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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102536

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102536

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102536
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL SALMON ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et pièces complémentaires, enregistrés les 27 et 29 octobre 2021, les 7 avril et 9 septembre 2022, le 9 janvier 2023, le 13 février 2023, le 29 août 2023, le 25 octobre 2023 pour un courrier non communiqué et le 26 octobre 2023, M. H A, représentant unique désigné en application des dispositions de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, Mme C G, Mme D F et M. E B demandent au tribunal d'annuler la délibération du 28 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Carpiquet a confirmé le prix d'acquisition d'une partie de l'immeuble cadastré BI 131, d'une superficie d'environ 579 m2, à 200 000 euros et a autorisé le maire ou le maire adjoint délégué à signer tous les documents nécessaires à l'exécution de la délibération.

Ils soutiennent que :

- les conseillers municipaux n'ont pas disposé d'une information suffisante dès lors que le bilan économique global de l'opération dans laquelle s'insère cette acquisition n'a pas été présenté ;

- la délibération est irrégulière dès lors que la teneur de l'avis des domaines n'a pas été porté à la connaissance des conseillers municipaux préalablement au conseil municipal du 28 septembre 2021 ;

- le prix de l'acquisition de la parcelle fixé par la délibération litigieuse est surestimé par rapport au prix du marché immobilier pratiqué sur la commune, au risque d'affecter les finances communales et de déstabiliser les prix du marché immobilier sur la commune.

Par des mémoires et pièces complémentaires en défense, enregistrés le 3 mars 2022, les 3 août et 16 août 2022, le 5 décembre 2022, le 23 octobre 2023 et le 3 novembre 2023, ce dernier non communiqué, la commune de Carpiquet, représentée par la SELARL Salmon et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dirigée contre une décision confirmative insusceptible de recours, que les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité à agir et qu'elle est entachée d'un défaut de motivation et de fondement juridique ;

- à titre subsidiaire, aucun moyen n'est fondé.

Par ordonnance du 6 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- la loi n° 2001-1168 du 11 décembre 2001 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch ;

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;

- les observations de M. A et de M. B,

- et les observations de Me Escourrou-Laroche, substituant Me Salmon de la SELARL Salmon et associés, pour la commune de Carpiquet.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 28 septembre 2021, le conseil municipal de la commune de Carpiquet a décidé de confirmer le prix d'acquisition d'une partie de l'immeuble cadastré BI 131 d'une superficie de 579 m2 à 200 000 euros et d'autoriser le maire ou le maire adjoint délégué, à signer les documents nécessaires à l'exécution de cette délibération. En leur qualité de conseillers municipaux, mesdames G et F et messieurs B et A ont déposé la présente requête tendant à l'annulation de la délibération du 28 septembre 2021.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

En ce qui concerne la nature de la délibération attaquée :

2. La commune soutient que la décision du 28 septembre 2021 ne serait qu'une décision confirmative de celle du 25 mai 2021 et, par conséquent, insusceptible de recours. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient la commune, la délibération du 28 septembre 2021 vient purger la délibération du 25 mai 2021 de deux vices en ce qu'elle rectifie de 20% la superficie de la parcelle à acquérir, et intervient après la consultation des domaines sur la valeur vénale de cette parcelle. Dès lors, la délibération attaquée est une décision modificative et la fin de non-recevoir opposée par la commune ne peut qu'être écartée.

En ce qui concerne l'intérêt à agir des requérants :

3. M. A, Mme G, Mme F et M. B justifient, en leur seule qualité de conseiller municipal de la commune de Carpiquet, d'un intérêt à attaquer la délibération dont ils demandent l'annulation. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne le défaut de motivation et de fondement juridique de la requête :

4. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ".

5. La requête contient l'exposé des conclusions et des moyens de fait et de droit qui la fondent. La fin de non-recevoir opposée par la défense tirée du défaut de motivation de la requête doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 1311-9 du code général des collectivités territoriales : " Les projets d'opérations immobilières mentionnés à l'article L. 1311-10 doivent être précédés, avant toute entente amiable, d'une demande d'avis de l'autorité compétente de l'Etat lorsqu'ils sont poursuivis par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics ". Aux termes de l'article L. 1311-10 de ce code : " Ces projets d'opérations immobilières comprennent : () / 2° Les acquisitions à l'amiable () d'immeubles () d'une valeur totale égale ou supérieure à un montant fixé par l'autorité administrative compétente, ainsi que les tranches d'acquisition d'un montant inférieur, mais faisant partie d'une opération d'ensemble d'un montant égal ou supérieur ; () ". Aux termes, enfin, de l'article L. 1311-11 du même code : " Les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L. 1311-9 délibèrent au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'État ".

7. Il est loisible à l'autorité administrative, sous le contrôle de légalité du préfet, de procéder à l'acquisition d'un bien en retenant un prix différent de celui évalué par les services fiscaux de l'Etat. Dans ce cas de figure, le montant de l'acquisition du bien sera déterminé en fonction à la fois de sa valeur foncière et de l'intérêt public local que revêt son acquisition pour la collectivité.

8. Les requérants soutiennent que la commune a commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant d'acquérir une partie de l'immeuble cadastré BI 131, composée de deux lots avec une bande latérale de 256 m2 au nord de la parcelle et une bande de 323 m2 au sud pour une superficie totale de 579 m2 au prix de 200 000 euros, soit 345 euros le m2, le prix de ce terrain étant surestimé par rapport au prix du marché immobilier. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du service des domaines en date du 21 septembre 2021 évalue la valeur des lots correspondant aux deux bandes latérales à un montant total de 115 000 euros, soit 198 euros le m2. Si la commune indique souhaiter consolider les caractéristiques du secteur UCa du règlement du plan local d'urbanisme correspondant au quartier pavillonnaire, en proposant à terme de nouveaux logements à proximité immédiate des équipements et services, elle se limite à faire valoir qu'elle poursuit un objectif d'aménagement du territoire communal consistant à aménager une sente piétonne afin d'assurer une liaison douce entre les écoles et les installations communales, l'acquisition de la partie sud de la parcelle cadastrée BI 131 s'inscrivant dans le cadre de cette opération. Il ressort des pièces du dossier que si l'acquisition de la partie sud de la parcelle est fléchée pour la création du sentier, la partie nord de la parcelle serait quant à elle destinée à une opération immobilière ultérieure. La délibération litigieuse se borne quant à elle à indiquer que la commune souhaite acquérir ce foncier à des fins d'aménagement, sans préciser les aménagements envisagés pour chaque bande latérale, ni faire référence à une décision précédente sur la définition de ce projet et l'intérêt public auquel il répond. Dès lors, en l'absence de justification probante de l'intérêt public local que revêt l'acquisition des deux bandes latérales de la parcelle BI 131 pour la collectivité, la différence entre le prix de vente de la parcelle litigieuse et la valeur vénale de celle-ci telle qu'estimée par le service des domaines la semaine précédant le conseil municipal, n'est pas justifiée. Par suite, la délibération du 28 septembre 2021 autorisant l'acquisition d'une partie de la parcelle BI 131 située sur le territoire de la commune de Carpiquet pour un prix supérieur de plus de 73 % à la valeur vénale estimée par les services du domaine, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et doit, pour ce seul motif, être annulée.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la délibération litigieuse.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Carpiquet demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération du 28 septembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Carpiquet a confirmé l'acquisition d'une partie de l'immeuble cadastré BI 131, d'une superficie d'environ 579 m2, au prix de 200 000 euros et a autorisé le maire ou le maire adjoint délégué à signer tous les documents nécessaires à l'exécution, est annulée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Carpiquet sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H A, représentant unique des requérants, et à la commune de Carpiquet.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLANLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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