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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102520

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102520

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 novembre 2021, le 13 septembre 2023 et le 22 septembre 2023 sous le numéro 2102520, Mme B C, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 en tant que le directeur du centre hospitalier de Lisieux a refusé de reconnaître comme maladie professionnelle son arrêt de travail à compter du 11 février 2019 ;

2°) d'annuler la décision du 7 février 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Lisieux a refusé de reconnaître imputable au service son congé maladie de longue durée ;

3°) d'annuler la décision du 16 juin 2021 par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a refusé de reconnaître comme maladie professionnelle son arrêt de travail à compter du 11 février 2019 ;

4°) d'enjoindre au centre hospitalier de Lisieux de reconnaître comme maladie professionnelle son arrêt de travail à compter du 11 février 2019 ;

5°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au centre hospitalier de prendre une nouvelle décision, après examen de sa situation médicale et après expertise médicale, dans un délai qui ne saurait excéder un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Lisieux la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 16 juin 2021 est insuffisamment motivée ;

- le médecin spécialiste n'était pas présent à la réunion de la commission de réforme ; elle a été privée d'une garantie ;

- les avis de la commission de réforme hospitalière du 26 novembre 2019 sont irréguliers dès lors qu'elle s'est prononcée sans solliciter un complément d'expertise par le centre hospitalier de Lisieux ; en outre, elle n'a pas émis d'avis s'agissant des arrêts de travail depuis le 11 février 2019 ; enfin, son avis défavorable est fondé sur des dates et des faits erronés ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la consolidation constatée en octobre 2014 ne permet pas d'établir sa guérison ;

- son arrêt de travail depuis le 11 février 2019 est imputable à ses conditions de travail au sein du centre hospitalier.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 octobre 2022 et 19 septembre 2023, le centre hospitalier de Lisieux, représenté par Me Soublin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 avril 2022, le 13 septembre 2023 et le 22 septembre 2023 sous le numéro 2200821, Mme B C, représentée par Me Cavelier, conclut, dans le dernier état de ses écritures, aux mêmes fins que dans la requête enregistrée sous le n° 2102520.

Elle soutient que :

- la décision du 20 janvier 2022 méconnaît l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004, faute de médecin spécialiste siégeant à la commission de réforme ;

- les avis de la commission de réforme hospitalière du 26 novembre 2019 sont irréguliers dès lors qu'elle s'est prononcée sans solliciter un complément d'expertise par le centre hospitalier de Lisieux ; en outre, elle n'a pas émis d'avis s'agissant des arrêts de travail depuis le 11 février 2019 ; enfin, son avis défavorable est fondé sur des dates et des faits erronés ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que la consolidation constatée le 1er octobre 2014 ne permet pas d'établir sa guérison ;

- son arrêt de travail depuis le 11 février 2019 est imputable à ses conditions de travail au sein du centre hospitalier.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 décembre 2022 et le 19 septembre 2023, le centre hospitalier de Lisieux, représenté par Me Soublin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

III. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 avril 2022, le 13 septembre 2023 et le 22 septembre 2023 sous le numéro 2200822, Mme B C, représentée par Me Cavelier, conclut, dans le dernier état de ses écritures, aux mêmes fins que dans la requête enregistrée sous le n° 2102520.

Elle soutient que :

- la décision attaquée du 7 février 2022 est insuffisamment motivée ;

- l'avis de la commission de réforme du 25 janvier 2022 est irrégulier, aucun médecin spécialiste n'ayant assisté à la séance ;

- sa maladie est imputable à ses conditions de travail au sein du centre hospitalier.

Par des mémoires en défense, enregistré le 15 décembre 2022 et le 19 septembre 2023, le centre hospitalier de Lisieux, représenté par Me Soublin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 3 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Cavelier, représentant Mme C, et de Me Soublin, représentant le centre hospitalier de Lisieux.

Une note en délibéré, enregistrée le 12 octobre 2023, a été présentée pour Mme C.

Une note en délibéré, enregistrée le 19 octobre 2023, a été présentée pour le centre hospitalier de Lisieux.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, cadre de santé paramédical au sein du centre hospitalier de Lisieux, a formé, le 5 mai 2011, une demande de reconnaissance de maladie professionnelle. Elle a été placée en arrêt de travail, pour ce motif, du 5 mai 2011 au 31 août 2013, du 18 novembre 2013 au 24 janvier 2014, puis du 25 mars 2014 au 16 juin 2014. Une première expertise du 25 février 2013 l'a déclarée inapte à l'exercice des fonctions de cadre de santé. Le 1er septembre 2013, Mme C a été affectée sur des missions transversales à la direction des soins puis, à compter du 27 janvier 2014, à la cellule formation de la direction des ressources humaines. Une seconde expertise effectuée le 27 mars 2018 a déclaré l'intéressée apte à reprendre ses précédentes fonctions comme cadre de santé en unité de soins. Le 8 avril 2019, Mme C a formé une nouvelle demande de reconnaissance de maladie professionnelle avec effet au 24 mai 2017 pour épuisement professionnel. A l'issue de sa séance tenue le 26 novembre 2019, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la demande de reconnaissance de la maladie professionnelle du 24 mai 2017. S'agissant de la demande d'imputabilité des arrêts de travail du 11 juin 2019 au 4 octobre 2019, en lien avec la maladie professionnelle du 24 mai 2017, la commission ne s'est pas prononcée. Par décision du 29 novembre 2019, le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a rejeté la demande de reconnaissance d'imputabilité au service des arrêts de travail. Par un jugement du 20 décembre 2021, le tribunal administratif de Caen a annulé la décision du 29 novembre 2019 pour incompétence de l'auteur de l'acte et insuffisance de motivation et a enjoint au centre hospitalier de procéder au réexamen de la situation de Mme C dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement. Avant la notification de ce jugement, le directeur du centre hospitalier de Lisieux a, par une décision du 16 juin 2021, confirmé son refus de reconnaître comme maladie professionnelle l'arrêt de travail. Par la requête enregistrée sous le numéro 2102520, Mme C demande l'annulation de cette décision. A la suite de l'injonction du tribunal prononcée par le jugement du 20 décembre 2021, le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a pris une nouvelle décision, le 20 janvier 2022, refusant de reconnaître comme imputable au service la maladie de Mme C. Par la requête enregistrée sous le numéro 2200821, Mme C demande l'annulation de cette décision. Enfin, par la requête enregistrée sous le numéro 2200822, Mme C demande également l'annulation de la décision du 7 février 2022 par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a refusé de reconnaître comme imputable au service son congé de longue maladie.

2. Les requêtes nos 2102520, 2200821 et 2200822 sont relatives à la situation de la même agente et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision du 16 juin 2021 :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

5. La décision par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a estimé que la maladie de Mme C ne serait pas prise en charge au titre de la maladie professionnelle mais au titre de la maladie ordinaire doit être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

6. Si la décision du 16 juin 2021 fait référence à l'avis rendu par l'expert le 27 mars 2018, indique s'approprier le sens de l'avis de la commission de réforme hospitalière du 26 novembre 2019 et énonce les motifs du refus de la demande de reconnaissance de maladie professionnelle de la requérante, elle ne vise aucune disposition légale ou réglementaire applicable à la situation de Mme C. La circonstance que la requérante a eu communication du procès-verbal de la commission de réforme du 26 novembre 2019 qui visait l'article 16 du décret n° 88-386 du 19 avril 1988 est sans incidence dès lors que ce procès-verbal a été joint non pas à la décision attaquée mais à la décision du 29 novembre 2019 qui a été annulée par le tribunal dans son jugement du 20 décembre 2021 au motif, notamment, que " la décision du 29 novembre 2019 ne vise ni ne se réfère à aucun texte, notamment ceux applicables à la procédure relative à la maladie professionnelle, à l'organisation des commissions de réforme et aux congés de maladie des fonctionnaires ". Par suite, le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 16 juin 2021 par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a refusé de reconnaître comme imputable au service les arrêts de travail octroyés à compter du 12 février 2019.

En ce qui concerne la décision du 20 janvier 2022 :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme doit être saisie de tous témoignages, rapports et constatations propres à éclairer son avis. Elle peut faire procéder à toutes mesures d'instructions, enquêtes et expertises qu'elle estime nécessaires. Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. La commission entend le fonctionnaire, qui peut se faire assister d'un médecin de son choix. Il peut aussi se faire assister par un conseiller ". En vertu de l'article 3 du même arrêté, la commission de réforme comprend : " 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ".

9. Il résulte des dispositions précitées que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.

10. D'une part, il est constant que la commission de réforme a siégé le 26 novembre 2019, en présence de deux médecins généralistes, sans s'adjoindre un médecin spécialiste en psychiatrie. Il ressort également des pièces du dossier que la commission de réforme a rendu son avis après examen du rapport d'expertise médicale du 20 septembre 2019, réalisé par un médecin spécialiste en psychiatrie, qui a considéré que la pathologie de Mme C n'était pas imputable au service. Pour rendre cet avis, ce médecin psychiatre a constaté que la requérante ne présentait pas de symptôme dépressif net, franc et caractérisé mais que l'examen révélait une personnalité anxieuse. Ensuite, il s'est fondé sur la circonstance qu'il avait lui-même conclu, dans son précédent rapport du 27 mars 2018, à la consolidation de l'état de Mme C le 1er octobre 2014 concernant sa maladie professionnelle reconnue en 2011 et a estimé que, compte tenu de la chronologie, la requérante ne souffrait pas d'une maladie imputable au service qui serait liée à un épuisement professionnel survenu le 18 mai 2017, qui l'aurait conduit à un arrêt de travail le 24 mai 2017 qu'elle n'a pas transmis au centre hospitalier. Par ailleurs, il est constant que Mme C, qui a été invitée à produire des pièces médicales ou des observations écrites pour éclairer l'examen de son cas par la commission, n'a produit aucune observation écrite ni aucun certificat médical, en particulier d'un médecin psychiatre, et qu'elle ne s'est pas présentée devant la commission de réforme. Si Mme C se prévaut de son arrêt de travail prescrit par son médecin traitant le 11 février 2019 qui fait état d'un burn-out et qui a été prolongé jusqu'au 4 octobre 2019, ces documents ont été soumis à la commission de réforme. Eu égard à l'ensemble des éléments médicaux dont elle disposait, et compte tenu de la pathologie de Mme C, la commission de réforme a pu régulièrement se réunir pour examiner la situation de l'intéressée en l'absence d'un médecin spécialiste.

11. D'autre part, si Mme C soutient que la commission de réforme aurait dû procéder à des mesures d'instructions complémentaires, il ne ressort pas des pièces du dossier que les éléments dont disposait la commission de réforme étaient insuffisants pour se prononcer sur la demande de reconnaissance de maladie professionnelle de Mme C.

12. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme C a présenté ses arrêts de travail du 11 février 2019 et ses prolongations jusqu'au 4 octobre 2019 comme étant en lien avec une maladie professionnelle ayant pour origine un épuisement professionnel survenu le 18 mai 2017 imputable à un rejet de sa hiérarchie de sa demande de bénéficier d'un repos compensateur après plusieurs semaines de travail intensif et qui l'aurait conduit à un arrêt de travail le 24 mai 2017. La commission de réforme ayant, lors de sa séance du 26 novembre 2019, émis un avis défavorable sur l'imputabilité au service de l'arrêt de travail du 24 mai 2017, elle a pu, par voie de conséquence, régulièrement décider, au cours de cette même séance, de ne pas émettre expressément d'avis sur l'imputabilité au service des arrêts de travail du 11 février 2019 et ses prolongations présentés comme liés à l'arrêt de travail du 24 mai 2017.

13. Enfin, en se bornant à relever que Mme C, qui avait déclaré, le 5 mai 2011, un burn-out qui a été reconnu comme maladie professionnelle, était guérie de cette maladie professionnelle au 1er octobre 2014, la commission de réforme n'a pas commis d'erreur de fait dès lors qu'elle a indiqué qu'aucun élément ne permettait d'indiquer que l'état de santé de Mme C, ayant donné lieu aux arrêts de travail à partir du 11 février 2019, était imputable au service.

14. Il résulte des points 8 à 13 que le moyen tiré de ce que l'avis émis par la commission de réforme le 26 novembre 2019 est irrégulier doit être écarté.

15. En deuxième lieu, une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

16. Il ressort de la décision attaquée que, pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme C, le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux s'est fondé sur l'avis de la commission de réforme qui a estimé qu'aucun élément ne permettait d'indiquer que l'état de santé de Mme C était imputable au service. Contrairement à ce que soutient Mme C, il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre hospitalier aurait refusé de reconnaître comme imputable au service sa pathologie au motif que son état a été considéré comme consolidé le 1er octobre 2014, le centre hospitalier ayant, en revanche, tenu compte du fait que le lien entre sa pathologie et le traumatisme dont elle dit avoir été victime le 18 mai 2017 n'était pas établi, le rapport de l'expertise médicale du 27 mars 2018 ayant d'ailleurs conclu à une possible reprise du travail sur un poste de cadre de santé dans un service de soins. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

17. En dernier lieu, Mme C soutient que le burn-out dont elle souffre a pour origine un épuisement professionnel survenu le 18 mai 2017, lié, notamment, à la lourdeur de ses fonctions, à une baisse des effectifs du service dont elle avait la charge ainsi qu'à un sentiment croissant de désaveu et d'abandon de la part de sa hiérarchie, lesquels ont conduit à un arrêt de travail le 24 mai 2017 qu'elle n'a toutefois pas souhaité transmettre à son employeur. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dernier rapport d'expertise médical, que Mme C ne présentait aucun signe de trouble dépressif lors de son examen médical réalisé le 20 septembre 2019 et que la survenue de ces troubles le 24 mai 2017 ne peut avoir de lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail dès lors qu'il n'avait observé, lors d'un précédent examen médical réalisé le 27 mars 2018, aucune persistance de la maladie de Mme C avant sa reprise du travail et avait retenu, après cet examen médical, une date de consolidation de son état au 1er octobre 2014. Si les arrêts de travail de Mme C à partir du 11 février 2019 font état d'un burn-out, cette mention ne saurait suffire pour établir l'existence d'un lien entre la pathologie de Mme C et ses conditions de travail au sein du centre hospitalier. En outre, le rapport rédigé par la requérante, qui relate, de façon circonstanciée, ses conditions de travail et la situation dégradée de sa reprise du travail, n'est toutefois corroboré par aucun témoignage de collègues de travail ou tout autre élément de nature à établir un lien entre sa pathologie et le service. Dans ces conditions, la pathologie de Mme C ne peut être regardée comme directement imputable au service. Par suite, en refusant de reconnaître la pathologie de l'intéressée comme imputable au service, le directeur du centre hospitalier de Lisieux n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 20 janvier 2022 par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a refusé de reconnaître comme imputables au service ses arrêts de travail à compter du 11 février 2019.

En ce qui concerne la décision du 7 février 2022 :

19. Une décision refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un congé maladie de longue durée refuse un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir et doit, dès lors, être motivée en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration cité au point 3 du présent jugement.

20. Si la décision du 7 février 2022 se réfère à l'avis rendu par la commission de réforme hospitalière du 25 janvier 2022, qui précise qu'il n'existe pas de lien direct et certain entre la pathologie de Mme C et le service, elle ne précise pas les circonstances particulières pour lesquelles la maladie de la requérante n'est pas considérée comme étant en lien avec ce dernier. En outre, elle ne vise aucune disposition légale ou réglementaire applicable à la situation de Mme C. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être accueilli.

21. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision du 7 février 2022 par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a refusé de reconnaître imputable au service son congé maladie de longue durée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

22. Si le présent jugement annule la décision du 16 juin 2021 par laquelle le directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux a refusé de reconnaître comme maladie professionnelle l'arrêt de travail de Mme C à compter du 11 février 2019, il n'y a pas lieu d'enjoindre au centre hospitalier de réexaminer la situation de Mme C dès lors qu'il a pris une nouvelle décision, le 20 janvier 2022, refusant de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie, décision dont la légalité est confirmée par le présent jugement.

23. En revanche, le présent jugement, qui annule la décision du 7 février 2022, implique que le centre hospitalier de Lisieux prenne une nouvelle décision concernant l'imputabilité au service du congé maladie de longue durée de la requérante. Un délai de trois mois, à compter de la notification du présent jugement, est imparti au centre hospitalier pour y procéder.

Sur les frais liés au litige :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions des deux parties tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 16 juin 2021 et du 7 février 2022 du directeur adjoint du centre hospitalier de Lisieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Lisieux de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme C de reconnaissance d'imputabilité au service de son congé maladie de longue durée et ce, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du centre hospitalier de Lisieux tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au centre hospitalier de Lisieux.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Créantor, conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

V. CREANTOR

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

D. Dubost

2 - 2200821 - 220082

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01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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