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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102404

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102404

mardi 12 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantFORGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2021, M. D A E, représenté par Me Forget et Me Mestheneas, demande au tribunal d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur par intérim du centre hospitalier de la Côte Fleurie a mis fin à ses fonctions de chef du service de médecine d'urgence et du SMUR et de chef du Pôle Hôpital-Ville à compter du 1er septembre 2021.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- les faits de harcèlement moral qui lui sont reprochés ne sont pas établis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2022, le centre hospitalier de la Côte Fleurie, représenté par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A E une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- les conclusions de Mme C,

- et les observations de Me Guardiola, représentant le centre hospitalier de la Côte Fleurie.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A E a été recruté par le centre hospitalier de la Côte Fleurie le 15 juillet 2016, en qualité de praticien hospitalier, afin d'exercer les fonctions de chef du service de médecine d'urgence et du service mobile d'urgence et de réanimation. Le 17 mai 2018, à la suite d'une réorganisation des activités médicales du centre hospitalier, M. A E a été nommé chef du pôle 4 - pôle Hôpital-Ville, en conservant ses autres fonctions d'encadrement. Par la décision attaquée du 31 août 2021, le directeur par intérim du centre hospitalier de la Côte Fleurie a mis fin aux fonctions occupées par M. A E, à compter du 1er septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 6146-5 du code de la santé publique : " Il peut être mis fin, dans l'intérêt du service, aux fonctions de responsable de structure interne, service ou unité fonctionnelle par décision du directeur, à son initiative, après avis du président de la commission médicale d'établissement et du chef de pôle (). ".

3. La décision du 31 août 2021 portant cessation de fonctions de M. A E a été prise par M. B F, nommé directeur par intérim du centre hospitalier de la Côte Fleurie par une décision de la directrice de l'agence régionale de santé de Normandie du 15 octobre 2018 modifiée le 19 octobre 2018 avec effet au 30 octobre 2018. Le signataire de la décision attaquée était, ainsi, compétent.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de plusieurs courriers adressés à la direction du centre hospitalier, que le comportement de M. A E, qui a rejoint, en juillet 2016, le centre hospitalier de la Côte Fleurie dans un contexte de réorganisation du service des urgences avec la création d'un pôle, a généré d'importantes difficultés relationnelles avec les membres de ce service et un mal-être collectif au sein de l'équipe en raison, notamment, de son omniprésence managériale et des critiques récurrentes. Il ressort en outre des pièces du dossier que ce mal-être a conduit des praticiens à quitter le service, plusieurs signalements de danger ayant été, par ailleurs, mentionnés dans le registre spécial des dangers graves et imminents. En outre, un courrier du 20 novembre 2019, adressé par cinq praticiens du service des urgences au directeur par intérim, fait état de difficultés relationnelles et de communication avec

M. A E et de graves dysfonctionnements lors de la prise en charge des patients aux urgences, de nature à porter atteinte à la sécurité des patients et à l'image de l'établissement, ces praticiens demandant au directeur par intérim de désigner un autre chef de service afin de rétablir une meilleure communication avec le service des urgences. Il ressort également des pièces du dossier que la secrétaire du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail a informé, par courrier du 18 mai 2020, l'agence régionale de santé de la dégradation des conditions de travail au sein du service des urgences du centre hospitalier, ce comité ayant, par ailleurs, au cours d'une séance exceptionnelle du 8 avril 2021, évoqué la souffrance au travail de plusieurs agents de ce service. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'à la suite des nombreux signalements, le centre hospitalier a diligenté une enquête administrative qui a confirmé une ambiance médiocre entre

M. A E et ses collègues, le rapport évoquant par ailleurs le non-respect des préconisations quant au déploiement d'un logiciel installé dans l'ensemble de l'établissement, créant une situation délétère pour le fonctionnement du service, les interfaces entre les urgences et les services d'hospitalisation et l'établissement dans son ensemble. Enfin, le rapport d'intervention de septembre 2021 d'une psycho-ergonome confirme le malaise des agents du fait du comportement de M. A E. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et eu égard à la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service et de protéger la santé des agents, le directeur par intérim de l'établissement n'a pas commis d'erreur de droit ni d'appréciation en mettant fin, dans l'intérêt du service, aux fonctions de M. A E en tant que chef du service des urgences, du SMUR et de chef du pôle 4 - pôle Hôpital-Ville de l'établissement.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 31 août 2021.

Sur les frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de la Côte Fleurie, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A E demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier de la Côte Fleurie au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : M. A E versera au centre hospitalier de la Côte Fleurie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A E et au centre hospitalier de la Côte Fleurie.

Délibéré après l'audience du 28 août 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Créantor, conseillère,

- Mme Rémigy, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.

La rapporteure,

SIGNÉ

V. CREANTOR

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

N. BELLA

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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