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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102463

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102463

mardi 2 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102463
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantDAVID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 novembre 2021, M. A B, représenté par Me David, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 août 2021 par laquelle le directeur du centre pénitentiaire d'Alençon Condé-sur-Sarthe a suspendu l'accès téléphonique à sa mère ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des frais d'instance.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est établie ;

- des moyens sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ; elle méconnaît les dispositions de l'article 727-1 du code de procédure pénale ; elle est insuffisamment motivée ; les faits ne sont pas établis ; la mesure contestée est entachée d'erreur de droit ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la sanction est disproportionnée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative () fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " () lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci () est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 57-8-23 du code de procédure pénale : " Pour les personnes condamnées, la décision d'autoriser, de refuser, de suspendre ou de retirer l'accès au téléphone est prise par le chef d'établissement. Lorsque les personnes condamnées sont hospitalisées, la décision d'autoriser, de refuser, de suspendre ou de retirer l'accès au téléphone est prise par le chef d'établissement sous réserve des prescriptions médicales. / Les décisions de refus, de suspension ou de retrait ne peuvent être motivées que par le maintien du bon ordre et de la sécurité ou par la prévention des infractions ".

3. M. A B est incarcéré depuis le 3 septembre 2020 au centre pénitentiaire d'Alençon Condé-sur-Sarthe. Par une décision du 23 août 2021, le contact par téléphone du détenu avec sa mère a été suspendu au motif que les échanges téléphoniques du 18 août précédent avaient donné lieu à un transfert d'enregistrements de la lecture de sourates du Coran et de chants religieux en langue arabe, pendant 25 minutes ; cette décision mentionne que M. B entretient des communications téléphoniques régulières avec sa mère, que le transfert des enregistrements s'apparente à un prosélytisme, et que ces faits constituent un motif légitime d'inquiétude au regard des préoccupations tenant au maintien du bon ordre et de la sécurité ainsi qu'à la prévention des infractions.

4. A l'appui de sa demande tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 23 août 2021, M. B soutient qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, qu'elle méconnaît les dispositions de l'article 727-1 du code de procédure pénale, qu'elle est insuffisamment motivée, que la mesure de suspension est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qu'elle est disproportionnée. Au vu de la requête, aucun de ces moyens n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que la demande de suspension formée par M. B ne peut qu'être rejetée. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions, y compris la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, sans instruction ni audience.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie pour information sera transmise au centre pénitentiaire d'Alençon Condé-sur-Sarthe et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judicaire de Caen.

Fait à Caen, le 2 août 2022.

Le juge des référés,

SIGNÉ

X. MONDÉSERT

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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