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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102598

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102598

mardi 12 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102598
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDESERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 novembre 2021 et 25 mai 2022, M. C B, représenté par Me Désert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Aunay-Bayeux a refusé de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident survenu le 17 janvier 2017 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de saisir à nouveau la commission de réforme, de lui présenter un dossier complet et de prendre une nouvelle décision après réexamen de sa demande et ce, dans un délai qui ne saurait excéder deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Aunay-Bayeux la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le dossier transmis à la commission de réforme était incomplet et que la commission n'a rendu aucun avis ;

- son accident, constitué par la réception du courrier daté du 17 janvier 2017, est un choc brutal soudain, survenu dans le cadre du service ; en outre, aucune circonstance ni aucune faute personnelle ne détachent l'accident du service.

Par un mémoire, enregistré le 24 mars 2022, le centre hospitalier Aunay-Bayeux, représenté par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Désert, représentant M. B, et de Me Guardiola, substituant Me Lacroix, représentant le centre hospitalier Aunay-Bayeux.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, qui a été recruté en 2007 par le centre hospitalier Aunay-Bayeux comme aide-soignant, exerce ses fonctions à l'unité psychiatrique sur un poste de nuit. Le 23 janvier 2017, il a été placé en congé maladie avec un diagnostic de syndrome dépressif réactionnel. Estimant que son état dépressif était lié au service, il a demandé, le 7 février 2017, au centre hospitalier Aunay-Bayeux de reconnaître l'existence d'un accident de service survenu le

17 janvier 2017, ce qui lui a été refusé par une décision du 14 septembre 2017, après avis défavorable de la commission de réforme du 30 août 2017. Par un jugement du 4 avril 2019, le tribunal administratif a annulé la décision du 14 septembre 2017 pour vice de procédure et a enjoint au directeur du centre hospitalier de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois. Par la décision attaquée du 30 septembre 2021, le directeur du centre hospitalier Aunay-Bayeux a, une nouvelle fois, décidé que l'accident déclaré le 17 janvier 2017 n'était pas imputable au service.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission informe () le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. () Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous ". Aux termes du premier alinéa de l'article 21 de ce même arrêté : " La commission de réforme donne son avis sur l'imputabilité au service ou à l'un des actes de dévouement prévus aux articles 31 et 36 du décret du 26 décembre 2003 susvisé de l'infirmité pouvant donner droit aux différents avantages énumérés à l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisé et aux articles 41 et 41-1 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la commission de réforme, qui s'est réunie le 28 septembre 2021, a reçu, le 21 juin 2021, un rapport écrit du médecin du travail, qui comporte des éléments sur l'organisation du travail et les missions de M. B ainsi que les circonstances de l'accident du 17 janvier 2017 telles que rapportées par le centre hospitalier et

M. B, le rapport indiquant que le jour de l'accident correspond, selon l'administration, à un " recadrage " à l'intention de l'agent pour incitation à la grève sur les lieux du travail et que, selon l'agent, cet événement a été un choc psychologique. Le médecin rappelle, en outre, dans ce rapport, les visites médicales de l'agent au service santé travail et conclut qu'il n'est pas en mesure d'établir un lien entre l'état de santé de M. B et " la confrontation avec la direction ". Contrairement à ce que soutient le requérant, la circonstance que le médecin du travail, dont le rapport est suffisant, ne s'est pas prononcé sur l'imputabilité au service n'est pas de nature à entacher d'irrégularité ledit rapport.

5. D'autre part, et ainsi qu'il a été dit au point 1, par un jugement du 4 avril 2019, le tribunal a annulé la décision du centre hospitalier 14 septembre 2017 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident de M. B au motif que la commission de réforme n'avait pas disposé d'un rapport écrit du médecin du travail. Il ressort des pièces du dossier que, saisie une deuxième fois le 21 janvier 2019 par le centre hospitalier, la commission de réforme, qui s'est réunie le 26 février 2019, a refusé de statuer sur le cas de M. B, en l'absence de rapport du médecin du travail sur la situation de l'agent. Afin d'assurer l'exécution du jugement du 4 avril 2019, le tribunal administratif de Caen a, par un jugement du 4 juin 2021, enjoint au centre hospitalier Aunay-Bayeux de procéder au réexamen de la demande de M. B et de prendre toutes mesures nécessaires afin que la commission de réforme puisse disposer d'un dossier complet, comprenant, notamment, un rapport écrit du médecin du travail, en vue de statuer sur la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 17 janvier 2017 et ce, dans le délai de quatre mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à l'expiration de ce délai. Afin de respecter l'injonction du tribunal, le centre hospitalier Aunay-Bayeux a saisi une nouvelle fois la commission de réforme en lui transmettant, le 16 juin 2021, un dossier comprenant, notamment, l'étude de poste du 10 avril 2017, le rapport hiérarchique du 3 mars 2017 et l'expertise médicale du 10 mai 2017, le médecin du travail ayant transmis, par ailleurs, son rapport du 15 juin 2021. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la commission de réforme, réunie le 28 septembre 2021, a décidé de surseoir à statuer sans indiquer les motifs de cette décision, mettant ainsi l'établissement dans l'impossibilité d'obtenir son avis sur l'imputabilité au service de l'accident déclaré par M. B et ce, alors même que la commission de réforme disposait d'éléments suffisants pour porter une appréciation éclairée sur la situation de M. B, qui a, en outre, été entendu par cette commission lors de la réunion du 28 septembre 2021. Dans ces conditions, et ainsi que le centre hospitalier l'a expressément mentionné dans la décision attaquée, le refus de la commission de réforme d'examiner le dossier de M. B doit être regardé comme caractérisant, pour le centre hospitalier Aunay-Bayeux, l'existence d'une formalité impossible. L'absence d'avis de la commission de réforme n'est, dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, pas de nature à entacher la décision attaquée d'irrégularité. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie (). Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / (). ".

7. Constitue un accident de service, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

8. M. B soutient qu'il a été victime d'un accident de service le 17 janvier 2017 à la suite d'un courrier qui lui a été adressé le même jour par son employeur. Il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier Aunay-Bayeux a, par un courrier du 17 janvier 2017, rappelé de manière ferme à M. B ses obligations en matière d'exercice de son droit de grève, M. B n'ayant pas observé le délai de prévenance pour faire grève les nuits des 11 et 12 janvier 2017, et l'a, en outre, informé qu'il travaillerait de jour à compter du 1er mars 2017. Il a été placé, à la suite de cet épisode, en congé maladie du 23 janvier au 4 septembre 2017. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le syndrome anxio-dépressif dont souffre

M. B présenterait un caractère de soudaineté, M. B étant entré en conflit avec la direction du centre hospitalier Aunay-Bayeux à partir du mois de mars 2016, en raison des conditions d'exercice de son droit de grève. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le courrier du 17 janvier 2017, dont l'objet n'a, au demeurant, pas excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, soit à l'origine du développement de sa pathologie dès lors qu'il est constant que M. B a réceptionné le courrier le 18 janvier 2017, soit le lendemain et non le jour même, et qu'il n'a été en arrêt de travail que le 23 janvier suivant. Les attestations de médecins établies les 4 mars 2017 et 30 juin 2017 indiquant, pour la première, que son état dépressif est " directement consécutif aux événements survenus sur son lieu de travail " et évoquant, pour la seconde, " une souffrance au travail ", de même que la circonstance que M. B serait suivi par le psychologue du service de santé au travail du centre hospitalier Aunay-Bayeux depuis le 20 janvier 2017, ne sauraient suffire, en l'espèce, pour établir que les troubles dont il dit souffrir présentent un lien direct et certain avec le service. Dans ces conditions, le directeur du centre hospitalier Aunay-Bayeux n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par M. B.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Aunay-Bayeux a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 17 janvier 2017.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Aunay-Bayeux, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. B la somme de

700 euros à verser au centre hospitalier Aunay-Bayeux au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera au centre hospitalier Aunay-Bayeux la somme de 700 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au centre hospitalier Aunay-Bayeux.

Délibéré après l'audience du 28 août 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Créantor, conseillère,

- Mme Rémigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2023.

La rapporteure,

SIGNÉ

V. CREANTOR

La présidente,

SIGNÉ

A. MACAUD

La greffière,

SIGNÉ

N. BELLA

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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