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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102356

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102356

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantWAHAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2021, M. A D, représenté par Me Wahab, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 mai 2021 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'une carte de résident de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer une carte de résident dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Wahab de la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Wahab, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant marocain, né 15 février 1982 à Bounaamane (Maroc,) est entré en France le 1er avril 2009. Il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle mention " salarié " valable du 27 juin 2017 au 26 juin 2021. Le 21 avril 2021, il a sollicité le délivrance d'une carte de résident. Par arrêté du 28 mai 2021, dont il est demandé l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C E, cheffe du bureau du séjour du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Calvados en date du 21 avril 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer toutes décisions entrant dans les attributions du bureau du séjour, parmi lesquelles figurent la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " / Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence. Les dispositions du deuxième alinéa de l'article 1er sont applicables pour le renouvellement du titre de séjour après dix ans. " Aux termes de l'article 9 de cet accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. - Les années de résidence sous couvert d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " retirée par l'autorité administrative sur le fondement d'un mariage ayant eu pour seules fins d'obtenir un titre de séjour ou d'acquérir la nationalité française ne peuvent être prises en compte pour obtenir la carte de résident prévue au premier alinéa. - Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. - La condition de ressources prévue au premier alinéa n'est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code. - Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

4. Il résulte de ces stipulations que l'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et sont nécessaires à sa mise en œuvre. Ainsi, l'accord franco-marocain prévoyant seulement la prise en compte des " moyens d'existence ", le préfet du Calvados a pu, sans erreur de droit, faire application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui précisent les conditions de ressources que doivent remplir les étrangers souhaitant obtenir une carte de résident pour apprécier le caractère stable et suffisant des moyens d'existence en France de M. D.

5. En l'espèce, M. D ne produit aucun élément permettant d'établir que les revenus perçus, conformément aux dispositions visées au point précédent, atteignent un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Le préfet du Calvados fait valoir en défense, sans que cela soit contesté, que M. D n'a perçu entre avril 2020 et avril 2021 qu'une somme variant de 572 euros à 1 290 euros. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en lui refusant la délivrance de la carte de résident sollicitée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 mai 2021.

Sur les autres conclusions :

7. Il y a lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. D, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Wahab et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Belhadj, conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2022.

Le rapporteur,

Signé

J. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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