vendredi 23 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2102286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LABRUSSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 octobre 2021 et 3 juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Migot, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) Caen Normandie à lui verser la somme de 273 835,79 euros en réparation des préjudices subis compte tenu de sa prise en charge médicale, avec intérêts au taux légal à compter du 16 août 2021 et capitalisation des intérêts ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) Caen Normandie à lui verser la somme de 8 000 euros compte tenu de la mauvaise tenue de son dossier médical, avec intérêts au taux légal à compter du 16 août 2021 et capitalisation des intérêts ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de prononcer une expertise avant-dire droit ;
4°) de mettre à la charge du CHU Caen Normandie une somme de 2 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- le CHU Caen Normandie a commis une faute relative à la tenue et aux contradictions de son dossier médical ;
- le CHU Caen Normandie a commis un retard de diagnostic fautif ; ses symptômes n'ont pas été correctement suivis ;
- le CHU Caen Normandie a commis une faute dans la mise en place des soins de suite ;
- elle est bien fondée à solliciter la somme de 273 835,79 euros en réparation de ses préjudices dont 13,80 euros de dépenses de santé actuelles, 1 071,14 euros de frais divers, 5 099,43 au titre de l'assistance par tierce personne, 171,49 euros de frais de logement adapté, 7 168 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne, 8 062,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 16 000 euros au titre des souffrances endurées, 1 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 123 420 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 5 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 50 000 euros au titre du préjudice sexuel, 50 000 euros au titre du préjudice d'établissement et 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation.
Par un mémoire enregistré le 3 janvier 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Ille-et-Vilaine demande au tribunal :
1°) de condamner le CHU Caen Normandie à lui payer sa créance après application du droit de préférence ;
2°) de condamner le CHU Caen Normandie à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion.
Elle soutient que :
- elle s'en remet au tribunal concernant la responsabilité du centre hospitalier ;
- elle est fondée à réclamer le remboursement des soins imputables au manquement ;
- elle ne s'oppose pas à une expertise avant dire droit.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, le centre hospitalier universitaire Caen Normandie, représenté par Me Labrusse, conclut au rejet de la requête et de la demande de la CPAM.
Il soutient que :
- il n'a commis aucune faute ;
- il n'y a pas lieu d'ordonner une expertise avant-dire droit ;
- les demandes de la CPAM sont irrecevables.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 septembre 2021.
Vu le rapport d'expertise déposé le 26 mai 2020.
Vu l'ordonnance de liquidation et de taxation des frais et honoraires d'expertise du 23 juin 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arniaud,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- les observations de Me Migot, représentant Mme C, et celles de Me Labrusse, représentant le centre hospitalier.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, âgée de 26 ans, atteinte de scoliose et de crises de lombalgie depuis l'adolescence, a subi une crise douloureuse durant le mois de juillet 2015. Une radiographie a été prescrite le 30 juillet 2015 par son médecin traitant, prévue le 6 août 2015. Le 4 août 2015, les douleurs n'ayant pas cessé et alors qu'elle a présenté des difficultés à se mouvoir, Mme C s'est rendue aux urgences du centre hospitalier universitaire (CHU) Caen Normandie vers midi et, après examen d'une interne diagnostiquant une lombosciatique hyperalgique, a été admise en unité d'hospitalisation de courte durée. Le 5 août 2015, un scanner a été réalisé mettant en évidence une hernie discale L5S1 volumineuse latéralisée à gauche et Mme C a été opérée en urgence dans la soirée. Elle conserve des séquelles de cette hernie discale responsable d'un syndrome de la queue de cheval. Par une ordonnance du 24 juillet 2019, le juge des référés du présent tribunal a fait droit à la demande d'expertise médicale présentée par Mme C. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 26 mai 2020. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner le CHU Caen Normandie à lui verser la somme de 273 835,79 euros en réparation des préjudices subis compte tenu de sa prise en charge médicale, à titre subsidiaire la somme de 8 000 euros compte tenu de la mauvaise tenue de son dossier médical et, à titre infiniment subsidiaire, de prononcer une expertise avant-dire droit.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
S'agissant de la carence dans la tenue du dossier médical :
3. Mme C soutient que des mentions de son dossier sont contradictoires et ne permettent pas de s'assurer de la date de l'examen d'imagerie. Il résulte de l'instruction que le dossier de Mme C présente des incohérences. Selon l'expert, dans sa réponse aux dires, le dossier apparaît " confus et un peu désordonné ". Toutefois, d'une part, l'expert indique, compte tenu du recoupement de différents documents présents au dossier, que l'examen d'imagerie ayant permis de mettre en évidence le syndrome de la queue de cheval a eu lieu le 5 août 2015, ce que la requérante ne conteste pas. Il ressort d'ailleurs du témoignage écrit de la patiente qu'aucun examen d'imagerie n'a été effectué le 4 août 2015. D'autre part, si le dossier médical transmis par le centre hospitalier comporte des contradictions, cette circonstance n'est pas, en tant que telle, de nature à établir l'existence de manquements fautifs de l'établissement de santé dans la prise en charge de la patiente. Il appartient en revanche au tribunal de tenir compte de ce que le dossier médical était incomplet ou comportait des erreurs ou contradictions dans l'appréciation portée sur les éléments qui lui sont soumis pour apprécier l'existence de fautes de l'établissement dans la prise en charge de la patiente. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la carence dans la tenue de son dossier médical engage, en tant que telle, la responsabilité pour faute dans l'organisation du service du CHU Caen Normandie.
S'agissant des autres fautes alléguées :
4. En premier lieu, la requérante soutient que les soins dont elle a bénéficié n'ont pas été diligents et consciencieux et ont conduit à un retard dans la prise en charge de sa hernie discale.
5. En l'espèce, la requérante soutient que ses symptômes se sont aggravés dès le 4 août dans l'après-midi avec claquement, décharge électrique et anesthésie en selle. Toutefois, il ne résulte pas du dossier médical de la requérante ni de son propre témoignage, et il n'est pas sérieusement allégué, que ces symptômes aient été portés à la connaissance du personnel soignant ce même jour. Par ailleurs, si l'avis du docteur D, chef de clinique assistant de rhumatologie, évoquant un syndrome de la queue de cheval, apparaît par erreur à deux reprises dans le dossier médical, les 4 et 5 août 2015, il résulte de l'instruction, et il n'est pas sérieusement contesté, que cet avis a été rendu le 5 août 2015.
6. Mme C fait valoir que sa plainte d'engourdissement de la fesse, notée par une infirmière le 5 août 2015 à 5 heures 28, aurait dû interroger sur le syndrome de la queue de cheval et conduire à un examen à bref délai, l'examen réalisé à 13 heures 54 étant selon elle tardif. L'expert relève que l'engourdissement de la fesse constitue un symptôme classique et fréquent de la sciatique hyperalgique, ne présentant pas de caractère de gravité particulier. Il résulte de l'instruction que la patiente a été vue par un médecin dans la matinée du 5 août 2015, qu'un avis rhumatologique a été sollicité le même jour à 13 heures 54, une IRM sollicitée à 14 heures puis à 14 heures 30 après un avis neurochirurgical. Devant l'impossibilité d'effectuer une IRM compte tenu des douleurs de la patiente, un scanner a été réalisé le même jour à 17 heures 35 et Mme C a été opérée dans la soirée eu égard au diagnostic d'une volumineuse hernie discale L5-S1 gauche. Compte tenu de ces éléments, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des troubles sensitifs et sphinctériens aient été connus du corps médical le 4 août 2015, l'expert conclut à une prise en charge conforme aux règles de l'art. Si Mme C fait valoir qu'elle n'a pas été examinée à son admission à l'unité d'hospitalisation de courte durée le 4 août à 20 heures 12 et qu'aucune fiche de liaison n'a été établie entre le service des urgences et l'unité d'hospitalisation de courte durée, il résulte de l'instruction qu'elle a été examinée le même jour par une interne à son admission au CHU puis le lendemain dans la matinée. Par ailleurs, les transmissions des infirmières ont été régulières et fréquentes les 4 et 5 août. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le CHU Caen Normandie aurait commis des fautes de surveillance et un retard de diagnostic fautif.
7. En second lieu, la requérante fait valoir que le CHU a commis des négligences en ne prévoyant pas, à la fin de son hospitalisation, un séjour en centre de rééducation alors qu'elle vivait loin et que son logement n'était pas adapté. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les consignes du CHU Caen Normandie à la sortie de Mme C n'étaient pas conformes aux règles de l'art. Au demeurant, à supposer même que le CHU ait commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité sur ce point, la requérante, en se bornant à indiquer que " la mise en œuvre d'une rééducation appropriée lui aurait épargné la fatigue liée à l'évolution dans des locaux insuffisamment adaptés ", n'apporte pas d'éléments permettant de déterminer la réalité, l'ampleur et la consistance d'un préjudice indemnisable.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de prononcer une expertise médicale avant-dire droit, que les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les demandes de la CPAM d'Ille-et-Vilaine :
9. La CPAM ne soulève aucun fondement de responsabilité autre que ceux soulevés par Mme C et ne chiffre pas ses conclusions. Il ne résulte pas de l'instruction que le CHU Caen Normandie ait commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, les demandes présentées par la CPAM doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 24 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les dépenses qui incomberaient au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle s'il n'avait pas cette aide sont à la charge de l'Etat ". Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'État. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
11. Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 17 septembre 2021. Les dépens de l'instance sont constitués des frais et honoraires de l'expertise rendue le 26 mai 2020 par le docteur B, liquidés et taxés, par ordonnance du 23 juin 2020, à la somme de 3 600 euros TTC, sous déduction de l'allocation provisionnelle de 1 800 euros TTC si celle-ci a été payée. Il y a lieu de mettre ces frais à la charge définitive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
12. En second lieu, les conclusions indemnitaires présentées par Mme C étant rejetées, les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : Les demandes présentées par la CPAM d'Ille-et-Vilaine sont rejetées.
Article 3 : Les frais et honoraires d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 3 600 euros TTC, sous déduction de l'allocation provisionnelle de 1 800 euros TTC si celle-ci a été payée, sont mis à la charge définitive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Migot, à la CPAM d'Ille-et-Vilaine et au CHU Caen Normandie.
Copie en sera transmise pour information à l'expert.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Arniaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
C. ARNIAUD
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
A. Lapersonne
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026