code de procédure pénale : " Pour les personnes condamnées, la décision d'autoriser, de refuser, de suspendre ou de retirer l'accès au téléphone est prise par le chef d'établissement. () / Les décisions de refus, de suspension ou de retrait ne peuvent être motivées que par le maintien du bon ordre et de la sécurité ou par la prévention des infractions ". Il résulte de ces dispositions que les décisions tendant à restreindre, supprimer ou retirer l'accès au téléphone relèvent du pouvoir de police des chefs d'établissements pénitentiaires. Ces décisions affectant directement le maintien des liens des détenus avec leurs proches, elles sont susceptibles de porter atteinte à leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il appartient en conséquence à l'autorité compétente de prendre les mesures nécessaires, adaptées et proportionnées, pour assurer le maintien du bon ordre et de la sécurité de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions sans porter d'atteinte excessive au droit des détenus.
11. Il ressort des pièces du dossier que, par un message vocal et un appel en date du 18 août 2021 à 18 h 33 et 19 h 47, dont la matérialité n'est pas sérieusement contestée, M. D a obtenu de sa mère un transfert d'enregistrements de la lecture de sourates du Coran et de chants religieux en langue arabe. Outre la suppression de l'usage des messages vocaux pour les détenus en quartiers de prise en charge de la radicalisation (QPR), la détention de sourates par le requérant, détenu sous le régime QPR, révèle des pratiques prosélytes de nature à porter atteinte au maintien du bon ordre, de la sécurité ou de la prévention des infractions au sein de l'établissement. En décidant la suspension des appels téléphoniques avec la mère de M. D, nonobstant son domicile éloigné du centre de détention de son fils, le directeur du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe n'a pas commis d'erreur de fait ou de droit, ni commis d'erreur d'appréciation au regard de l'article R. 57-8-23 du code de procédure pénale précité. Dans ces conditions, M. D n'est non plus pas fondé à soutenir que le directeur du centre pénitentiaire d'Alençon-Condé-sur-Sarthe aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me David et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
P. MARTINEZ
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026