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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102342

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102342

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationM. CHEYLAN
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2021, M. A C, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 15 et 21 mai 2019, et la décision du 13 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler la décision du 16 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande tendant au retrait de ces décisions ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire, crédité de l'ensemble des points auxquels il peut prétendre, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre les entiers dépens de l'instance à la charge de l'Etat ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points contestées sont irrégulières, dès lors qu'il n'a jamais reçu l'information préalable imposée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions ayant donné lieu à ces retraits de points n'était pas établie au jour où elles ont été adoptées ; dès lors, ces décisions méconnaissent les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 décembre 2019, le ministre de l'intérieur a notifié à M. A C la perte d'un point sur son permis de conduire et a constaté la perte de validité de son titre. Par une lettre du 30 juin 2021, M. C a demandé au ministre de l'intérieur de retirer cette dernière décision et celles portant retrait de points intervenues à la suite d'infractions commises les 15 et 21 mai 2019. Par une lettre du 16 septembre 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté cette demande. Par sa requête, M. C, demande l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 15 et 21 mai 2019, ainsi que, par la voie de l'exception d'illégalité de ces retraits de points, l'annulation de la décision référencée 48 SI du 13 décembre 2019 et de la décision du 16 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux retraits de points consécutifs aux infractions des 15 et 21 mai 2019 :

2. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, le contrevenant peut, dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. Lorsque le destinataire d'un avis de contravention choisit d'éteindre l'action publique par le paiement de l'amende forfaitaire, il résulte des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route que ce paiement établit la réalité de l'infraction et entraîne la réduction de plein droit du nombre de points dont est affecté le permis de conduire de l'intéressé. Par suite, celui-ci ne peut utilement soutenir devant le juge administratif, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de retrait de points, qu'il n'est pas le véritable auteur de l'infraction. Il résulte également de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou, en cas d'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation de ce titre.

3. Si M. C soutient qu'il a exercé un recours en contestation contre l'amende forfaitaire et l'amende forfaitaire majorée établies à son encontre à la suite des infractions relevées respectivement les 15 et 21 mai 2019, il ne produit aucun élément à l'appui de son allégation. En outre, et contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de ce qui vient d'être exposé que la réalité de ces infractions a été établie par le paiement de l'amende forfaitaire et de l'amende forfaitaire majorée et que, ayant procédé au règlement de ces amendes, M. C ne peut plus contester la matérialité des faits qui lui sont reprochés devant le juge pénal compétent. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route doit être écarté.

En ce qui concerne l'infraction relevée le 15 mai 2019 :

4. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte, d'une part, les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire et, d'autre part, une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En conséquence, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de paiement établie par le comptable public de la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes produit en défense, que M. C s'est acquitté de l'amende forfaitaire consécutive à l'infraction du 15 mai 2019 par un versement effectué le 24 octobre 2019. Par suite, le paiement de l'amende forfaitaire par M. C implique nécessairement qu'il a été rendu destinataire de l'avis de contravention consécutif à cette infraction. Cet avis est réputé comporter l'information obligatoire exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, M. C, qui n'établit pas avoir reçu un avis inexact ou incomplet, n'est pas fondé à soutenir que la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 15 mai 2019 méconnaîtrait les dispositions des articles L. 223-3 et R. 2223-3 du code de la route.

En ce qui concerne l'infraction relevée 21 mai 2019 :

6. La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Tant avant qu'elles ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, que depuis l'entrée en vigueur de cet arrêté, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet.

7. La seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'historique des paiements dressé par l'officier du ministère public le 30 août 2021, que l'infraction commise le 21 mai 2019 a donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire majorée. Le paiement d'une telle amende implique nécessairement que le requérant a reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En outre, il résulte de ce qui a été exposé aux points 4 et 5 du présent jugement que M. C a déjà fait l'objet d'un retrait d'un point suite à l'infraction relevée le 15 mai 2019. Par suite, M. C, qui n'établit pas avoir reçu un avis d'amende forfaitaire majorée inexact ou incomplet, n'est pas fondé à soutenir que la décision de retrait de point consécutive à l'infraction relevée le 21 mai 2019 serait irrégulière. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que les conclusions en annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, la présente instance n'a pas engendré de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

11. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

F. BLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Lapersonne

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